Covid-19 : la campagne de tests de dépistage devrait commencer dans les entreprises

Le Comité de concertation l’a annoncé vendredi, une campagne de test de dépistage doit être lancée dans les entreprises, en particulier les secteurs plus exposés au virus et les entreprises et secteurs où le télétravail est plus difficilement applicable. 

40% des foyers de contamination observés en Belgique le sont dans des entreprises, avait souligné le Comité de concertation, vendredi. Les entreprises du secteur public seront les premières à voir ces tests arriver. Le secteur privé doit encore se mettre en ordre de marche.

Le dépistage dans le secteur privé n’est pas encore prêt.

A côté du secteur de l’enseignement épinglé vendredi par le Comité de concertation, les entreprises constituent l’autre grand secteur où les contaminations au Coronavirus sont les plus nombreuses. Vendredi, le Comité de concertation soulignait que 40% des "clusters", les foyers de contamination, étaient repérés dans les entreprises.

Dans ce contexte et dans l’espoir d’empêcher l’émergence d’une troisième vague que le Comité de concertation a décidé de lancer une campagne de dépistage Covid dans les entreprises. Il s’agit de tests rapides, des tests antigéniques dont le résultat peut être connu en une demi-heure. Les tests seraient réalisés sur le lieu de travail, par la médecine du travail. C’est aussi cette dernière qui se chargerait de traiter les résultats et les suites à y donner. 

Au Cabinet du ministre de l’Economie, on explique que "l’architecture est en place". On est cependant en attente de l’avis du Conseil Supérieur pour la prévention et la protection au travail. Les partenaires sociaux doivent se prononcer sur les secteurs et les professions à cibler dans cette campagne de tests. Ces avis sont attendus au plus tard pour mardi.

L’objectif du gouvernement est de cibler les secteurs et les professions où l’obligation de recourir au télétravail est impossible à respecter.

"Cela se fera sur base volontaire. On veut cibler les provinces qui sont aujourd’hui celles où le taux d’infection est le plus élevé, donc aujourd’hui la province de Namur, le Hainaut, la région bruxelloise, la Flandre orientale et viser les entreprises ou les secteurs les plus à risques. On ne veut pas l’imposer à toutes les entreprises mais cibler les entreprises et les secteurs qui sont les plus à risques, en concertation avec les partenaires sociaux, les fédérations patronales et les organisations syndicales pour que cela s’organise dans les meilleures conditions possibles", explique Pierre-Yves Dermagne (PS), le ministre de l’Economie.

L’idéal serait de pratiquer 2 tests par semaine par travailleur, apprend-on. Le fédéral disposerait actuellement d’une réserve de 600.000 tests rapides. Autant dire qu’il faudra constituer un stock plus important pour mener cette campagne de dépistage à bien. Ce sera, en principe, le travail de la "task force testing".

Le patronat s’inquiète de l’organisation et du coût des tests

Du côté des patrons, la volonté du Comité de concertation de lancer une campagne de dépistage "Covid" dans les entreprises est saluée mais pose questions. L’Union des Classes moyennes, UCM qualifie les tests rapides d'"outil efficace pour conjuguer activité économique et sécurité sanitaire". 

Toutefois, la communication du gouvernement autour de ces tests est encore floue et pour l’UCM, de nombreuses interrogations restent en suspens. "Quels sont les tests (salivaires, antigéniques…) homologués ? Où pourra-t-on se les procurer ? Que se passe-t-il s’il n’y a pas de tests disponibles ? Qui va les payer ? À quelle fréquence les salariés devront-ils s’y soumettre ? L’employeur peut-il imposer le test à un collaborateur ? Si le résultat n’est pas immédiat, le travail est-il autorisé entretemps ? L’obligation concerne-t-elle tous les métiers où le télétravail n’est pas possible, dans tout le pays ? Un test négatif permet-il à un employé en télétravail de revenir à son bureau ? Comment se feront les contrôles et quelles seront les sanctions ?", se demande l’UCM dans un communiqué.

L’Union des Classes moyennes demande une clarification urgente. Elle demande que les tests soient mis à disposition des entreprises facilement et gratuitement. Elle souhaite aussi que la mise en œuvre des tests et leur contrôle n’entraînent pas de charges supplémentaires pour les entreprises.

Dans le privé, certaines entreprises proposent déjà, aux travailleurs d’être testés

Dans le secteur privé, certaines entreprises permettent déjà à leur personnel de se faire dépister aux frais de l’entreprise. C’est le cas d’IBA, à Louvain-La-Neuve. L’entreprise active dans les systèmes de diagnostic et de traitement du cancer a une partie de son personnel qui est obligée de travailler sur le terrain. La direction a donc proposé des tests de dépistage. Chaque travailleur qui le souhaite reçoit de quoi procéder à un test salivaire.

Chaque semaine, de manière anonyme, les échantillons sont analysés et un système de code-barres permet d’informer le travailleur du résultat. La direction d’IBA constate que la plupart des travailleurs se soumettent aux tests. "Chez Iba, depuis le début de la pandémie, on a deux axes de conduite, assurer la sécurité de nos employés et maintenir la sécurité de nos chaînes de production. On a mis en place toute une série de mesures sanitaires. La dernière, mise en place en décembre, a été des tests salivaires qui ne sont pas obligatoires, mais la majorité des personnes suivent ce process. Les deux avantages, ça nous montre que les mesures qu’on a mises en place fonctionnent, puisqu’on n’a plus de personnes qui sont positives et ça rassure très fort les équipes qui, depuis le début de la pandémie, doivent venir ici tous les jours travailler", explique Gaetane Metz, responsable Santé et Sécurité chez IBA.

 

Le secteur public lance des expériences pilotes pour évaluer la faisabilité des tests rapides

Dans le secteur public et les entreprises du secteur public, le dépistage rapide du Covid chez les travailleurs est déjà prêt à fonctionner. Ce lundi, le dépistage a ainsi débuté chez Bpost, où, il est bien évident que pour toute une série d’agents, comme les facteurs ou le personnel des centres de tri, le télétravail est impossible. Ce lundi, la ministre de la Fonction publique, Petra De Suter assistait à la mise en œuvre de cette campagne de testing chez Bpost. Bpost est l’entreprise publique qui a été choisie pour évaluer la faisabilité du testing Covid dans une entreprise.

"Pendant le week-end, on a organisé l’opération qui a commencé maintenant à Bruxelles et demain (mardi) matin à Gand et Charleroi. Dans les centres de tri, les gens vont être testés deux fois par semaine pour être sûr qu’ils soient négatifs avant qu’ils entrent dans le lieu de travail. C’est justement dans ces lieux où quelqu’un qui est positif mais qui n’a pas encore de symptômes peut contaminer quelqu’un d’autre, ce qui mène à des clusters, voire la fermeture d’une entreprise", explique Petra De Sutter (Groen), la ministre de la Fonction publique.

La ministre qualifie cette stratégie de testing de très importante pour garder les entreprises ouvertes.

Elle rappelle que les tests se font sur base volontaire. "Dans ce projet-ci, c’est volontaire. On veut mesurer combien de collaborateurs veulent être testés ou peuvent être motivés pour le faire. Quand on ne se teste pas, on est à risque. Quand on se teste et qu’on sait que son collègue qui est négatif, et qu’on est négatif, même si le risque de contamination n’est jamais de zéro, celui-ci sera quand même négligeable. Ce sera plus sûr de travailler dans cet endroit", précise la ministre.

La ministre de la Fonction publique mise sur un pourcentage élevé d’adhésion au testing de la part des membres du personnel des entreprises publiques à qui le test sera proposé.

Le dépistage rapide, un droit pour le travailleur, pas une obligation

Si c’est le souhait du gouvernement qu’un maximum de travailleurs puissent être dépistés pour éviter la formation de foyers de contamination dans les entreprises, les travailleurs ne pourront être contraints d’accepter ces tests. A la question "un employeur peut-il m’obliger à passer un test de dépistage du Coronavirus ?", l’Autorité de Protection des données répond sur son site : "Non, ce n’est pas permis. Un employeur ne peut pas imposer un tel test à son personnel sur la seule base de son autorité patronale. Cela affecte en effet l’intégrité physique des travailleurs. Sans base légale, un travailleur ne peut pas être contraint de se faire tester". L’Autorité souligne cependant qu’il peut parfois être très important qu’un membre du personnel se fasse tester, comme dans le secteur médical, par exemple.

Spécialiste du Droit du Travail, Me Olivier Rijckaert, du cabinet Sotra estime que c’est dans les missions d’une entreprise et dans ses compétences d’autoriser le testing. "Dans le sens de s’occuper du volet logistique, du volet organisationnel, du volet qualité, de la fourniture en suffisance, de l’information des travailleurs et de la mise à disposition du matériel", précise-t-il.

"Par contre, obliger le travailleur à se tester, c’est non. Parce qu’on ne peut pas contraindre un travailleur à faire ce type d’intervention. C’est comme un alcootest, on ne peut pas imposer un alcootest à un travailleur au travail", explique Me Olivier Rijckaert.

"Il y a des dispositions très spécifiques dans le code sur le bien-être au travail pour des fonctions à risque, dans des industries très particulières, par exemple les pilotes d’avion qui doivent accepter de se faire tester en alcoolémie. Ça existe dans des fonctions de sécurité très spécifiques et dans un cadre extrêmement limité, mais une obligation générale de subir un test covid, non", poursuit Me Rijckaert.

Le dépistage Covid suit ainsi la même logique que celle de la vaccination. Un employeur ne peut, en effet, pas imposer à un travailleur d’être vacciné. "Le problème du test et de la vaccination, c’est que c’est un geste médical et intrusif. Cela touche aussi à des données relatives à la santé. Que fait-on du résultat, etc ? Et tout ça, en principe, est interdit aujourd’hui de traitement", explique Me Rijckaert.

La campagne de dépistage Covid dans les entreprises dépendra donc essentiellement de la sensibilisation des travailleurs à cet acte.

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