Coronavirus : retour sur le discours exceptionnel du roi Philippe le 16 mars 2020

Nous ne sommes ni la veille de Noël, ni du 21 juillet. En 2020, au beau milieu du mois de mars, le roi Philippe décide de prendre la parole et de s’adresser aux Belges, en dehors des deux moments habituellement inscrits dans le calendrier du palais. Il y a un an, la Belgique entre en confinement comme d’autres pays dans le monde. But : limiter la propagation du coronavirus. Une séquence inédite dans l’histoire du pays qui pousse le Souverain à sortir des clous, le lundi 16 mars 2020.

Le message télévisé, retransmis également à 19 h sur les réseaux sociaux ne dure que trois minutes. "Notre pays est confronté à une crise sanitaire mondiale sans précédent. La Belgique se trouve aujourd’hui dans une phase cruciale pour contenir la propagation du coronavirus." Le ton est donné dès les premières secondes.

"Nos autorités ont pris leurs responsabilités en adoptant des mesures" que le Souverain, installé dans un bureau, devant des portraits des membres de la famille royale, qualifie de "drastiques". Des mesures qui "nous imposent de modifier notre mode de vie, pour nous-mêmes, mais surtout pour les autres et en particulier les plus vulnérables."

Notre attitude à tous est essentielle. Nous pouvons sauver des vies

Une pensée est adressée aux malades, aux aînés "qui vous sentez isolés, séparés de vos proches. A vous les parents qui êtes amenés à vous réorganiser. Et à vous les jeunes de qui on attend un comportement responsable", référence à la tentation de certains d’organiser des lockdown parties, des soirées clandestines.

"Notre attitude à tous est essentielle. Nous pouvons sauver des vies", insiste le roi qui ne bénéficie pas, lors de cet exercice, d’un éclairage optimal. On le voit : il y a eu de l’urgence dans l’organisation de ce moment.

Court et efficace pour Vincent Dujardin

Le roi Philippe adresse enfin un mot au personnel hospitalier, aux travailleurs, aux patrons d’entreprises et invite les Belges à la cohésion face au coronavirus : "Chacun d’entre nous à un rôle à jouer pour surmonter cette crise. Je suis confiant que nous sortirons grandis de cette épreuve."

Le discours largement repris partout en Europe suscite des commentaires, d’autant qu’il intervient au moment où la Belgique, en pleine crise politique, se dote d’un gouvernement temporaire avec des pouvoirs spéciaux pour faire face à la crise du coronavirus. Sur le plateau d’une édition spéciale de la RTBF, le soir même, Vincent Dujardin, professeur à l’UCL, spécialiste de la monarchie, explique que l’on a assisté à un discours "dans le style du Roi", "court, efficace".

"On voit qu’il s’adresse à la population belge, ce n’est pas un discours politique." La crise sanitaire impacte toute la population sans exception. C’est à elle que le palais pense en priorité. Vincent Dujardin rappelle également l’implication personnelle du Souverain qui a fait appel au patron d’AliBaba pour obtenir des masques.

Dans Le Soir, on établit une comparaison entre le discours royal et l’allocution, le même jour, du président français Emmanuel Macron. L’heure est tout aussi grave de l’autre côté de la frontière mais les attitudes des chefs d’État sont différentes. Guillaume Grignard, chercheur aspirant FNRS en sciences politiques (ULB, Cevipol) et Louise Knops, doctorante en sciences politiques (VUB) écrivent chez nos collègues que ces discours, comme ceux de fin d’année ou pour la fête nationale, "sont rares et incarnent une dimension symbolique pour le pouvoir".

Réconfort pour Philippe, la guerre pour Macron

Néanmoins, "ces discours ont été fondamentalement opposés". Le minutage d’abord : trois minutes environ pour le roi des Belges, 21 minutes pour le président français. "Cette longueur inégale témoigne d’un rôle d’accompagnement et de discrétion pour le roi Philippe et, au contraire, d’une véritable performance 'martiale' pour le président Macron."

"Le roi Philippe a usé d’une tonalité de réconfort" tandis qu’Emmanuel Macron se pose en professeur, en sanctionnateur qui "en appelle à la mobilisation". Très tôt dans son discours, "le président s’en prend à ceux qui ne respectent pas les mesures prises. […] Le discours use de la morale pour mobiliser tous les Français. Tout le pays doit être uni et les cas déviants doivent être pointés du doigt. Cela aboutit au milieu du discours à cette expression répétée pour qu’elle fasse parler d’elle : 'nous sommes en guerre'."

En réalité, disent les deux chercheurs, "Emmanuel Macron apparaît plus que jamais comme le chef du pays, alors que le roi Philippe accompagne un pays qu’il ne dirige pas." Un roi sans pouvoir mais présent, dans les bons comme dans les mauvais moments.

Il y a un an jour pour jour, le 16 mars 2020, la Belgique enregistrait 1058 cas d’infections au coronavirus et cinq décès.

Notons que le dernier discours exceptionnel du roi Philippe remontait au 22 mars 2016, le soir des attentats de Bruxelles.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK