Coronavirus: la colère du personnel soignant entendue, les arrêtés royaux seront suspendus et une revalorisation salariale sera négociée

Personnel soignant au chevet d'un malade du covid 19 à l'hôpital de Bonheiden, en province d'Anvers
Personnel soignant au chevet d'un malade du covid 19 à l'hôpital de Bonheiden, en province d'Anvers - © DIRK WAEM - BELGA

Ils soulèvent la grogne de l'ensemble du personnel soignant. Face à la crise du coronavirus et devant le risque de ne plus pouvoir assurer les services nécessaires par manque de personnel, deux arrêtés royaux ont été adoptés. Ils prévoient la réquisition du personnel soignant et la possibilité de confier des actes infirmiers à du personnel non infirmier.

Deux mesures qui font bondir le personnel soignant. Des préavis de grève ont même été déposés. Face à la colère qui monte, les autorités politiques tentent d'éteindre l'incendie… et annoncent le retrait de ces arrêtés tant contestés et une revalorisation salariale pour le personnel soignant.

Réunion d'urgence avec les syndicats et engagements politiques

Ce mercredi matin se tenait une réunion entre les syndicats du personnel soignant, la ministre de la Santé Maggie De Block (Open VLD), la ministre de l'Emploi Nathalie Muylle (CD&V) et le ministre du Budget David Clarinval (MR).

A l'issue de la réunion, on a appris que les arrêtés royaux controversés seront suspendus et qu'une revalorisation salariale de tous les travailleurs du secteur interviendra.

A leur sortie, les syndicats se sont montrés satisfaits. "C'est un signal important vers le personnel qui dit: 'On vous entend'" commente Yves Hellendorff de la CNE (Centrale nationale des Employés).

"Il y a un engagement des représentants politiques pour que les arrêtés royaux soient retirés mais nous n'avons pas fermé la porte" ajoute-t-il. "S'il y a une deuxième vague, et qu'il n'y a pas assez de personnel, le gouvernement pourra prendre une décision de ce type-là. C'est de sa responsabilité. On demandera alors une concertation. Mais il est possible que demain, le gouvernement en ait besoin. Mais aujourd'hui, ce n'est pas le cas. C'est ce que nous avons répété: c'est un mauvais moment. Le signal a été entendu". 

Au-delà de la question des arrêtés royaux, il y a également un engagement des autorités politiques pour entamer des discussions sur une revalorisation salariale du personnel soignant. "Un agenda de concertation va être entamé pour trouver des solutions en termes de pouvoir d'achat et de conditions de travail pour le personnel du secteur de la santé", déclare Yves Hellendorff. "On va fixer des dates et on verra s'il y a vraiment la volonté d'en sortir" ajoute-t-il. 

La ministre de la Santé Maggie De Block (Open VLD) se montrait elle aussi satisfaite des avancées de cette réunion. "Je vais effectivement proposer, samedi lors du 'Super Kern', de retirer les arrêtés royaux", déclare-t-elle. "Ce qui est positif c'est que les syndicats ne s'opposent pas au contenu de ces arrêtés royaux mais sur le timing qui est arrivé à un moment émotionnel" ajoute la ministre.  

Interrogée cet après-midi à la Chambre des représentants lors de la séance plénière, la Première ministre a confirmé la suspension des arrêtés royaux et leur retrait dès samedi. 

La menace de grèves s'éloigne 

"Nous devons voir maintenant si tous les partis sont prêts à soutenir un vrai plan. J'attends un calendrier de discussion précis et les réponses qui seront données samedi, comment l'on garantit le choix des gens et le soutien au personnel", déclare Nathalie Lionnet, la secrétaire fédérale SETCa. "Si les arrêtés royaux sont retirés, les préavis de grève le seront aussi", prévient Yves Hellendorff de la CNE.

Pour contester les deux arrêtés royaux, des préavis de grève ont été déposés dans les services de santé. Des actions pourraient être menées à partir du 1er juin dans les hôpitaux, les maisons de repos ou encore les services de soins à domicile si le gouvernement fédéral ne retire pas ces textes entre-temps.

La publication de ces deux arrêtés royaux, "c'est un véritable coup de poignard dans le dos du personnel de santé", estime la CNE. Le syndicat pointe les efforts incroyables et la mobilisation sans faille de l'ensemble du personnel soignant depuis le début de la crise du coronavirus. Pour la Setca, ces arrêtés royaux "sont une mauvaise réponse à un vrai problème, ils ne sont que l'arbre qui cache la forêt car le vrai problème ce sont des années d'austérité et de destruction de la sécurité sociale qui nous ont mis à l'os".

C'est dans ce contexte que le personnel soignant du CHU Saint-Pierre a tourné le dos à la Première ministre Sophie Wilmès lors de son arrivée samedi dernier pour une visite de l'hôpital. Cette haie de déshonneur a été terrible en terme d'image pour les autorités politiques. Des images qui ont fait le tour du monde et ont été relayées par de nombreux médias

Interrogée ce mardi en commission de la Santé de la Chambre, Maggie De Block tentait d'apaiser les esprits. Elle rappelait que l'arrêté royal de réquisition avait déjà été pris en 2009 par Laurette Onkelinx (ministre de la Santé de l'époque) pour faire face à l'épidémie de grippe mexicaine mais n'avait pas été mis en œuvre. Le but est d'utiliser un tel dispositif en dernier recours, si les autres moyens pour assurer la continuité des soins ont été utilisés. "En matière de santé publique, il est toujours possible de réquisitionner", précisait Maggie De Block. L'objectif du texte est donc d'organiser une telle éventualité si cela s'avère nécessaire.

Pressions sur les partis politiques

Interrogée mardi lors d'une visite à Bozar, la Première ministre Sophie Wilmès appelait à la mise en place d'"un vrai dialogue" avec le personnel soignant. "S'il y a un problème structurel, il faut accepter qu'il existe et faire en sorte de trouver des solutions appropriées", précisait-elle. "Je suis convaincue que cela passera par une revalorisation salariale. Mais il n'y a pas que ça: il faut aussi se mettre dans la peau du travailleur qui, tous les jours, doit pouvoir travailler dans des conditions adéquates".

La Première ministre et son parti, le MR, sont favorables au retrait des deux arrêtés royaux. "Il y a eu un problème de timing", estime Georges-Louis Bouchez au micro de Bel RTL. Ces arrêtés "auraient dû, s’ils étaient nécessaires, être publiés au début de la pandémie. La publication tardive a été très mal ressentie" affirme le président des libéraux francophones.

Le MR rejoint ainsi les autres partis qui se sont exprimés ces derniers jours. "Vu le dévouement des soignants face à la pandémie, ce serait leur faire offense que de maintenir ces textes" affirme le PS. Pour Ecolo, "c'est un acte important à poser à l'égard des blouses blanches qui se sont dépensées sans compter depuis le début de la pandémie". Le cdH, Défi et le PTB vont dans le même sens.  

La question des arrêtés royaux sera donc à l'agenda de la réunion du "kern élargi" aux 10 partis qui soutiennent les pouvoirs spéciaux, prévue ce samedi. C'est lors de cette réunion hebdomadaire que les deux arrêtés royaux controversés avaient été discutés. C'était le 11 avril. Depuis lors, la colère est montée, les appels au secours lancés et repris par les partis politiques… avec le résultat tant attendu et annoncé aujourd'hui: les arrêtés royaux seront bien suspendus.