COVID-19 : la Belgique avait-elle un plan pandémie ?

COVID-19 : la Belgique avait-elle un plan pandémie?
COVID-19 : la Belgique avait-elle un plan pandémie? - © DIRK WAEM - BELGA

Le 4 février, un Belge rapatrié de Wuhan est testé positif au coronavirus. Il n’a pas de symptômes, mais il est mis en quarantaine. C’est le premier cas en Belgique. Au Journal télévisé du soir, la ministre de la santé Maggie De Block affirme que tout est sous contrôle. : " Nous avons pris toutes les précautions. Nous avons un comité scientifique qui suit ce qui se passe ".

Le 1er mars, une patiente est admise à l’hôpital universitaire d’Anvers. La tension monte, mais la ministre de la santé se veut toujours rassurante. Le 5 mars, à la chambre, en séance plénière, elle dit : " On parle ici d’une légère grippe qui va continuer à voyager autour du globe et ensuite deviendra une grippe saisonnière comme on vient d’en avoir une ".

Trouver des masques dans la précipitation

Mais quelques jours plus tard, les premiers patients atteints du Covid-19 décèdent en Belgique. Le 11 mars, il y a trois morts. Les choses vont alors s’accélérer. Dans l’urgence, le SPF Santé commande du matériel de protection, et notamment ces fameux masques, qui manquent déjà partout : dans les hôpitaux, dans les maisons de repos, chez les médecins généralistes…

Le 23 mars, le Vif-L’Express révèle que la Belgique a détruit un stock de masques chirurgicaux et FFP2 – des millions de masques- parce qu’ils étaient périmés. Nous sommes en, 2017. Maggie De Block, ministre de la Santé ne renouvelle pas le stock. Elle met à l’étude la constitution d’un stock tournant, où les masques seront revendus avant leur date de péremption, " Pour ne pas gaspiller l’argent du contribuable ".

Quand le Covid-19 gagne la Belgique, il n’y pas toujours pas de stock de masques. On s’est rendu compte qu’il fallait plus de temps que prévu pour le mettre en place, dira la ministre. Il fallait notamment modifier des textes de loi. On n’a pas eu le temps de le faire.

Les stocks stratégiques recommandés depuis 2009

Pénurie de masques, de surblouses, pénurie de réactifs pour les tests de dépistage, pas assez de respirateurs pour les malades aux soins intensifs. Avec stupeur, la Belgique découvre que le pays n’est pas prêt à affronter la pandémie du Covid-19. Il n’est pas le seul, certes. Nos voisins français ne font pas mieux. Mais que s’est-il passé pour que nous ayons manqué à ce point de prévoyance ?

La dernière alerte pandémie date de la grippe H1N1, survenue au Mexique. Nous sommes en 2009. Les scientifiques alertent. Il se pourrait que dans le futur, un virus de type H1NA mute et se propage de manière extrêmement dangereuse dans le monde.

A l’époque, la ministre de la santé Laurette Onkelinx se demande si la Belgique est prêtre à faire face à l’apparition d’un virus inconnu. Elle consulte le demande comité consultatif de bioéthique. Dans son rapport, celui-ci constate que les stocks stratégiques de l’époque seront insuffisants si une nouvelle pandémie se déclare :" Etant donné qu’il faut jeter le masque après l’avoir porté, ce nombre semble insuffisant "

Des masques pour l’ensemble de la population

Le comité de bioéthique recommande que des masques soient distribués à l’ensemble de la population. Il note aussi " qu’on ne peut oublier la protection du personnel d’entretien et administratif des hôpitaux et des points de contact locaux ". Dans ses conclusions les experts soutiennent " la constitution de stocks suffisants de masques chirurgicaux et respiratoires pour éviter la contamination. D’un point de vue éthique, il semble en effet inacceptable d’économiser ces dépenses ". Le comité consultatif de bioéthique recommande également d’acheter un grand nombre de respirateurs.

Ces recommandations ont-elles été suivies ? Thomas Orban, président du Collège de médecine générale francophone, répond par la négative : " Nous avons reçu des masques FFP2 en 2009. Je me doutais que nous pourrions avoir une nouvelle pandémie. Les chercheurs le disaient. Donc je les ai gardés. Ils sont périmés, mais le bon sens me fait dire que c’est mieux que rien ".

Dix ans plus tard, en pleine pandémie de Covid-19, le pire est arrivé. Des soignants sont tombés malades faute de protection, plusieurs sont décédés, il y a eu des centaines de morts dans les maisons de repos, parce que le personnel soignant n’avait pas ou trop peu de masques.

Nathan Clumeck, professeur émérite, infectiologue ULB et CHU Saint-Pierre : " Le fait qu’il n’y avait pas de masque constitue en soi un manque. Le virus est entré dans cette vulnérabilité immunologique et dans la vulnérabilité de la société. Parce qu’il se transmet par voie aérienne, et ça c’est le plus dangereux. Pour le sida, si on n’a pas de relations sexuelles ou qu’on n’échange pas de seringues on ne peut pas l’attraper, mais ici, on ne pas s’arrêter de respirer. Et le masque, c’est une barrière ".

Thomas Orban, président du Collège de médecine générale : " J’analyse ça comme un choix politique. Ce n’est pas un manque de prévoyance. On a fait le choix de faire en sorte que cela ne coûte pas trop cher. Quand les comptes seront faits, on en saura un peu plus. Ne pas avoir renouvelé ces stocks, cela me paraît un choix coupable et une responsabilité majeure ".

Manifestement le plan pandémie n’avait pas été mis à jour

Nous savons qu’en 2009, le ministère de la santé a acheté plusieurs millions de masques et qu’ils ont été distribués, notamment dans les administrations communales. Mais a-t-on suivi toutes les recommandations des experts? Il semblerait bien que non.

Pourquoi ? L’une des explications, outre l’austérité budgétaire imposée par les gouvernements successifs, serait que la vigilance s’est relâchée.

Nathan Clumeck : " La pandémie du H1N1 n’a pas eu la gravité que l’on pouvait craindre, donc le plan pandémie était en veilleuse, mais tout était en place pour le réactiver et c’est ce que nous avons fait ici".

A la question de savoir si le SPF Santé disposait oui ou non d’un plan pandémie récent, nous n’avons pas eu de réponse.

Par écrit Maggie De Block nous a rappelé que depuis 2007, le Risk Assessment Group et le Risk Management Group évaluaient les risques sanitaires pour la population et mettaient en place les mesures adéquates. Aucun des experts scientifiques qui conseillent le gouvernement n’ont souhaité répondre. Ils sont disent-ils encore dans l’urgence et ce n’est pas le moment de pointer des responsables.

Une commission d’enquête parlementaire devrait voir le jour pour faire toute la lumière sur la gestion de la crise.