Crash du vol Sabena au Congo en 1948 : 28 tombes de victimes viennent d’être retrouvées

C’est l’une des pages les plus sombres de l’histoire de l’aviation belge : le 13 mai 1948, le DC-4 de la Sabena parti de Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa) à destination de Bruxelles s’est écrasé en pleine forêt équatoriale dans le nord de ce qui était alors le Congo belge peu avant d’arriver à Libenge, où il devait faire faire escale. A bord de l’avion, il y avait 25 passagers et 7 membres d’équipage, seul un passager a survécu. A l’époque, toutes les victimes avaient été enterrées sur place, mais l’endroit exact vient seulement d’être retrouvé, après avoir été envahi par la végétation et oublié de tous ou presque.

Racontée avec de nombreux détails par la revue aéronautique Hangar Flying au terme d’une enquête de trois ans, cette histoire a resurgi des archives à l’occasion d’un travail de fin d’études réalisé par Quentin de Knop, un étudiant de l’UCL, qui voulait analyser la gestion à court et à long terme de cette catastrophe aérienne. Après avoir été contacté par cet étudiant, Frans Van Humbeek, rédacteur en chef de Hangar Flying, décide de consacrer le temps nécessaire à ce dossier. Cela va lui prendre trois ans, et, selon ses propres dires, lui faire attraper des cheveux gris. Car la recherche d’un "cimetière oublié" est loin d’être une sinécure au Congo. Au cours de sa longue et très minutieuse enquête, le rédacteur en chef de Hangar Flying va même retrouver des tombes qui ne sont pas celles des victimes du crash Sabena mais des militaires belges morts bien avant 1948.

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La carcasse du DC-4 de la Sabena, le lendemain de la catastrophe © Archives Frans Van Humbeek

Un crash qui n’a pas été immédiatement constaté

C’est sans aucun doute la météo qui est à l’origine de la catastrophe. Une tornade s’était déchaînée à proximité de Libenge peu avant l’heure de l’atterrissage de l’avion belge prévu à 13 heures, et ce sont des violentes averses qui ont littéralement envoyé le DC-4 dans la forêt. A l’époque, cela avait généré des tensions entre la Sabena et le gouvernement congolais, qui estimait que la compagnie belge avait pris trop de risques d’autant que l’infrastructure météorologique du Congo n’était pas adaptée pour informer correctement les vols intercontinentaux.

Le crash n’a pas pour autant suscité de réaction immédiate à l’aéroport de Libenge. "Libenge n’était qu’une escale, et il n’y avait en réalité aucun passager dans l’avion qui devait y débarquer, alors ils ont pensé que l’avion avait fait escale ailleurs et ne se sont pas inquiétés plus que cela" explique Frans Van Humbeek. L’alerte ne sera donnée que 7 heures après le moment où le DC4 aurait dû se poser et l’appareil ne sera découvert que 24 heures plus tard par les secours, avec un seul survivant à bord. Les corps des victimes ont alors été transférés au cimetière européen de Libenge pour identification, ce qui était loin d’être simple car une partie de l’avion avait pris feu. Dans un premier temps, seuls 17 passagers seront identifiés. Deux corps seront ensuite rapatriés en Belgique, mais la majorité des victimes ont été enterrées sur le sol congolais, dont une partie avec un simple numéro à défaut d’identification. Et au fil des années, ces tombes vont disparaître de la mémoire, envahies par les plantes. Dans les documents qu’il parvient à obtenir, Frans Van Humbeek ne trouve pas la moindre localisation précise.

C’est grâce à l’aide d’un prêtre local, l’abbé Adrien, que l’équipe de Hangar Flying va finalement les retrouver, après avoir aussi rencontré un ancien commandant de bord de la Sabena qui se souvenait avoir été rendre un hommage aux victimes du crash lors de l’une de ses escales au Congo, sans doute en 1957, mais était bien incapable de situer l’endroit avec précision. Aujourd’hui, ces 28 tombes – un bébé n’a jamais été retrouvé, et deux corps avaient été rapatriés en Belgique – sont donc enfin localisées et dégagées de la végétation. Frans Van Humbeek ignore si une suite sera donnée à son enquête. Il l’espère…

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Le DC-4 photographié en 1946 à Santa Monica peu avant d’être livré à la Sabena © McDonnel Douglas – Archives Frans Van Humbeek
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Le cimetière où sont enterrées les victimes du crash en 1950 © Archives George Antippas
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Le cimetière tel qu’il apparaît aujourd’hui © Abbé Adrien Bolombi Moti
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Publicité Sabena de 1948 © Archives Frans Van Humbeek

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Archive : JT du 06/11/2011

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