Coronavirus en Belgique : quelle logique scientifique derrière la stratégie de déconfinement ?

Après deux mois de confinement, la Belgique a amorcé son déconfinement par phase depuis le 4 mai. Et le pays devrait, si tous les indicateurs restent au vert, entamer la troisième phase de son déconfinement le 8 juin prochain.

Mais pourquoi envisager des camps scouts cet été avec 50 participants et limiter le nombre d’invités à un mariage par exemple ? Pourquoi au même moment, on limite les classes à huit, ne voir sa famille qu’à 4 personnes.

Plusieurs mesures, au cours des différentes phases du déconfinement ont pu nous sembler contradictoires, voire carrément incompréhensibles.

Alors est – ce qu’il y a une logique scientifique derrière tout ça ?

Rationalisation et bon sens

Et bien en fait oui et non. Oui car les décisions prises par le gouvernement sont "influencées par des données scientifiques, des modèles de prédiction", indique Yves Coppieters, professeur à l’ULB. Mais, ajoute-t-il, ce sont aussi des décisions subjectives qui reposent sur le bon sens.

L’idée c’est de trouver un arbitrage entre les mesures mises en place, le virus qui continue de se propager, et la capacité du système à absorber si ce n’est une deuxième vague, du moins un rebond.


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Mais ce n’est pas un argument scientifique chiffré et objectif qui détermine si un mariage peut être organisé à 10 ou à 50. " Tout dépend du moment d’infection et de la rapidité de le transmettre à d’autres bulles ", indique le médecin.

Il n’y a pas de certitudes scientifiques

Pour ce qui est du déconfinement, "les critères de la taille d’un groupe résultent d’une analyse circonstancielle réalisée par des experts. Puis ils déterminent un risque en fonction de ce que l’on sait de la propagation du virus. Mais au niveau scientifique ce sont des décisions qui paraissent un peu à géométrie variable", soulève pour sa part le professeur Jean-Luc Gala.

Il considère en effet, qu’aux vues des faibles connaissances que l’on a sur le virus, du fait que l’on ne pratique que peu de tests, il est impossible de prévoir des modèles de transmission à long terme, même si, explique-t-il, le GEES se base sur ces modèles pour déterminer la stratégie de déconfinement. "Pourquoi 20 ? Pourquoi 50 ? Un modèle ne peut prévoir cela". "Ce sont des modèles généralistes sur l’ensemble des mesures de déconfinement mais pas sur des petits groupes", précise Yves Coppieters.


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Certes. Mais pour Erika Vlieghe, la présidente du GEES, en charge de la stratégie de déconfinement, "à un moment donné, il faut bien avancer". Si elle admet que la connaissance scientifique et les données ne sont pas parfaites, elle estime néanmoins que les chiffres sur lesquels reposent les décisions sont de plus en plus précis.

"Un moment, il faut prendre une décision, oui il faut améliorer les données et la base scientifique mais il faut aussi avancer donc on doit faire au mieux avec les chiffres que l’on a et si on choisit bien les chiffres on peut travailler avec eux", défend-elle.

Le contact tracing, la clé ?

Si la rapidité de propagation du virus a diminué, ça ne va pas dire qu’il ne circule plus sur le territoire. C’est seulement la conséquence des mesures et des gestes barrières adoptés par la population.

Toutefois, tout le succès du déconfinement repose sur sa capacité à faire en sorte que le système puisse absorber à nouveau l’impact du coronavirus mais cette fois alors que la population est déconfinée. Un jeu d’équilibriste.


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Et pour y arriver la clé pourrait être le contact tracing. " Si un groupe s’infecte (par exemple au cours d’un mariage, ndlr) on doit être capable, avec le contact tracing, de circonscrire ce groupe et de voir leur contact secondaire et donc il faut toujours être raisonnable en nombre absolu. Dans une situation d’un nouveau cluster (une bulle de contamination, ndlr), il faut veiller à la capacité de notre système à stopper ce cluster et surtout à avoir des contacts avec tous les contacts secondaires. Au plus le nombre est important dans le cluster de départ, au plus il sera difficile de faire le contact tracing. Et plus ce cluster est faible, 30, 50, 100 au maximum, au plus on pourra recontacter ces personnes et demander leur isolement ", détaille Yves Coppieters.

Et d’ajouter, si "les bulles de démarrage sont trop importantes, le nombre de contacts secondaires sera trop important et le système, avec 2000 enquêteurs, sera incapable de retracer des centaines et des centaines de personnes qui pourraient être contaminées par une seule bulle".

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