Crise au gouvernement fédéral: la situation est "très sérieuse"

Le kern de tous les dangers est reporté
Le kern de tous les dangers est reporté - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Le gouvernement fédéral ne tient plus qu'à un fil, et il pourrait se rompre cet après-midi. Un kern (conseil des ministres restreint) devait se tenir à 15h30 pour tenter, à nouveau, de trouver une issue à la crise qui oppose d'une part le MR, le CD&V et l'Open VLD et la N-VA d'une autre. Il a été reporté en dernière minute pour que le Premier ministre puisse continuer ses consultations.

Si dans un premier temps, Alexander de Croo s'était montré confiant en arrivant au Lambermont (la résidence du Premier ministre), à la sortie, il l'était nettement moins. "Au moment où on est en train de chercher une solution, on a l’impression que certains ont commencé la campagne. Peut-être qu’il faut quand même clarifier cela. On a eu une réunion bilatérale avec le Premier ministre, il y en aura d’autres avec les autres vice-Premiers ministres. Et puis c’est à lui de fixer l’agenda". Alors ce soir, y croit-il encore? "Il faut poser la question au Premier ministre, pas à moi", s'est-il contenté de répondre. 

Au cœur du désaccord entre les différents partis: le Pacte de l'ONU sur les migrations, que les premiers veulent signer lors du Sommet de Marrakech les 10 et 11 décembre prochains. La N-VA le trouve, elle, imbuvable en l'état ou accompagné d'un texte "interprétatif".

Aux alentours de 16h, c'est Kris Peeters qui rejoignait le Lambermont. Il s'est montré très agacé par l'attitude de la N-VA dès son arrivée. "Hier, on a décidé d’organiser un nouveau Kern sur les questions de la N-VA, sur le contenu. Mais entre-temps, la N-VA a lancé une campagne scandaleuse. Vous avez vu la campagne ? On doit rester calme, trouver des solutions mais ce n’est pas facile du tout. C’est une campagne scandaleuse, point!" A sa sortie, il affirmait que la situation était effectivement "très sérieuse".


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Au MR, on n'y croit plus trop...

Les uns et les autres ont beau discuter, personne ne semble vouloir changer de position. Hier, un autre kern n'avait pas permis de dégager une solution. Le temps est d'autant plus compté que la commission des Relations extérieures de la Chambre a repris ses travaux. Si la résolution appelant le gouvernement à approuver sans réserve le texte onusien est mise au vote, la majorité pourrait se déchirer : la N-VA serait isolée... et fatalement très contrariée. Ce scénario, Charles Michel veut l'éviter à tout prix : il voulait que ce vote soit retiré de l'ordre du jour de la commission. Pour ce faire, il fallait un accord entre les chefs de groupe de la Chambre. Fin d'après-midi, on apprenait que la commission reportait ses travaux jusqu'à demain 10h, à la requête de la majorité, qui tente de se sauver de la noyade.

Plus tôt dans l'après-midi, plusieurs sources au MR se disaient très sceptiques. "On n'y croit plus trop", nous glissait un libéral. Avec cette nouvelle bouée de sauvetage, David Clarinval, chef de groupe MR à la Chambre pense qu'une solution est "peut-être encore possible". Avec mille pincettes donc.

A la sortie de son entrevue avec Charles Michel, Jan Jambon s'est borné à dire que le travail continuait "au sein du gouvernement".

Quels sont les scénarios possibles?

Plusieurs scénarios se profilent. Premier scénario : demain, la commission procède à un vote. Face à ses divergences internes, la majorité se disloque. C'est le pire scénario pour Charles Michel, qui devrait alors se rendre au Palais pour exprimer au Roi que la majorité gouvernementale ne fonctionne plus. C'est aussi la plus plausible à ce stade, puisque tout le monde campe sur ses positions. A noter que plusieurs partis d'opposition soutiendraient, eux, le texte: Ecolo-Groen, Défi, le cdH, le PS et le PTB.

Deuxième possibilité : le gouvernement trouve un compromis. La N-VA revient sur sa position ou le reste de la majorité accepte de ne finalement pas voter ce Pacte. Autant dire que ce scénario paraît très farfelu, tant chacun fait de cette question une question de principe.

Dans les milieux concernés, on envisageait très sérieusement un rendez-vous entre Charles Michel et le Roi au Palais aujourd'hui. Ce n’est peut-être qu’une question d’heures.

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