Coronavirus : le demi-tour d'urgence du ministre-président flamand Jan Jambon

Coronavirus : le demi-tour d’urgence du Ministre président flamand Jan Jambon
Coronavirus : le demi-tour d’urgence du Ministre président flamand Jan Jambon - © POOL STEPHANIE LECOCQ - BELGA

Dimanche, le ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA) estimait encore, métaphore douteuse à l’appui, qu’il n’y avait pas le feu en Flandre et qu’il n’était pas nécessaire de durcir les mesures au nord du pays, contrairement à ce qui venait d’être fait en Wallonie et à Bruxelles. Dès lundi, face aux chiffres de la progression du Covid-19 et sous la pression des virologues, Jan Jambon a entamé un revirement. Ce mardi soir, le gouvernement flamand se réunit pour renforcer les mesures corona.

Dans la presse flamande, le ministre-président flamand se fait aujourd’hui "allumer". Le Nieuwsblad titre : "Apparemment, ça brûle quand même", une allusion aux déclarations de Jan Jambon dimanche sur le plateau de la VRT. Le ministre-président flamand avait déclaré : "Je ne vais pas arroser ma maison maintenant, pour un incendie qui prendra peut-être la semaine prochaine ", en réaction à des questions sur un durcissement des mesures corona en Flandre. Une phrase qui, en ce début de semaine, est jugée maladroite. "Ce week-end, il a utilisé une métaphore assez stupide, assez problématique. Cela a été mal perçu vu que, clairement, la maison brûle partout et donc aussi en Flandre", estime Dave Sinardet, politologue à la VUB.

En comité de concertation, le gouvernement de Jan Jambon avait freiné le durcissement des mesures

Jeudi et vendredi dernier, lors du dernier comité de concertation, la Flandre avait empêché le gouvernement De Croo de prendre des mesures plus fortes. Il n’y avait pas eu de consensus sur le couvre-feu, par exemple. C’est pour cette raison que le gouvernement wallon, dans un premier temps, et le gouvernement bruxellois le lendemain ont imposé de leur côté des mesures plus strictes applicables rapidement, comme le couvre-feu de 22 heures à 6 heures ou l’imposition du télétravail.

Rien de tout cela en Flandre à la veille du week-end, où, jusqu’au bout on a voulu préserver l’économie. "La N-VA a toujours voulu éviter des règles trop strictes, notamment pour sauvegarder l’économie, entre autres parce qu’elle est proche des milieux économiques, mais aussi pour des raisons idéologiques sans doute", estime Dave Sinardet.

Lors du comité de concertation, le ministre-président flamand N-VA a, probablement aussi, joué un jeu politique. En ne permettant pas qu’il y ait un consensus autour des mesures du comité de concertation, Jan Jambon écornait ainsi un peu l’image du Premier ministre De Croo qui aurait souhaité des règles nationales. On peut aussi se demander dans quelle mesure le refus flamand de mesures nationales n’était pas aussi une manière de souligner la différence entre une Wallonie et une Région bruxelloise en mauvaise posture sanitaire et une Flandre, prétendument plus préservée.

Les gouverneurs des provinces flamandes et des bourgmestres font pression sur Jan Jambon

Depuis ce comité de concertation, depuis le durcissement des règles sanitaires en Wallonie et à Bruxelles et devant l’évolution des chiffres de l’épidémie, des voix se font entendre en Flandre pour renforcer également les mesures face au Covid-19. Le gouverneur de Flandre occidentale, Carl Decaluwé, a plaidé pour une harmonisation des heures de couvre-feu. Le gouverneur du Limbourg s’est réuni avec "ses" bourgmestres. Les bourgmestres flamands de la périphérie bruxelloise, comme à Vilvorde, réclament aussi des mesures plus strictes, car cela n’a pas de sens d’avoir des règles sanitaires strictes d’un côté du ring et pas de l’autre.

Les chiffres de contamination explosent aussi en Flandre et rejoindront bientôt les niveaux rencontrés au sud du pays. "Sous la pression des virologues, sous la pression des chiffres, vu la situation des hôpitaux flamands, on voit que le gouvernement flamand doit aussi complètement changer de cap. Et donc, c’est plutôt lui qui a mauvaise figure, car après avoir bloqué des règles plus strictes à la fin de la semaine dernière, la Flandre va devoir prendre des règles similaires et plus strictes, quatre jours plus tard", explique le politologue Dave Sinardet.

A 18 heures, ce mardi, le gouvernement flamand se réunira donc pour examiner la situation en Flandre. De nouvelles mesures restrictives sont attendues. Une extension du couvre-feu, comme au sud du pays, est sur la table. Des mesures réduisant les activités socioculturelles pourraient aussi être prises. Une restriction des activités sportives est envisageable, à l’instar de ce qui se fait en Wallonie et à Bruxelles. Car, tout comme dans le reste du pays, les hôpitaux flamands atteignent eux aussi leurs limites. Dans les écoles, la situation n’est pas meilleure non plus. D’ailleurs, le ministre flamand de l’enseignement, le N-VA Ben Weyts, a déjà dû adapter le calendrier scolaire, comme en Communauté française, en prolongeant le congé de Toussaint.

JT du 26/10/2020 - Coronavirus : la flandre va-t-elle devoir s'aligner ?

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK