Coronavirus : pour le ministre Geens, la situation dans les prisons est "normale"

Mons, Leuze-en-Hainaut, Arlon, Marche-en-Famenne : la situation dans les prisons, à la suite du développement de la pandémie de coronavirus en Belgique, se dégrade de jour en jour.

Trois cas positifs ont été officialisés par l’administration pénitentiaire : un à Mons et deux à Turnhout. Les trois personnes concernées sont prises en charge dans des hôpitaux.

Concernant les agents pénitentiaires, selon l’administration, 20% sont absents. Les activités sont maintenues quasiment partout.

Pour respecter la distanciation sociale, les préaux sont divisés en sous-groupes. Il y aurait des problèmes de nervosité dans 4 prisons sur les 35 que compte le Royaume.


►►► À lire aussi : Le coronavirus met les prisons en ébullition : "On a très peur"


Des mesures ont déjà été prises : température prise pour tous les détenus qui entrent en prison, placement en isolement pour les détenus présentant de la fièvre en attendant le résultat du test COVID-19, suivi quotidien par un médecin des détenus présentant des symptômes, etc. Quasi 5500 masques ont été distribués dans les prisons, 1500 sont attendus ce vendredi, et 2000 de plus lundi après-midi. Des ateliers de couture de masques sont organisés dans 4 prisons.

Pour éviter une propagation à l’intérieur des prisons, le gouvernement a décidé de supprimer les permissions de sortie, les nouveaux congés pénitentiaires, les détentions limitées (travail ou suivi d’une formation en journée, retour à la prison en soirée).

Dans le même temps, un congé pénitentiaire prolongé peut être accordé aux détenus condamnés "qui ont déjà correctement purgé leur congé pénitentiaire ordinaire" tant que durera la pandémie.

Le ministre de la Justice, Koen Geens, parle d’une "interruption de l’exécution de la peine". On notera également que le parquet a décidé de reporter certaines peines de prison.

Libérer les détenus les plus vulnérables

Par ailleurs, les visites sont interdites depuis le 13 mars, jusqu’au 3 avril inclus. Deux semaines déjà, et l’on ignore encore évidemment quand les visites pourront reprendre. Un crédit de 20€ d’appel téléphonique (10€ ont été rajouté cette semaine) a été octroyé à chaque détenu, pour maintenir le contact. Pas de quoi néanmoins permettre aux personnes enfermées de vivre sereinement la situation actuelle.

Raison pour laquelle Genepi Belgique, une association d’éducation populaire dont la vocation "est de participer au décloisonnement de la prison en établissant un lien entre les personnes incarcérées et le monde extérieurdemande, dans une carte blanche, "la libération de toutes les personnes détenues vulnérables (en raison de leur âge ou de leur état de santé général), le plus possible, au moyen de la libération sous conditions si ces personnes sont en détention préventive ou de la libération provisoire ou de la libération conditionnelle si elles sont condamnées."

Des pouvoirs spéciaux pour la prison

Comment réagit le gouvernement ? Le ministre de la Justice, le CD & V Koen Geens, estime, dans une interview à la RTBF, que la situation actuelle dans les prisons est "normale" : "Nous avons eu des émeutes, au début de la crise, lorsqu’on a interdit les visites. Ce n’est pas gai pour eux. Mais je crois que la situation dans la plupart des prisons est normale."

Et le ministre d’ajouter : "Nous avons pris des mesures par rapport à l’hygiène, la distance, par rapport à ceux qui pourraient être malades, mais la situation pour l’instant est très vivable."

Interrogé sur l’utilisation dans le cadre pénitentiaire, des pouvoirs spéciaux, Koen Geens s’est montré évasif. Il évoque un texte en cours de rédaction et qui arrivera "dans les prochaines semaines".

La proposition de loi offre en tout cas la possibilité au gouvernement de prendre de nouvelles mesures pour "adapter le droit de la procédure pénale, y compris les règles particulières relatives à la procédure et aux modalités de la détention préventive et en matière d’exécution des peines et mesures. Plus précisément, il s’agit, entre autres, de limiter les comparutions des prévenus, des inculpés, des condamnés, des internés et des détenus devant les juridictions d’instruction, les juges répressifs appelés à statuer sur le fond et les tribunaux de l’application des peines en étendant, entre autres, la représentation par l’avocat. Les modalités de l’exécution des peines ou d’autres mesures privatives de liberté peuvent également être adaptées ou complétées, par exemple par l’introduction de congés (pénitentiaires) prolongés et l’interruption de l’exécution."