Crise des migrants: la dernière polémique de Theo Francken résumée en 6 actes

Crise des migrants: la dernière polémique de Theo Francken résumée en 5 actes
Crise des migrants: la dernière polémique de Theo Francken résumée en 5 actes - © THIERRY ROGE - BELGA

C'est un nouvel épisode d'une longue série : Theo Francken (N-VA) s'est exprimé mardi sur l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme. Dans un premier temps, il s'est prononcé en faveur du renvoi des bateaux de migrants qui tentent de rejoindre les côtes européennes. Des propos qu'il a ensuite précisés. Retour en cinq étapes sur une polémique qui a fait réagir en Belgique et au niveau européen.

Acte I : "Il faut pouvoir renvoyer les bateaux"

Pour Theo Francken, la réforme du règlement de Dublin, qui détermine l'État membre responsable d'une demande d'asile dans l'UE, est "morte". Une déclaration faite ce mardi 5 juin après un échange avec ses homologues européens à Luxembourg.

"Il n'y a pas de base suffisante pour poursuivre la discussion sur la réforme de Dublin. Plusieurs pays ont exprimé des réticences importantes" lors du Conseil, a expliqué Theo Francken à quelques journalistes. Selon lui, "il faut pouvoir renvoyer les bateaux, trouver une manière de contourner l'article 3 de la Convention européenne des Droits de l'homme, et la jurisprudence doit s'y adapter. Je crois qu'il y a des gens en Europe qui ne se rendent pas compte de ce qu'il se passe".

Acte II : L'opposition monte au créneau

Plusieurs partis francophones d'opposition s'insurgent aussitôt contre cette volonté de contourner l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme afin d'autoriser à nouveau le refoulement des bateaux de migrants. Le PS dénonce des "propos (qui) dépassent l'entendement" Pour DéFI, "il est temps que les démocrates démasquent cette extrême droite 'décomplexée'". Chez Ecolo, on rappelle que le Premier ministre Charles Michel (MR) avait qualifié l'article 3 de "principe sacré" en décembre dernier.

Il n'y a "aucun respect pour les droits fondamentaux" dans l'attitude du gouvernement fédéral, estime le PTB. Même son de cloche au cdH qui s'interroge : "Comment peut-on envisager un seul instant de contourner la Convention européenne des Droits de l'Homme pour pouvoir refouler hommes, femmes et enfants réfugiés de guerre?".

Acte III : Le cabinet du Secrétaire d'Etat corrige le tir

L'agence Belga explique avoir reçu un communiqué du cabinet de Theo Francken dans lequel l'intéressé précise ses propos. Le Secrétaire d'Etat "n'a pas voulu dire que l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme devait être contourné, mais bien l'interprétation large qu'en a donnée la Cour européenne des droits de l'homme".

"Le problème ne réside pas tant dans la Convention européenne des droits de l'homme en elle-même (qui est en partie un texte de son époque) mais bien dans l'interprétation large qu'en ont faite les juges de Strasbourg", ajoute le cabinet.

"Nous constatons cette interprétation large dans divers domaines, et aussi en matière de migration (arrêt sur les push-backs, arrêts sur les transferts grecs de la procédure Dublin, jugement sur les terroristes renvoyés, etc.)". Le "push-back", c'est cette pratique qui consiste à refouler les bateaux de migrants en route vers les côtes européennes.

>>> À lire aussi : François de Smet (Myria, le Centre fédéral Migration) répond à Theo Francken

Acte IV : Le commissaire européen s'en mêle

Au niveau européen aussi, la sortie de Theo Francken fait réagir. L'approche australienne de l'immigration, qui consiste à refouler de manière radicale toute personne non pourvue d'un visa en bonne et due forme, ne sera "jamais suivie en Europe", affirme le commissaire européen en charge de la Migration, Dimitris Avramopoulos.

Acte V : La majorité répond à l'opposition

Le président du MR Olivier Chastel dénonce l'"indignation sélective" de l'opposition francophone en réaction aux propos de Theo Francken. Pour Olivier Chastel, l'opposition francophone "s'est nettement moins émue des propos tenus en février 2016 par le président du parti socialiste flamand John Crombez. Celui-ci soutenait pourtant à l'époque un 'push back' des migrants arrivant en Grèce par la Turquie".

Charles Michel avance le même argument ce mercredi : "Je vois que chaque fois que Theo Francken s'exprime il y a des indignations, parfois sélectives. Sur un point en tous cas, il n'a fait que répété ce qui avait été dit par le président du sp.a il y a deux ans", a-t-il déclaré.

Ce mercredi matin, le vice-premier ministre CD&V Kris Peeters a lui aussi réagi. Il "part du principe" que le Premier ministre suit "de très près" les déclarations de Theo Francken. D'après le chrétien démocrate flamand, Charles Michel "prendra des mesures si cela devait s'avérer nécessaire", a-t-il indiqué sur les ondes de Radio 1. 

Acte VI : "L'hypocrisie est la vaseline de la rue de la Loi"

Ce mercredi, le secrétaire d'Etat a reconnu qu'il n'aurait pas dû employer le mot "contourner", mais qu'il aurait plutôt dû parler de "réorienter les bateaux vers la Tunisie". Il a ensuite précisé qu'il ne visait pas une violation massive de l'article 3. Et de conclure : "L'hypocrisie est la vaseline de la rue de la Loi, je pense qu'il en est de même au rond-point Schuman. Cela se confirme encore aujourd'hui." Fin de l'histoire ?

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