CQFD: La Belgique au tournant d'un "Vlexit"?

CQFD: La Belgique au tournant d'un "Vlexit"?
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De part et d'autre de la frontière linguistique, l'incompréhension est de mise, alors que la formation d'un futur gouvernement fédéral est toujours dans l'impasse. Est-ce la législature de la dernière chance pour la Belgique fédérale? Pour tenter de répondre à cette question sur l'avenir du pays, deux invités: Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef au journal Le Soir et Rik Van Cauwelaert, journaliste au Tijd et observateur de la vie politique belge.

On ne peut pas demander au CD&V et à l'Open Vld de se suicider dans un arc-en-ciel

"Le CD&V et l'Open Vld sont dans une position impossible", explique Rik Van Cauwelaert, "les derniers sondages leur ont donné froid dans le dos: 9% pour l'Open Vld, 11% pour le CD&V, ne parlons même pas du sp.a... Le plus grand drame côté flamand, c'est l'effritement complet des partis traditionnels. C'est même beaucoup plus grave que la montée du Vlaams Belang, qui avec la N-VA ont bientôt la majorité des sièges en Flandre, selon les derniers sondages".

Pour le journaliste flamand, monter dans un gouvernement fédéral dans un arc-en-ciel serait suicidaire pour ces deux partis: "on ne peut pas demander au CD&V et à l'Open Vld de se suicider dans un arc-en-ciel".

Béatrice Delvaux pointe deux événements récents qui ont encore plus compliqué les choses: "tout d'abord, les déclarations de Bart De Wever à l'encontre des Wallons qui ont rendu encore plus impossibles des négociations avec le PS [...] Et puis, la publication de ce dernier sondage et ses résultats qui font froid dans le dos pour les partis traditionnels flamands", avance l'éditorialiste.

37% des Flamands pour la scission du pays

Pour Rik Van Cauwelaert, "Bart De Wever le fait exprès: il dit à la fois être prêt à prendre ses responsabilités et à devenir informateur, et puis il tient ces propos... Je crois qu'en réalité, la N-VA ne veut pas rentrer dans ce gouvernement, car ça va faire mal". Béatrice Delvaux ajoute que le président des nationalistes flamands n'a calmé le jeu à aucun moment et elle l'explique: "en voyant les sondages, il se dit que malgré tout, avec le temps, son projet d'indépendance de la Flandre progresse aussi". 

37% des Flamands voteraient aujourd'hui pour la scission du pays, selon le dernier baromètre du journal Le Soir. "Ils ne sont pas pour autant pour la fin de la Belgique, plutôt pour la fin de la Belgique telle qu'elle tourne maintenant", commente Rik Van Cauwelaert. "On a toujours fait des réformes de l'Etat parce qu'on avait un problème, ils ont tellement réformé que ça bloque partout et rien n'est plus clair, les gens ne comprennent plus, et en plus maintenant, les gens ne comprennent plus", déplore le journaliste au Tijd.

"Ce qu'on perçoit aussi depuis quelques mois au moins, c'est que les francophones sont aussi de plus en plus nombreux à le dire: la Belgique comme ça, ça ne fonctionne pas", précise Béatrice Delvaux, pour qui les réformes successives ont rendu les choses très illisibles. 

Des réponses simples à des problèmes compliqués, ça peut mener au "Vlexit"

Rik Van Cauwelaert fait remarquer que "le confédéralisme se trouve déjà dans la Constitution belge, en son fameux article 35 jamais appliqué [il inverse le système de compétences résiduelles dévolues par défaut à l'entité fédérale... aux entités fédérées, Ndlr] que Bart De Wever n'a pas amené mais bien les socialistes et les démocrates chrétiens".

Béatrice Delvaux craint que les raccourcis simplistes vers le confédéralisme de la N-VA n'amènent à terme à une situation similaire à celle qui a amené au Brexit au Royaume-Uni: "ça donne l'impression qu'aux problèmes compliqués, on donne des réponses simples et au bout d'un moment, les gens ont envie de réponses simples. Le "Vlexit" peut être au tournant d'une crise", conclut l'éditorialiste en chef du journal Le Soir.

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