"Sans changer les règles du marché, la Belgique ne sortira pas du nucléaire en 2025"

Damien Ernst, professeur à l'Ulg
2 images
Damien Ernst, professeur à l'Ulg - © Archive RTBF

Damien Ernst, professeur à l'Ulg et spécialiste du marché de l'énergie, estime que la ministre fédérale de l’Énergie Marie-Christine Marghem (MR) a "plutôt très bien négocié avec Electrabel la taxe nucléaire: il y a une partie fixe de 150 millions sur les unités de Tihange 2 et 3 et de Doel 3 et 4". Le producteur doit payer au minimum soit cette somme, soit 38% de ses bénéfices. Et cela a été négocié à une époque où le prix de l'électricité était plus élevé que maintenant ; cela revient à capter, cette année, plus de 60% du bénéfice d'Electrabel. "Il n'y a donc pas de cadeau à Electrabel" explique-t-il, interrogé par la RTBF.

Pour produire de l'électricité nucléaire, cela coûte "de l'ordre de 30 euro par mégawatt-heure (MWh)" à Electrabel, et cette société la vend entre 35 et 40 euros par MWh. Sur l'ensemble des unités, la taxe nucléaire est de l'ordre de 4 euro par MWh. "Ils ne font presque pas de bénéfice". Et s'ils doivent payer en plus de un à trois milliards pour les provisions nucléaires, "j'ai comme l'impression qu'ils ne feront aucun bénéfice pendant 10 ans avec leur flotte nucléaire". Damien Ernst trouve "indécent" la "légende urbaine" décrivant "la ministre à genoux devant Electrabel qui s'en met plein les poches et qui vole l’État : ça ne tient pas la route".

Politisation

"Je pense qu'il y a de la politisation au Conseil d’État et à la CREG": les rapports récents "sont beaucoup trop à charge". "J'ai eu l'impression que c'étaient des juristes qui cherchaient la petite bête, il y a une fixation mal placée sur ce dossier. Et les rapports ont fuité beaucoup trop rapidement" observe Damien Ernst. "Il faut sortir, au niveau nucléaire, de ce débat majorité-opposition. Il faut vraiment des initiatives bipartisanes en matière énergétique" selon lui.

Produire de l'électricité coûte environ 30 euros par MWh en nucléaire, environ 120 euros en éolien offshore et entre 60 et 80 euros en onshore: sur des installations amorties, le nucléaire est donc deux fois moins cher que le renouvelable, explique Damien Ernst. Mais les prix sur le marché sont beaucoup trop bas et n'arrivent pas à rémunérer à sa juste valeur la production d'électricité. Il faudra créer des mécanismes de rémunération de la capacité électrique : "Si on continue comme cela avec des prix aussi bas, on n'aura aucun investissement non subsidié qui se fera, et cela va accentuer les problèmes de sécurité et d'approvisionnement. Si on ne change pas ces règles de marché, on n'aura certainement pas la possibilité de sortir du nucléaire en 2025".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK