CQFD: La lutte contre le réchauffement climatique peut-elle faire basculer nos démocraties?

Les actions de désobéissance civiles lancées par le mouvement écologiste Extinction Rebellion se multiplient aux quatre coins du globe. Et posent cette question: faut-il sortir des clous de la légalité pour mobiliser face au réchauffement climatique? Parallèlement, le fonctionnement de notre démocratie est-il capable de faire face au plus grand défi qu'ait connu l'humanité? Deux invités sur le plateau de CQFD pour tenter d'y répondre: François De Smet, député fédéral DéFI et Boris Libois, membre d'Extinction Rebellion. 

Les lois ne nous protègent plus

L'activiste explique avoir décidé de rejoindre le mouvement Extinction Rebellion en mai dernier, "vue la situation climatique qui se dégrade de plus en plus, mais aussi vue la place laissée aux émotions via ce mouvement: la peur, l'impuissance, le désespoir, la colère... Pouvoir réinvestir les émotions dans l'espace public, je trouve cela important. Enfin, il y a aussi une volonté d'apporter de la joie, du bonheur, du positif". 

Un mouvement appréciable sur la forme, moins sur le fond, pour François De Smet, qui explique: "le mot rébellion me questionne car d'habitude, il est employé quand on est dans un système totalitaire, coercitif, de contrainte. Mais ici, ce n'est pas ça qui est demandé par le mouvement écologiste militant, qui demande plus de contraintes justement".

Extinction Rebellion pourrait-il basculer dans la violence?

Les marches pour le climat n’ayant pas débouché sur des avancées conséquentes, les gens se tournent vers des mobilisations plus dures. Extinction Rebellion mène des actions médiatiques mais se revendique comme non-violent. Privilégier des mobilisations plus radicales, toutefois, peut brouiller les pistes. Notamment avec les gilets jaunes, dont le mouvement a été marqué par de nombreuses violences et interpellations en France depuis près d'un an. 

Le mouvement Extinction Rebellion pourrait-il basculer dans des actions violentes s'il n'obtient pas les résultats escomptés? "Jamais", assure Boris Libois, "le mouvement constate à la fois que le réformisme a ses limites, et cherche à changer le système de façon pacifique... Et, sachant que l'autre menace est la régression qui peut-être violente, il veut absolument éviter que la démocratie ne se fasse rattraper par une logique de régression". 

Une démocratique participative pour compléter la démocratie représentative

Une démocratie plus participative, avec des panels citoyens par exemple, ferait-elle mieux face à l'enjeu du réchauffement climatique? "Si elle complète la démocratie représentative oui, mais pas si elle s'y substitue", répond François De Smet qui affectionne le processus référendaire s'il s'accompagne, dit-il, "de quelque chose qui provoque un peu plus le débat".

Et de prendre deux exemples récents: "le Brexit, qui est une catastrophe parce qu'on a posé une question à laquelle les Anglais n'ont pas réellement répondu, avec un Boris Johnson qui oppose la souveraineté populaire représentée par le peuple à la souveraineté populaire représentée par le parlement, ce qui est une catastrophe. De l'autre côté, il y l'Irlande qui a voté par référendum l'abolition de l'IVG, mais qui a fait précéder ce vote de toute une année de panels citoyens, où l'idée a eu le temps d'infuser, où les gens ont pu argumenter, contre-argumenter, délibérer et se faire leur opinion", explique le député fédéral DéFI.

"Tout processus, quel qu'il soit, doit prendre du temps. Organiser ce temps de campagne peut compléter les mécanismes de démocratie actuels, et je pense que l'on va aller de plus en plus vers cela", conclut-il.

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

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