Crise politique: la Belgique tient-elle à un fil? Quatre citoyens nous donnent leur avis

"La Belgique tient-elle à un fil?" Une série de quatre reportages avec des témoignages de citoyens sur la crise politique
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"La Belgique tient-elle à un fil?" Une série de quatre reportages avec des témoignages de citoyens sur la crise politique - © RTBF

Ce lundi sera un épisode de plus dans la longue crise politique que vit le pays. Sabine Laruelle et Patrick Dewael, les deux chargés de mission royale, sont attendus au Palais. Cela fait plus de neuf mois que nous sommes allés voter et nous n'avons toujours pas de gouvernement. Que pensez-vous de tout cela? Quel est votre regard sur cette crise politique?

Pour le savoir, nous sommes allés à la rencontre de quatre citoyens, quatre profils différents. Une Bruxelloise engagée qui tente de faire entendre la voix du peuple, un politologue flamand nationaliste, une arrière grand-mère très attachée à la famille royale et un régionaliste wallon convaincu. Tous ont un avis sur la crise, sur les solutions pour la résoudre et sur l'avenir de la Belgique. Ils témoignent et nous emmènent dans un lieu qu'ils ont choisi et qui symbolisent leurs propos.

Une série de reportages, intitulée "La Belgique tient-elle à un fil?", à découvrir dès ce soir et tout au long de la semaine dans le Journal Télévisé de 19h30. En attendant, voici un avant-goût. 

Fatima Zibouh, une Bruxelloise très engagée

Le premier témoin s'appelle Fatima Zibouh. Elle est Belge, d'origine marocaine. Elle a 38 ans et elle vit à Molenbeek-Saint-Jean. Elle a choisi de nous rencontrer à la Bourse car "c’est un lieu symbolique, là où les Belges se réunissent pour des moments tristes, comme lors des attentats de 2016, mais aussi pour des événements plus joyeux, comme lors de la Coupe du monde de football avec les Diables Rouges".

Fatima Zibouh est très active, très engagée socialement. Elle a été une des fondatrices du G1000 en 2011. Ce grand rassemblement de 1000 citoyens qui cherchaient déjà à donner un nouveau souffle à la Belgique. Elle poursuit le travail au sein de cette association. Pour elle, c’est au niveau des citoyens que se trouve la solution à la crise politique: "J’ai participé au G1000 comme l’une des fondatrices et j’ai vu la magie qu’a créée ce genre d’événement où on rassemble des citoyens venant des quatre coins du pays pour réfléchir sur les thématiques clés qui préoccupent les citoyens et les citoyennes. Je crois énormément à ce type de mécanisme délibérative et participative. En fait, on serait agréablement surpris de tout ce qui peut ressortir des citoyens. Il faut faire confiance à l’expertise de terrain, à l’expertise des citoyens, au-delà des simples voix des politiques", conclut-elle.
 

Bart Maddens, le politologue qui rêve d'une Flandre indépendante

Son nom n’est pas très connu dans le sud du pays. Et pourtant, Bart Maddens a déjà fait beaucoup parler de lui. Il est à l’origine de ce qu’on a baptisé "la doctrine Maddens", une stratégie politique qui consiste à assécher les ressources de l’Etat fédéral et donc celles des francophones, pour les pousser à négocier une réforme de l’Etat. Cette stratégie a été reprise par la N-VA. Pour le parti nationaliste, comme pour Bart Maddens, il faut passer par le confédéralisme, c’est-à-dire de plus en plus de pouvoirs entre les mains des Régions.

Pour Bart Maddens, tout sépare le Nord et le Sud du pays: "Je pense que cette crise est symptomatique d’un problème existentiel en Belgique. La Belgique se compose de deux systèmes politiques différents, deux systèmes de partis différents, deux opinions publiques différentes, et aussi deux circuits médiatiques différents. C’est de plus en plus difficile de mettre en œuvre une politique fédérale adaptée à chacun de ces deux systèmes politiques. Le système fédéral arrive à ses limites. Il est nécessaire d’adapter nos institutions à cette réalité et pour moi, cela signifie passer au confédéralisme". 

Mais pour parvenir au confédéralisme, faut-il encore que les francophones et les flamands acceptent de négocier une réforme de l'Etat. Ce qui n'est pas le cas pour l'instant. Alors, Bart Maddens plaide dans l'immédiat pour un retour aux urnes: "Vu la crise politique, il faut donner la possibilité à l'électeur de se prononcer à nouveau. C'est l'acteur majeur de la démocratie". Sauf que même avec un retour aux urnes, on ne voit pas très bien comment cela irait mieux. Car rien ne dit que ces nouvelles élections redistribueraient les cartes entre les partis.  

Huguette Huart, une arrière-grand-mère belgicaine

Notre troisième rencontre nous emmène à Ganshoren, en région bruxelloise, chez Huguette Huart. Cette arrière-grand-mère de 82 ans est belgicaine, très attachée à la Belgique. Elle est passionnée par la famille royale. Elle ne rate d’ailleurs aucun Te Deum. Elle est présente à chaque fête nationale à la sortie de la Cathédrale des Saint-Michel-et-Gudule pour saluer le Roi et la Reine, leur offrir des fleurs. Huguette tente aussi, le plus possible, de suivre les déplacements de la famille royale en région bruxelloise.

Dans sa maison, il y a des photos partout. "Je suis une passionnée de la famille royale. Mais je dis toujours qu'il y a d'abord ma famille et puis il y a la famille royale", glisse-t-elle en nous montrant quelques-uns de ses 32 albums comptant des milliers de photos de ses rencontres avec les membres de la famille royale.  

Ne parlez surtout pas de séparation de la Belgique à cette amoureuse du pays. "Ca me fait énormément de mal, explique Huguette, parce que moi, je dirais que tout Belge qui connait la devise 'L’union fait la force', doit bien se dire que dans le mot 'union', il y a unir. Alors que les politiciens essaient de trouver une solution, qu’ils pensent à leur devise! Mais je crois qu’il y en a beaucoup qui ne pensent pas. L’union ça veut dire unir, mais au lieu d’unir, certains veulent la désunir".

Philippe Destatte, un régionaliste convaincu

Le dernier témoin est Philippe Destatte. Il est le directeur de l'Institut Jules Destrée à Namur. Cet historien de formation, et professeur de prospective, plaide pour un confédéralisme avec quatre régions fortes: une région wallonne, une région bruxelloise, une région flamande, et une région germanophone. Quatre régions avec leurs propres compétences, leurs propres pouvoirs. A la place du gouvernement fédéral actuel, Philippe Destatte envisage un gouvernement confédéral. "L'idée serait de maintenir une certaine solidarité entre les quatre Régions, comme par exemple avec la sécurité sociale", explique-t-il.

Mais la Wallonie est-elle assez forte économiquement pour un tel modèle? Pourrait-elle se passer des 7 milliards d’euros transférés chaque année de la Flandre? "Oui, répond Philippe Destatte, même s'il reste du chemin à parcourir. Ce qui manque dans l’économie wallonne, ce sont environ 100.000 personnes dans le monde des entreprises. Et tant qu’on ne sera pas parvenu à recréer de l’emploi dans ce domaine-là qui va créer de la valeur, on restera avec un différentiel non seulement par rapport à la Flandre, mais aussi par rapport à l’ensemble de l’Europe". 

"La Belgique tient-elle à un fil?", une série de reportages, de rencontres et de témoignages de citoyens sur la crise politique, à découvrir tout au long de cette semaine dans le Journal Télévisé de 19h30.

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