Coronavirus : la Flandre réclame la réouverture de toutes les classes maternelles et primaires, Jeholet irrité

Les acteurs de l'enseignement néerlandophone se sont mis d'accord avec le ministre flamand compétent Ben Weyts et les experts du groupe en charge de la "stratégie de sortie" pour proposer une piste de réouverture totale de toutes les classes de primaire et de maternelle à partir du 2 juin.

L'annonce est faite vendredi par le cabinet du ministre flamand, après concertation avec les coupoles de l'enseignement, les syndicats et les virologues. L'ambition affichée de l'enseignement flamand est que tous les élèves, sans exception, aient à nouveau un contact physique avec l'école avant la fin de l'année scolaire. Un accord formel est encore nécessaire en Conseil national de sécurité, où le fédéral et les entités fédérées sont représentés.

Par ailleurs, cette "2e phase" de déconfinement de l'enseignement, dans le nord du pays, resterait dépendante des décisions finales des directions d'école.

Peu d'impact sur l'évolution de la pandémie

Selon le GEES, le "Groupe d'Experts en charge de l'Exit Strategy", un retour à l'école et une reprise des cours pour tous les élèves de moins de 12 ans n'aurait que peu d'impact sur l'évolution de la pandémie. Ministre et acteurs de l'enseignement souhaitent donc, en accord avec les experts, proposer d'autoriser que toutes les maternelles et primaires reviennent en classe dès le 2 juin.

Pour les maternelles, la garderie s'arrêterait et les classes fonctionneraient normalement, sans masque ni distanciation sociale, une classe étant alors considérée comme un "silo", peu importe sa taille.

Des groupes de 20 élèves

Dans le primaire, la Flandre souhaite qu'au moins la moitié du temps de cours normal soit assurée pour chaque année, avec une présence de l'élève ne dépassant pas quatre jours par semaine. Les écoles choisiraient elles-mêmes les modalités pratiques, avec de l'alternance, des demi-jours ou jours entiers, etc. La distanciation sociale resterait bien de rigueur dans le primaire, avec donc davantage d'espace entre les bancs, etc. Les silos seraient élargis à des groupes de 20 élèves.

Dans le secondaire, les élèves de 2e et 4e pourraient reprendre les cours à l'école à partir du 2 juin, à raison de deux jours entiers ou quatre demi-journées maximum par semaine. Pour les première, troisième et cinquième années, il faudrait assurer le retour de chaque élève entre les murs de l'école pour au moins un jour, davantage si nécessaire, d'ici la fin de l'année.

Excellente nouvelle

La commissaire flamande aux droits de l'enfant, Caroline Vrijens, a qualifié d'"excellente nouvelle" ce feu vert donné au retour de tous les élèves derrière les pupitres. "Cela offre des perspectives claires, bien que nous attendons de voir comment les écoles vont s'organiser dans la pratique", a-t-elle réagi.

"Nous avons plaidé pour que tous les élèves puissent retrouver le chemin de l'école à mi-temps, mais nous comprenons que certains établissements n'y parviennent pas. Le choix leur est laissé de s'organiser en fonction de leur personnel et de leur infrastructure", a ajouté le directeur général du réseau de l'enseignement catholique flamand, Lieven Boeve.

Le ministre-président francophone Pierre-Yves Jeholet a en tout cas peu apprécié la démarche. "Chacun y va de ses commentaires. Ca m'irrite un peu de vouloir mettre ainsi le Conseil National de Sécurité devant le fait accompli. Nous devons tous être responsables", a-t-il lancé. "Le CNS a décidé que les maternelles n'ouvriraient pas avant le 8 juin. Nous étions tous d'accord là-dessus et la Flandre était autour de la table. Pour nous, c'est clair, elles ne rouvriront pas avant le 8 juin."

"Nous avons rencontré les acteurs de l'enseignement mercredi et nous ne sommes pas insensibles à l'appel des pédiatres (pour une réouverture)", a ajouté le ministre-président. "Nous sommes tout à fait sur la même longueur d'ondes, à savoir pouvoir accueillir un maximum d'enfants".

Du côté flamand, on a parfois pris des largesses

M. Jeholet a affirmé que la Fédération Wallonie-Bruxelles était "prête" pour accueillir davantage d'enfants. "Si les conditions sont assouplies par le GEES (groupe d'experts chargé du déconfinement, ndlr), nous les appliquerons... mais pas unilatéralement. A l'issue du dernier CNS, nous avions convenu que les trois ministres de l'Enseignement allaient rencontrer les experts du GEES pour voir comment assouplir les règles. Cette réunion n'a pas encore eu lieu. J'espère qu'elle se tiendra au début de la semaine prochaine. Je ne vois pas pourquoi on prend des largesses d'un coté et que l'on déroge aux règles unilatéralement. Du côté flamand, on a parfois pris des largesses avec les mesures, notamment sur le respect des silos de 10 personnes. Si cette décision a été prise, c'est qu'il y a des bonnes raisons."

Un éventuel assouplissement des normes pour les maternelles

Plus modérée, la ministre de l'Enseignement obligatoire Caroline Désir (PS) indique de son côté avoir "toujours été plus particulièrement inquiète de l'impact du confinement sur les enfants du maternelle" et se dit dès lors "sensible à l'appel des 269 pédiatres qui prônent leur retour à l'école". "Toutefois, les acteurs de l'enseignement ont indiqué que l'application des normes sanitaires actuelles, très strictes et contraignantes, ne permettra pas de faire rentrer plus d'élèves que ce qui est prévu aujourd'hui. Nous avons donc demandé au GEES et au CNS si et comment un assouplissement de ces normes pouvait être envisagé en toute sécurité, notamment pour les maternelles."