D. Reynders dans l'Indiscret n'exclut pas une reprise à 100% de Dexia

Didier Reynders, dans l'Indiscret, évoque les différents scénarios pour le sauvetage de Dexia
Didier Reynders, dans l'Indiscret, évoque les différents scénarios pour le sauvetage de Dexia - © RTBF

Le ministre des Finances, invité de l’Indiscret, a livré les principales lignes de conduite que le gouvernement belge s’est fixé pour la restructuration du groupe Dexia. Une "montée en puissance" et des garanties à long terme sont les potions sur la table pour sauver le malade.

Avant de rencontrer les Français pour les négociations finales sur le sort de Dexia, Didier Reynders, au cœur du cyclone Dexia depuis plusieurs jours, est venu expliquer la stratégie de la Belgique.

Dexia sera-t-elle nationalisée ? "Ce qu’on veut faire, c’est monter en puissance dans cette banque", explique Didier Reynders. "Il ne s’agit pas d’utiliser un terme ou un autre, mais c’est clairement, en étant présent plus fortement dans la banque en Belgique, protéger d’abord les épargnants, protéger tous les clients, pas seulement à hauteur de 100 000 euros mais pour l’ensemble des avoirs, parce que nous garantissons la continuité en faisant cela", poursuit-il.

Ce que veut le ministre des Finances, c’est ramener Dexia à son rôle premier de banque classique, lui permettre de poursuivre ses activités tout en garantissant les intérêts des actionnaires et en protégeant l’emploi. "Et aussi, bien entendu, faire en sorte que les clients qui reçoivent les crédits –je pense aux collectivités locales, aux entreprises et aux particuliers- puissent continuer à travailler dans de bonnes conditions".

Une reprise à 100% ? Sur la hauteur de la prise de participation publique, Didier Reynders ne s’engage pas, sans exclure formellement cette possibilité. "Nous avons une négociation avec nos collègues français et luxembourgeois pour voir de quelle manière" s’opèrera cette prise de contrôle. Le point crucial de cette négociation, c’est évidemment la répartition du "fardeau" de la "bad bank", cette structure appelée à prendre en charge les crédits toxiques et les mauvais engagements pris par Dexia. "Ce sera réparti entre la France, la Belgique et le Luxembourg. Nous avions travaillé jusqu’ici sur une base 60/37/3 %. Je crois qu’il faut davantage travailler sur des montants. Ce sera moins lourd qu’en 2008, mais ce seront tout de même des montants en dizaines et dizaines de milliards…"

"Nous n’allons pas donner de l’argent", prévient toutefois Didier Reynders. "Le but c’est de sauvegarder l’activité et de protéger les clients. Nous allons donc surtout travailler par des garanties, comme on l’a fait en 2008 et pour ces garanties nous recevons des primes". D’ailleurs, dit-il, "pour ces garanties, nous avons reçu depuis 2008 plus de primes sur les garanties que ce que nous avions investi".

Quel serait alors le coût pour les finances publiques du sauvetage de Dexia ? "Si nous arrivons à le réaliser comme en 2008, on voit bien le bilan après 3 ans, ça n’a rien coûté en termes d’investissement financier dans les banques ; mais il ne faut pas perdre de vue qu’à côté de cela, avec la crise financière, économique et sociale, ça a coûté énormément d’argent en termes de recul d’activité économique, en terme de pertes d’emplois…" Mais une difficulté supplémentaire s’ajoute aujourd’hui selon lui : "Il y a trois ans nous n’avions pas cette crise des dettes en Europe. Aujourd’hui nous devons être très attentifs à l’argent que nous allons investir, parce qu’il ne faut pas que notre dette soit mal cotée sur les marchés internationaux".

Car "il y a un risque clair", prévient le ministre des Finances. Et l’opération Dexia sera regardée de très près par les acteurs des marchés. "A nous de faire en sorte de travailler surtout par des garanties, avec dès lors un retour financier sur ces garanties ; et puis de montrer que la banque a réellement un avenir".

"C’est le rôle de l’Etat de s’investir maintenant" dans le sauvetage d’une banque, "simplement parce qu’il n’y a pas beaucoup d’autres acteurs pour le faire", concède le ministre libéral. Mais "nous n’avons pas vocation à rester indéfiniment dans le secteur bancaire", prévient-il . "Mais il n’y a aucune raison non plus à en sortir en bradant les actifs que l’on a acheté". car la situation de crise qui persiste sur les marchés financiers empêche l’Etat de se désengager pour l’instant. Pas d’échéance fixée, donc, pour cette participation publique dans Dexia.

"Je n’ai pas l’intention que le contribuable perde de l’argent dans cette démarche : si quelqu’un veut être partenaire, il devra financer", signale encore Didier Reynders.

Dans la "bad bank" qui devrait voir le jour, ce sont surtout des emprunts à long terme de collectivités locales françaises que l’on retrouvera. Rien à voir selon Didier Reynders avec les actifs toxiques de type subprimes que l’on trouvait dans le bilan des banques en difficulté en 2008. "Je ne vois pas un risque très important en la matière", conclut-il.

Sur la responsabilité de Jean-Luc Dehaene dans l’évolution de Dexia, Didier Reynders reste prudent. "Il a vécu deux difficultés", estime-t-il, et surtout, "il a du assumer un travail gigantesque pour harmoniser les positions entre des partenaires et des actionnaires belges". Etat, régions, pouvoir locaux et partenaires privés sont autant de partenaires dont il est difficile de concilier les intérêts parfois divergents. On est en Belgique.

T.N.

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