Coronavirus en Belgique : "On a foiré le testing et le tracing (...) on ne peut pas se rater sur les vaccins", estime François De Smet (Défi)

Après avoir été approché durant de nombreux mois dans les négociations politiques, Défi siège désormais dans l’opposition au parlement fédéral. Le président de "Défi", François De Smet observe avec inquiétude la cacophonie entre les partenaires du gouvernement sur les mesures sanitaires.

Il faut dire que les derniers jours ont été mouvementés, notamment au sein de la majorité. Les propos du ministre fédéral de la santé, Franck Vandenbroucke, concernant la fermeture des commerces non-essentiels, ont été vivement critiqués.


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A la sortie du comité de concertation il a expliqué que la fermeture des commerces avait été une décision nécessaire pour provoquer "un choc" au sein de la population, sous entendant que la nécessité sanitaire d’une telle mesure était davantage sociale que scientifique. "Des propos maladroits" avait d’ailleurs jugé Paul Magnette, le président du PS.

Manque de clarté

Pour le président du parti Défi, tout ceci participe à une cacophonie générale au sein de la majorité, qui a des conséquences "sur le monde réel" et qui brouille "le message sanitaire".

En donnant des faux espoirs, je trouve que les présidents de partis font plus de mal que de bien

"Moi, ce qui m’inquiète le plus ce sont les fêtes de noël. On adopte une ligne stricte sur le nombre de contact pour les fêtes ce que je peux comprendre. Mais on entend dans le fond une petite musique distillée par les présidents de partis, essentiellement de la majorité- notamment George-Louis Bouchez qui nous explique qu’on ne va pas fêter noël par Skype et dans une moindre mesure Paul Magnette, ce mardi. Et c’est quelque chose d’inquiétant parce que sur ce coup-là le gouvernement a raison. L’une des rares certitudes que nous avons sur ce virus c’est que les contacts, notamment entre les générations, sont des superpropagateurs", indique François De Smet. Et d’ajouter, "en donnant des faux espoirs, je trouve que les présidents de partis font plus de mal que de bien".

Pour le président de Défi, il faut faire confiance à la population, capable de comprendre les mesures, si tant est qu’elles puissent être expliquées de façon rationnelle et transparente et que les décisions politiques reposent sur "des arguments scientifiques".

Or ce que déplore François De Smet, c’est une impression de marchandage politique qui se dégage des négociations.

"On a une impression de négociation. Quand David Clarinval sort du comité de concertation en disant "on a obtenu ceci" et bien ça donne l’impression d’une négociation syndicale et pas d’un gouvernement. Ça donne l’impression que chacun se bat pour une partie de sa clientèle. Or un gouvernement doit décider de manière univoque sur des arguments scientifiques et je crois que la population est à même de comprendre", a-t-il expliqué.

Les handicaps de la lasagne institutionnelle

Pour François De Smet, l’un des points qui pêche le plus face à la gestion de cette crise sanitaire est sans nul doute "la lasagne institutionnelle belge". Pour lui, c’est précisément cela qui brouille le message et réduit les capacités d’action. "Il faut que la poussière retombe pour voir où sont les responsabilités mais convenons qu’on a un système où la santé est tellement éparpillée en tellement de morceaux que ça n’aide pas la prise de décision", tacle-t-il sur La Première ce mercredi matin.


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Le problème d’unité est l’un défaut majeur de la gestion de la crise sanitaire, estime le président de Défi. "Le gouvernement Wilmès avait des tas de défauts mais il fonctionnait par Conseil national de sécurité où les entités fédérées étaient invitées. Alexander De Croo a choisi le comité de concertation où il se met à la merci du véto des entités fédérées. On l’a vu en octobre on a mis trois semaines à se reconfiner. On a commencé par l’Horeca bruxellois, puis des décisions au fédéral, puis les régions ont voulu aller plus loin. Ça et l’assouplissement des mesures par le gouvernement Wilmès fin septembre… Ça n’a pas aidé", analyse François De Smet.

Et c’est justement cela, cette cacophonie, cette difficulté à s’entendre, entre les acteurs d’un côté et les différents niveaux de pouvoirs de l’autre qu’il faudra analyser, évaluer. C’est d’ailleurs ce que plaide le président de Défi.

Une cacophonie qui ne serait pas sans conséquences ?

Le problème avec la cacophonie, indique François De Smet, c’est que cela peut avoir de sérieuses conséquences sur l’efficacité même de la gestion de la crise.

Prochaine étape, la vaccination de la population. Et sur ce coup, le président de Défi semble inquiet. "La politique de vaccin, malheureusement encore une fois très compliqué : le fédéral est compétent pour les commandes et les habilitations, les régions pour la vaccination des plus de 18 ans et ce sont les communautés qui sont compétentes pour la prévention. On est typiquement face à un défi belge", dit-il.

Or, sur les vaccins, "on ne peut pas se rater", martèle d’ailleurs Pascal De Smet. Et d’ajouter, "et comme on a foiré le testing et le tracing, effectivement on peut être inquiet. Je prends note que les acteurs se réunissent aujourd’hui et qu’ils sont inquiets. Mais on ne peut pas rater l’étape du vaccin. Je pense que toutes les entités vont faire de leur mieux. Mais je suis quand même inquiet quand je vois qu’en France et en Allemagne ils ont déjà annoncé à leur population", les modalités de vaccinations.

À nouveau, c’est entre la lasagne institutionnelle et la cacophonie, que François De Smet situe son inquiétude. "Sans doute la pluralité des acteurs concernés n’aide pas". Pour lui faudra être vigilant : "On ne va pas juger trop prématurément. Mais j’ai deux inquiétudes : on comprend qu’il va y avoir des priorités et ça c’est normal. […] Par contre il va y avoir plusieurs vaccins en circulation. Je demande que tous les habitants de ce pays aient le droit à un vaccin de la même qualité et qu’on ne réserve pas celui qui a 70% d’efficacité et celui à 90% pour les autres".


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Il faut aussi que la population adhère à la vaccination, essentielle pour pouvoir sortir de cette crise. "Je crois que tous les partis politiques et toutes les forces vives doivent s’engager dans une campagne pro vaccin. Je sais qu’il y a des peurs et que les messages complotistes font des ravages. Mais tous les acteurs, les leadeurs d’opinion, les médias etc.… Doivent s’engager". Pour que le vaccin soit efficace il faut que 60% de la population soit vaccinée. "Si on rate l’étape du vaccin, on va rester dans cet entre-deux de confinement puis reconfinement".

Rationaliser, objectiver, évaluer

Pour François De Smet, il faudra évaluer ce qui n’a pas été dans la gestion de cette crise. Alors que dans la réforme de santé, on s’orienterait vers une régionalisation des compétences, François De Smet : "ça va à l’encontre de ce que veut le secteur". Et d’ajouter, "et c’est bizarre parce que toutes les leçons de la crise montrent qu’il faut recentrer les choses. Je ne dis pas qu’il faut tout refédéraliser, je crois qu’il y a des choses qui se font effectivement mieux au niveau régional mais ce qu’il manque dans le projet de la Vivaldi, ce qui manque c’est l’évaluation : il faut objectiver et rationaliser, vérifier […] il faut une vraie évaluation, il faut une mise à plat. Sinon on se retrouvera à argumenter idéologie contre idéologie. On n’a pas de culture d’évaluation des politiques en Belgique. Or vous allez voir côté flamand ils ne voudront rien refédéraliser et côté francophone ils seront impréparés".

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