Climat: "Il faut gérer l'urgence climatique avec une approche scientifique, pas politique. Comme le Covid"

La Belgique est-elle le mauvais élève de la classe dans la lutte contre le réchauffement climatique ? L’Organisation de coopération et de développement économiques vient, en tout cas, de remettre un mauvais bulletin à notre pays. Dès lors, est-il encore temps de redresser la barre ou la Belgique a déjà échoué à atteindre ses objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre d’ici 2030 ? "Il est encore temps" pour Rebecca Thissen, chargée de recherche sur la Justice climatique au CNCD-11.11.11 et Olivier Lefebvre, ancien patron d’Euronext reconverti dans les énergies vertes, invités de CQFD. Mais ce qui les inquiète aujourd’hui, c’est qu’ils ne perçoivent pas de volonté politique d’y arriver.

La balle est dans le camp politique

L’Europe s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 55% d’ici 2030. La Belgique doit contribuer à cet objectif, pourtant elle est encore loin du compte. D’ici 10 ans, la Belgique doit réduire plus du double de ses émissions que ce qu’elle ne l’a fait ces 15 dernières années. "Ça devient de plus en plus difficile mais c’est possible" pour Rebecca Thissen. Mais si nous sommes aujourd’hui au pied du mur, obligé de prendre des mesures dans l’urgence, pour elle, ce n’est pas seulement un problème d’organisation, "c’est surtout que sous la dernière législature, rien n’a été fait pour amorcer le déclin de nos émissions de gaz à effet de serre. On ne voit pas jusqu’à présent de prise de décision politique courageuse pourtant nécessaire".

En Belgique, le frein est donc politique : "La vision politique est très divergente entre le Nord et le Sud. Les réalités économiques sont différentes. Il y a une industrie pétrochimique polluante en Flandre qui freine les dirigeants politiques à prendre pour entamer une transition". A cet égard, le rapport de l’OCDE pointe, lui, la complexité institutionnelle belge : "la dispersion des compétences et l’absence d’organe de coordination indépendant empêchent une vision commune à long terme et à la mise en oeuvre de politiques cohérentes".

Il y a une industrie pétrochimique polluante en Flandre qui freine les dirigeants politiques à prendre pour entamer une transition

D’autres le font, la Belgique doit y arriver aussi

Pourtant, le Danemark, la Suède, la Finlande, par exemple sont dans les clous pour atteindre leurs objectifs 2030. "Certains sont même en avance sur le calendrier rappelle Olivier Lefebvre. Donc c’est possible. C’est une question de cohérence, de volonté politique et de mise en œuvre. D’ailleurs dans la foulée de la crise covid, l’Europe a libéré d’énormes moyens notamment pour le climat. Donc dire "ces objectifs sont trop ambitieux", on ne peut pas. De toute façon, on n’a pas le choix, on doit y arriver !".

Pour cela, la Coalition Climat, que représente Rebecca Thissen, plaide pour la mise sur pied d’organes de coordination : "Il existe une Commission nationale climat mais elle est complètement opaque et pas démocratique. Il faut la faire fonctionner mieux. Il faut une Loi spéciale climat qu’on demande depuis longtemps. Et puis, très important, il faut un comité scientifique indépendant qui évalue les mesures avant et après. La politique est assez court-termiste or la transition écologique est un enjeu de long terme. Ces organes qui permettent de monitorer les mesures, de rendre des avis, d’influencer les politiques sur le long terme sont indispensables".

Imaginons qu’on n’ait pas eu les experts pour gérer la crise covid, comment aurait-on fait ? Il faut la même chose pou le climat

"Imaginons qu’on n’ait pas eu les experts pour gérer la crise covid, comment aurait-on fait ?" abonde Olivier Lefebvre qui plaide aussi pour une approche scientifique indépendante des circonstances politiques. "L’échelle de temps est un peu différente mais dans le cas du climat aussi on est dans une urgence. Or, on ne s'équipe pas ni sur le fond, ni sur la méthode pour y faire face".

La finance peut faire bouger les lignes

Quand bien même la Belgique progresserait dans ses efforts pour lutter contre le réchauffement climatique, n’est-elle pas trop petite ? Ne sera-t-elle pas rattrapée par les lobbys et les enjeux économiques mondiaux ? A cet égard, pour Oliver Lefebvre, qui connaît bien le monde de la finance, les lignes sont en train de bouger : "Certains fonds d’investissement deviennent plus rigoureux dans leur approche du problème climatique. Les régulateurs travaillent à sortir du green washing des "investissements durables", ce n’est pas parfait mais ça va dans la bonne direction. Les entreprises, cotées en bourse notamment, sont obligées d’informer en matière de durabilité, ça a un effet en cascade sur leurs fournisseurs. Et puis, dans le secteur bancaire, la Banque Centrale Européenne exige désormais des banques d’évaluer le risque climatique dans leur portefeuille de crédits ou d’investissement. Les seront donc obligées d’avoir des fonds propres différents en fonction selon les types que risques qu’elles accepteront de financer. Et ça c’est important parce que c’est susceptible de faire bouger de grosses masses d’investissements ou de crédits des secteurs polluants vers des secteurs verts".

c’est susceptible de faire bouger de grosses masses d’investissements ou de crédits des secteurs polluants vers des secteurs verts

Pour Rebecca Thissen, effectivement, ces dernières années, on change de paradigme en la matière : "On est passé de discuter sur "est-ce que la neutralité carbone est un objectif valable ?" à "comment on l’atteint ?". Il n’y a pas de consensus sur la méthode mais aujourd’hui au moins on est tous d’accord sur la direction vers laquelle on doit aller".

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