Crise politique: le gouvernement en "état de mort cérébrale", récit d'une journée où tout a basculé

La majorité ne tient plus à grand-chose, on peut même dire qu'elle est en "état de mort cérébrale", même si d'un point de vue constitutionnel, le gouvernement est toujours en place. Ce qui, au vu de la folle journée politique, est proche de l'exploit.

Car le gouvernement ne tenait plus qu’à un fil en début de ce mardi après-midi, lorsque la N-VA a sorti les grands moyens pour torpiller le fameux pacte sur les migrations au cœur du désaccord entre les nationalistes flamands et le reste du gouvernement. Au bord du gouffre, deux sursauts sont venus sauver le gouvernement Michel. Mais jusque quand ? Jusqu'à un vote du Parlement qui aura le dernier mot sur la position belge... et peut-être sur l'avenir du gouvernement. Récit de cette journée.

  • 9h30: Ouverture des débats en commission des Affaires extérieures

Les députés sont réunis en commission ce mardi matin pour discuter du pacte sur les migrations. Ce texte tant décrié par la N-VA est-il contraignant pour la Belgique ? Comment les autres pays se positionnent-ils par rapport à ce texte ? Les experts qui ont négocié ce pacte pour la Belgique sont en commission pour expliciter ce texte dans les moindres détails… avant un vote ? C’est en tout cas à l’agenda. Mais un vote condamnerait la majorité puisque la N-VA ne semble toujours pas vouloir approuver la position de Charles Michel.

  • 14h00: La campagne choc de la N-VA vient torpiller un gouvernement déjà en difficulté

Alors qu’un comité ministériel restreint (le "Kern" réunissant le Premier ministre et les vice-Premiers ministres) s’annonce pour 15h, la N-VA crée la surprise en diffusant massivement sur les réseaux sociaux une campagne contre ce pacte sur les migrations. Des photos très explicites désignant clairement les migrants et les réfugiés comme des conséquences de la signature éventuelle de ce pacte circulent. Wouter Beke, Gwendolyn Rutten, Kris Peeters, le MR et bien d’autres dénoncent une "campagne scandaleuse". La tension monte au sein du gouvernement, la N-VA semble, à travers cette campagne, faire une croix sur la coalition.

  • 15h00: Charles Michel reporte le Kern

La situation est tendue, Charles Michel ne voit pas d’un bon œil le fait de convoquer le kern, celui-ci est repoussé. "Le Premier ministre consulte", apprend-t-on. Qui consulte-t-il ? "Un psychologue" lâche en boutade un proche du gouvernement. Le premier arrivé au Lambermont, Alexander De Croo, le vice-Premier ministre Open Vld, croit encore à une solution. "Tant que les gens restent raisonnables, une solution reste possible."

  • 16h00: Kris Peeters juge "scandaleuse" la campagne de la N-VA… qui retropédale. "Mission accomplie" clame le Vlaams Belang

Autre vice-Premier ministre convoqué par le Premier ministre, Kris Peeters arrive énervé au Lambermont. "Hier, on a décidé d’un nouveau kern sur les questions de la N-VA, mais entre-temps, elle lance une campagne scandaleuse. Vous avez vu la campagne ? On doit rester calme, trouver des solutions, mais ce n’est pas facile du tout. C’est une campagne scandaleuse, point !", lâche le ministre de l’Economie qu’on a rarement vu dans cet état.

En commission, le leader du Vlaams Belang, Filip Dewinter, ne rate pas l’occasion de féliciter la N-VA pour sa campagne. "J’aurais pu être l’auteur de cette campagne, mission accomplie !"

Au même moment, les nationalistes flamands retropédalent et retirent leurs images chocs. Une position inconfortable que la N-VA justifie comme suit dans un communiqué : "Les images choisies ont raté leur objectif".

  • 16h45: Vous y croyez encore ? "Posez la question au Premier ministre"

La réponse d’Alexander De Croo à la presse, en sortant du cabinet du Premier ministre contraste avec l’optimisme affiché par le même homme deux heures plus tôt. "Au moment où on est en train de chercher une solution, on a l’impression que certains ont commencé la campagne. Peut-être qu’il faut quand même clarifier cela", commente le vice-Premier ministre. Y croit-il encore ? demande un journaliste. "Il faut poser la question au Premier ministre, pas à moi", répond-t-il laconiquement.

Peu optimiste le vice-Premier ? A quelques centaines de mètres de là, le gouvernement obtient pourtant un sursis. La commission des Affaires extérieures décide de repousser à mercredi 10h les débats… et le vote, qui aurait pu sceller le sort de la majorité. La majorité obtient quelques heures.

  • 17h15: Le mea culpa de Jan Jambon: "Nous avons fait une erreur"

Le troisième vice-Premier ministre à arriver chez Charles Michel, Jan Jambon, est très attendu par la presse sur le trottoir du Lambermont. Il va devoir justifier la campagne de son parti. Profil bas, le ministre de l’Intéreur fait son mea culpa. "Concernant cette campagne, nous avons fait une erreur sur les images choisies et sur le moment choisi pour la diffuser. Les gens font des erreurs, cela existe dans notre parti également. Il s’agit d’une faute personnelle commise par notre service de communication et nous avons retiré cette campagne."

  • 18h20: "Le gouvernement n'est pas tombé ce soir, le travail continue"

La tension redescend en cette fin de journée. En témoigne la déclaration de Jan Jambon à la sortie de son entrevue avec Charles Michel : "Nous avons eu une discussion constructive avec le Premier ministre, le travail continue. Le gouvernement n'est pas tombé ce soir", confirme le vice-Premier ministre N-VA. 

  • 19h00: Charles Michel ira à Marrakech après avoir demandé au Parlement de décider sur le pacte

Surprise au Lambermont peu avant 19h, le Premier ministre tient une conférence de presse. Il explique avoir "pris connaissance de la campagne d'un parti politique sur la migration", une campagne que Charles Michel juge "inacceptable". Dans ce discours d'une vingtaine de minutes, le Premier ministre annonce demander un vote au Parlement sur ce pacte. Il isole de ce fait la N-VA et ajoute : "J'ai l'intention d'aller à Marrakech pour communiquer la décision qui sera prise par le Parlement".

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