Crise du lait : les choses ont-elles changé depuis 2009 ?

Un producteur trait sa vache devant le Conseil de l'UE, en 2009
Un producteur trait sa vache devant le Conseil de l'UE, en 2009 - © EPA

En 2009, des producteurs de toute la Belgique déversaient des millions de litres de lait dans un champ de Ciney. En pleine crise, ils protestaient contre le prix auquel on achetait leur produit, trop bas selon eux. Deux ans plus tard, la situation s’est-elle améliorée ?

La crise du lait de 2009 a fait l’objet d’une forte contestation de la part des producteurs laitiers de Belgique et d’Europe. A l’époque, leur prix de vente était tombé à une vingtaine de centimes d’euros par litre. Tous perdaient de l’argent en produisant. Deux ans après, le marché du lait se porte mieux mais les changements ne sont pas flagrants.

Selon une étude annuelle de la Confédération Belge de l’Industrie Laitière (CBL), le prix payé aux producteurs pour un litre de lait en 2010 est de 31 centimes d’euros en moyenne, et même de 34 centimes aujourd’hui. Il était de 24 centimes en 2009, soit 7 centimes d’augmentation par litre.

"Le prix est plus acceptable", remarque Etienne De Keyser, producteur de lait à Tournai. Il y a deux ans, son lait était acheté 18 centimes par litre, soit 6 centimes de moins que les chiffres de l’enquête de la CBL. "Aujourd’hui, je touche 31,10 centimes par litre, avoue le producteur. C’est mieux mais ce n’est pas la gloire". "Je ne perds pas, mais je ne gagne pas non plus", résume-t-il.

Dans un communiqué de juin dernier, la Fédération Wallonne de l’Agriculture (FWA) relativise cette hausse : "Il faut rappeler que le prix annoncé (34 centimes/litre en 2011, ndlr) est un prix brut, qui ne tient pas compte des coûts de production, ayant connu une hausse constante ces derniers mois en raison, notamment, de l’augmentation du prix de l’énergie".

Et en plus de l’énergie, d’autres frais sont venus s’ajouter à la facture. "Le coût d’alimentation du bétail, notamment le soja, a augmenté", explique Etienne De Keyser. La paille, elle aussi, est plus chère. Cause désignée : la sécheresse du printemps.

Pour le producteur tournaisien, le prix d’achat idéal du litre de lait "se situe autour de 45 centimes d’euros".

La fin du système des quotas en 2015

La politique des quotas laitiers a été mise en place par l’Union Européenne en 1984. Elle doit freiner la croissance de la production et la maintenir pour satisfaire la consommation intérieure et les exportations en évitant les surplus. Chaque pays a un quota propre, réparti entre les producteurs. S’il est dépassé, l’Etat doit payer une pénalité. Un simple mécanisme de gestion de l’offre, en somme.

La Commission européenne envisage de supprimer ces quotas en 2015. A la place, des contrats entre les producteurs et les industriels devraient voir le jour. Un non-sens, pour Etienne De Keyser. "Ces quotas ont le gros avantage de maitriser la production, explique-t-il. On supprime sans savoir dans quoi on va s’embarquer. C’est comme si demain, on décidait de supprimer le code de la route".

"On travaille pour ne rien gagner"

Etienne De Keyser, qui possède plus de 120 bêtes, est pessimiste. Pour lui, ce n’est plus possible pour un jeune de se lancer dans la production de lait et dans l’agriculture en général. "Celui qui veut une vie normale ne doit pas faire ce métier là, prévient-il. On travaille pour ne rien gagner". Surtout que les investissements sont constants. "Les règlements sont toujours plus pointus. J’ai du faire construire un nouveau hangar pour me mettre aux normes", déplore Etienne De Keyser.

Selon l’étude de la CBL, le nombre de producteurs laitiers belge a diminué de 5,5% entre 2009 et 2010. La filière lait, elle, représente environ 25% de la production agricole wallonne.

Pour survivre, certains producteurs vendent leurs produits directement à la ferme. C’est le cas de Colette Bruneau, à Pipaix dans le Hainaut. Pour elle, "il n’y a pas eu d’amélioration depuis 2009". La crise n’a fait que conscientiser les gens qui viennent acheter leur lait à la ferme. Pour un euro le litre. Le surplus, Colette Bruneau le vend à une laiterie pour seulement 30 centimes le litre. "Si je ne le vendais pas directement à la ferme, ce ne serait pas rentable du tout", assure-t-elle.

Fairebel, une solution ?

La solution pour les producteurs laitiers passe-t-elle par le commerce équitable ? Après la crise, la coopérative laitière belge Faircoop a créé sa propre marque de lait Fairebel. Le principe est simple : pour chaque litre vendu 89 centimes en supermarché, 10 centimes sont reversés dans une caisse commune et distribués équitablement entre les exploitants membres de la coopérative, peu importe leur importance. "Peut-être un début de réponse", espère Etienne De Keyser.

J. ANTOINE

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK