Côte belge, centres récréatifs, hôpitaux : quand les Bruxellois deviennent indésirables en Flandre

A Dilbeek, ces panneaux annoncent la couleur.
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A Dilbeek, ces panneaux annoncent la couleur. - © KRISTOF VAN ACCOM - BELGA

Le bourgmestre d’Alost ne veut plus des patients bruxellois dans les hôpitaux de sa ville. "Les limites de la solidarité médicale ont été atteintes", a déclaré à la VRT le bourgmestre N-VA d’Alost, Christoph d’Haese, comme nous l’indiquions hier soir sur notre site Internet.

Deux raisons sont avancées. L’aspect de proximité. "Je suppose raisonnablement que le principe de base devrait être qu’un patient d’Alost devrait pouvoir aller dans un hôpital d’Alost. C’est aussi la chose la plus responsable médicalement à mon avis." Mais aussi l’aspect financier. "Les interventions programmées diminuent en raison de la crise du coronavirus, ce qui a des conséquences sur les finances."

La déclaration a été critiquée, tant en Flandre qu’à Bruxelles. Le bourgmestre d’Alost avance-t-il des arguments recevables ou non ? En tout cas, sa sortie rappelle d’autres, ciblant les Bruxellois. Car ce n’est pas la première fois que des politiques flamands refusent ou encadrent la venue d’habitants de la capitale sur leur territoire. Illustration avec quatre exemples.

1. Les jeunes de Bruxelles à Hofstade

Le domaine récréatif d’Hofstade, en Brabant flamand, est situé à une vingtaine de kilomètres de Bruxelles. Lorsque le soleil pointe le bout de son nez et que la météo est agréable, son plan d’eau et sa plage artificielle attirent les familles et les jeunes. En 2011, un afflux de touristes vire à l’émeute. De violents affrontements opposent des groupes de jeunes aux policiers.

La presse et plusieurs politiques du nord du pays tirent à boulets rouges sur des groupes venus de Bruxelles, à l’origine de multiples incidents : nuisances, agressions, vols, harcèlement… Ils sont également à l’origine, dit-on au nord du pays, de faits similaires dans d’autres domaines récréatifs de Flandre comme Huizingen, Kessel-Lo, Halve Man, Wetteren…

Des mesures sont prises, hors initiatives sécuritaires. A Hofstade, par exemple, un ticket d’entrée est instauré, majoré pour les habitants n’habitant pas la province et donc plus cher pour les Bruxellois, les jeunes comme les autres. Ce principe est également d’application dans d’autres centres récréatifs de Flandre.

2. Les incidents de la Côte

Il fait chaud en ce mois d’août 2020. Très chaud. En plein covid, il est déconseillé de partir à l’étranger. Conséquence: les vacanciers se donnent rendez-vous à la Côte belge. Mais le 8 août, tout dérape. Des affrontements éclatent sur la plage de Blankenberge. Face à face : forces de l’ordre et jeunes. Des jeunes issus "d’une bande urbaine bruxelloise" annonce-t-on rapidement.

Pour Zuhal Demir, ministre flamande N-VA du tourisme, c’est la faute à la "culture de bandes qui se développe librement à Bruxelles".

Des décisions radicales sont prises. Les touristes d’un jour seront interdits dans la station balnéaire, dès le lendemain, annonce la bourgmestre Daphné Dumery (N-VA). Elle ne souhaite plus non plus que des trains arrivent en gare entre 9 et 16 h. La ligne Bruxelles-Blankenberge est l’une des plus fréquentées en période estivale avec la ligne Bruxelles-Ostende.

Dans la foulée, plusieurs autres cités balnéaires prennent des mesures similaires ou limitant un afflux massif de touristes, en pleine canicule, et donc les rassemblements de personnes alors que la Belgique est en période de déconfinement coronavirus.

Le bourgmestre de Knokke Léopold Lippens justifie sa décision et pointe d’abord le problème bruxellois. "On a des gens qui viennent de Bruxelles, de Gand, d’Anvers, de Liège, du nord de la France et de la Hollande, et qui considèrent qu’ils peuvent se permettre de se conduire comme ils veulent dans une station balnéaire où on a des règles de base, auxquelles s’ajoutent les règles du coronavirus, et ils ne les respectent pas."

3. Le français des Bruxellois interdits de marché à Asse

A Asse, dans la grande périphérie bruxelloise, il est interdit, depuis la rentrée 2019 de parler français lors des marchés hebdomadaires. C’est une décision initiée par l’échevine N-VA des Affaires flamandes Sigrid Goethals. "Nous sommes et restons une commune néerlandophone", dit-elle, pour contrer le recul du néerlandais suite à l’arrivée de nouveaux habitants francophones venus de Bruxelles. "C’est pourquoi nous voulons fortement encourager l’utilisation de notre langue."

Concrètement, comme l’a décidé le conseil communal d’Asse : les commerçants devront désormais uniquement exposer des pancartes en néerlandais. Ils devront également utiliser le néerlandais comme première langue lors des contacts avec les chalands. Des amendes sont prévues en cas d’infraction.

La mesure interpelle jusqu’en France et fera l’objet de reportages de la presse hexagonale. Elle fera également l’objet de critiques et sera jugée "anticonstitutionnelle" en raison de la loi sur l’emploi des langues en Belgique.

4. "Où les Flamands sont à la maison"

La commune de Dilbeek jouxte la Région bruxelloise et les communes de Molenbeek, Anderlecht et Berchem-Sainte-Agathe. Particularité quand on pénètre dans cette commune de plus de 40.000 habitants, des panneaux annonçant "Dilbeek, waar Vlamingen THUIS zijn…" Qui signifie : où les Flamands sont à la maison.

Comment comprendre ce message ? Dilbeek, où ici on ne parle que flamand ? Dilbeek, où les Flamands font la loi ? Dilbeek, où les Bruxellois francophones voisins doivent s’adapter quand ils veulent s’y installer ? En tout cas, même parmi les habitants, cet écriteau, apparu en 1978 en opposition au pacte d’Egmont, ne fait pas l’unanimité et est jugé discriminatoire.

Ces panneaux existaient par le passé dans d’autres communes de la périphérie avant d’être progressivement retirés. Une entité a décidé de les maintenir tout au long de ces années, c’est Dilbeek, déjà bien avant l’arrivée d’un bourgmestre nationaliste flamand en 2012, Willy Segers. Dilbeek a historiquement toujours été un bastion du mouvement flamand, luttant contre l’invasion bruxelloise francophone.

L’an dernier, une action symbolique a été menée. Des militants décident de rebaptiser ces panneaux : "Waar iedereen thuis is" (où tout le monde est le bienvenu). L’action dure quelques heures.

S’ensuit un débat sur l’opportunité de conserver ce slogan. Pour le bourgmestre, celui-ci fait partie de "l’héritage" de Dilbeek, de son ADN. Mais pour le conseil des jeunes de Dilbeek, ce slogan est dépassé. Près de la moitié des jeunes de la commune indique, dans un sondage, qu’ils ne se retrouvent pas dans ce message.

Willy Segers entend les remarques réclamant une contextualisation de ces panneaux. "Nous devons veiller à ce que cette action (celle de 1978) ne soit jamais oubliée", disait-il en 2019. "Nous ne savons pas encore comment nous allons esquisser ce slogan de manière moderne. Après avoir établi le budget et le plan pluriannuel, nous envisagerons une éventuelle interprétation."

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