Coronavirus et adolescents: "Les services de pédopsychiatrie sont surchargés, nous devons trier les patients"

Le délégué général aux droits de l’enfant, les parents de l’enseignement officiel, le comité des élèves francophones (CEF) et la pédopsychiatre Sophie Maes ont dénoncé d’une même voix mercredi la manière dont le retour à un enseignement à 100% en présentiel s’organise dans beaucoup d’écoles de Wallonie et de Bruxelles.

"Nous voudrions tirer un dernier cri d’alarme : on aspirait à une reprise scolaire centrée sur le bien-être des élèves, mais elle l’est surtout sur les apprentissages et les examens", s’inquiète Véronique de Thier, chargée de mission à la FAPEO, la fédération des parents de l’enseignement officiel.

Alors que les dégâts psychologiques générés par la pandémie auprès des ados sont énormes, un grand nombre d’écoles et de profs se sont focalisés sur une reprise des enseignements pour tenter "de rattraper le temps perdu", sans prendre la peine d’écouter le désarroi des jeunes, de créer des espaces de paroles, ont déploré les intervenants lors d’une vidéoconférence de presse commune.

Climat de détresse dramatique

Or, la jeunesse sort de cette pandémie dans un "climat de détresse dramatique", avec une augmentation du nombre de tentatives de suicide et la complète saturation des pédopsychiatres incapables d’absorber cette vague, selon Sophie Maes, chef d’unité pour adolescents auprès de la clinique Le Domaine (ULB),

"Nous constatons la faillite du système de santé mentale en pédopsychiatrie. […] Nous sommes aujourd’hui dans l’obligation de trier les jeunes que l’on va soigner ! C’est inacceptable !", s’insurge la médecin qui préconise face à cette situation d’urgence une prise en charge collective, au niveau des classes mêmes, par les services psycho-médicaux-sociaux (PMS).

Le constat est glaçant : l’association néerlandophone des pédopsychiatres estime que 50.000 jeunes déclarés en souffrance en avril n’ont reçu aucune réponse à leur appel de détresse. Et ce sont surtout les 13 -25 ans qui sont les plus touchés. Sophie Maes estime que les symptômes d’appel sont graves : "Nous avons maintenant des jeunes qui multiplient les tentatives de suicide. Nous avons des parents qui nous téléphonent en pleurs dans les services d’hospitalisation, parce qu’ils sont face à un jeune qui demande effectivement de l’aide, qui s’est déjà mis en danger". Le climat de détresse dans les services hospitaliers est juste dramatique, insiste cette spécialiste.

Dire les choses

Bien plus que d’examens, c’est de pouvoir dire les choses dont les élèves ont le plus besoin aujourd’hui. Après des mois de confinement et de privations sociales, les jeunes n’ont de toute façon plus la disponibilité psychique nécessaire aux apprentissages, selon elle.


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Les intervenants ont d’ailleurs critiqué mercredi l’initiative du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles visant à aider les communes à organiser des programmes de remédiation cet été pour les élèves du secondaire.

On ne peut pas leur foutre la paix pendant les deux mois de congé ?

"Pourquoi encore remettre de l’école pendant les vacances ?", a lancé le délégué général aux droits de l’enfant, Bernard De Vos. "On ne peut pas leur foutre la paix pendant les deux mois de congé ? Après l’année qu’ils ont vécue, les jeunes ont besoin de souffler !"

Répondre à l’urgence

Et pour répondre à cette urgence, le délégué général aux droits de l’enfant adresse une série de recommandations au gouvernement et aux directions d’écoles : "renforcer les moyens loués aux équipes psychosociales de première ligne, réfléchir dès maintenant à la rentrée scolaire, penser dès maintenant à ce qu’il faudrait mettre en place pour permettre la remédiation qui sera indispensable pour beaucoup d’enfants. Que l’école devienne un vrai lieu de progression personnel et c’est évidemment tout le contraire qu’on voit dans beaucoup d’écoles où on est de nouveau en stress sur des examens et des évaluations". Mais aussi l’organisation d’activités de détentes collectives durant l’été pour aider les enfants à se resocialiser et à reprendre confiance en eux.

Même si le projet de remédiation du gouvernement part sans doute d’une bonne intention, Bernard De Vos pense que l’initiative – pour laquelle il regrette de n’avoir pas été consulté préalablement- va en réalité surtout attirer des jeunes "qui n’en ont sans doute pas le plus besoin", alors qu’il conviendrait plutôt de mettre l’accent sur les jeunes des quartiers plus défavorisés, selon lui.

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