Coronavirus : les masques d'Avrox commandés par la Défense dangereux pour la santé et l'environnement ?

Les masques buccaux en tissu achetés par la Défense auprès de la société luxembourgeoise Avrox ont été traités avec une finition antibactérienne nano argentée, ce qui les rend dangereux pour la santé et l'environnement, se sont alarmées lundi les organisations sectorielles Creamoda, Febelsafe et FBT. Ce que réfute le SPF Santé Publique, via un communiqué diffusé sur le site de la Défense.

Déjà sceptiques quant aux modalités de lavage de ces masques (à 30°C sans possibilité de repasser le tissu, au lieu des 60°C recommandés par un document technique approuvé par le Conseil national de Sécurité), les trois fédérations enfoncent le clou lundi: le traitement aux ions d'argent (un biocide) imposé aux 15 millions de protections buccales commandées auprès d'Avrox présente un risque pour l'être humain et son environnement.

De son côté, le SPF Santé précise que ce traitement antimicrobien, nommé SILVADUR930, "répond aux exigences du règlement européen en matière de biocides et que les masques buccaux peuvent être mis sur le marché." "Cette technologie est déjà utilisée dans de nombreux textiles, mais aussi dans de nombreux masques buccaux qui sont proposés sur le marché international et national, dans les supermarchés et les pharmacies, à la fois pour un usage personnel et professionnel" ajoute le communiqué.

Libération de particules d'argent

"L'utilisation de biocides antibactériens est très controversée", pointent la Fédération belge de la mode (Creamoda), celle des fabricants, distributeurs, fournisseurs de services et utilisateurs finaux professionnels en matière de sécurité et de bien-être (Febelsafe) et la Fédération belge de l'entretien et du textile (FBT).

"Des super-bactéries (résistantes à la plupart des antibiotiques) pourraient être créées en cas de mauvaise utilisation excessive", tandis que "les stations d'épuration risquent de ne plus fonctionner" car les biocides ne font pas la distinction entre les bonnes et les mauvaises bactéries.

En outre, 60% des particules d'argent sont déjà libérées après 10 lavages et elles disparaissent complètement après deux ans, ajoutent les organisations, qui craignent aussi le rejet "irrévocable" de biocides dans l'environnement une fois le produit en fin de vie.

Enfin, la taille même des particules utilisées pose problème, selon Creamoda, Febelsafe et FBT. Ces nanoparticules d'argent sont "si petites qu'elles peuvent pénétrer dans des parties du corps et des cellules où elles n'ont normalement pas leur place". Les masques traités aux biocides et en contact prolongé avec le visage présentent dès lors un risque sanitaire, puisque leurs fibres peuvent se retrouver dans les poumons de l'usager, estiment les trois fédérations.

Celles-ci affirment vouloir "éviter des incidents graves" et demandent qu'un avertissement accompagne le mode d'emploi de ces masques buccaux.

Avrox défend la qualité de ses masques

Le fournisseur, la société Avrox, aujourd’hui défend les qualités des 15 millions de masques qu’elle a livrés. "Ces masques sont sûrs. Ils ont été testés, vérifiés. Concernant le lavage, il est clair qu’avec un bon détergent, laver ces masques à 30 °C suffit pour qu’ils soient désinfectés", explique Laurent Hericord, administrateur d’Avrox. Il poursuit : "Nous avons suivi les recommandations de la Défense à la lettre".

Quant à la production de masques prévus pour des lavages à 30 °C plutôt que 60 °C, le patron d’Avrox confirme qu’au départ il était prévu de s’aligner sur 60 °C : "C’est correct mais la norme a évolué au cours de l’appel d’offres", explique Laurent Hericord. Et il poursuit : "La norme aujourd’hui laisse le choix de suivre ou 60 °C ou minimum 25 lavages à 30 °C, ce que nous faisons aujourd’hui".

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