Coronavirus en Belgique : "Il faut que la dimension humaine soit au centre de la sortie de crise", affirme Paul Magnette

Voit-on la fin du tunnel de la crise du coronavirus ? En tout cas, si d’un côté le gouvernement "coronavirus" a mis en place un groupe d’experts pour préparer le déconfinement, le Parti socialiste, lui, met sur la table un plan de reprise et de relance en 125 mesures. Mais ses propositions seront-elles prises comptes ? Le PS est-il sur la même longueur d’onde que le gouvernement ?

Quoi qu’il en soit, pour son président Paul Magnette, la situation l’exige : "nous vivons aujourd’hui la crise sanitaire la plus grave qu’on ait vécue en un siècle, martelait-il ce mercredi matin dans le 6-9 Ensemble de la RTBF. Les conséquences sur notre société sont énormes." Et le président du PS de saluer le travail "extraordinaire" et "surhumain" des soignants, qui sont au bord de l’épuisement, mais aussi celui du personnel de sécurité, de nettoyage, de restauration, etc.


►►► À lire aussi : Coronavirus en Belgique : "Le sacrifice a ses limites", le personnel soignant à bout de souffle


Que prévoit alors le PS pour ces travailleurs ? Paul Magnette l’affirme : "on ne va pas pouvoir leur dire demain que la crise est finie et que tout recommence comme avant. Il faut tirer les leçons de crises comme celle-ci." Des leçons qui concernent aussi les restrictions de liberté appliquées à la population en confinement : "Si on nous avait dit, il y a encore deux mois : 'vous n’allez pas pouvoir circuler, tout va être fermé, vous allez devoir rester enfermés chez vous', on n’y aurait pas cru, note le socialiste. Et pourtant, on le fait, parce qu’on a tous conscience que c’est absolument indispensable."

Pas de petites mesures gadget, comme des primes

Pour le président du PS, c’est tout un modèle, une société qu’il faut donc remettre en question. Alors comment ? Paul Magnette reste vague, mais propose dans les grandes lignes de "revaloriser tous ces métiers fondamentaux, que trop souvent on ne voit pas." Les propositions de gauche du PS seront-elles toutefois entendues, puisqu’il ne fait pas vraiment partie du gouvernement ? "Ce gouvernement, s’il veut adopter des mesures, a besoin des partis qui le soutiennent, rappelle le président du PS. Nous pensons qu’il y a beaucoup de choses formidables que l’on peut faire." A commencer par des relocalisations de l’économie, et une revalorisation des emplois.

Ça, c’est pour l’après-crise. Et à l’heure actuelle ? Le PS est-il en accord avec les décisions prises par le gouvernement Wilmès ? "Nous avons été associés à toutes les décisions qui ont conduit au confinement, et pour assurer le respect sur le terrain de toutes ces règles, rappelle Paul Magnette, qui est aussi bourgmestre de Charleroi. Tout le monde rame dans la même direction." Il pointe également la nécessité de trouver du matériel sanitaire pour "rassurer" les personnes qui doivent travailler en cette période difficile.


►►► À lire aussi : Coronavirus : "Il y a urgence économique, mais il y a une priorité sanitaire", pour le ministre des Finances Alexander De Croo


Toutes ces mesures, notamment socio-économiques, sont-elles suffisantes ? Beaucoup en doutent, estimant qu’il ne sort pas grand-chose des "super-kerns", ces réunions du gouvernement et des partis qui le soutiennent. "On réagit un peu au jour le jour", remarque Paul Magnette. Quant à certaines propositions, comme une prime de risque pour le personnel soignant, le président du PS rappelle que "ces idées n’ont jamais été mises sur la table, présentées formellement, sans proposition concrète." Des "petites mesures gadget", selon les mots de Paul Magnette, qui estime que ce sont un bon exemple de "ce qu’il ne faut pas faire" : "si on vous dit que vous allez avoir une petite prime, mais une fois que la crise est finie, on revient au monde d’avant, ça ne va pas non plus." En clair, il faut voir sur le long terme et "tirer toutes les conséquences pour que demain notre société s’améliore".

C’est formidable de voir des chercheurs mobilisés

Malgré tout, le gouvernement Wilmès n’est pas épargné par les critiques, à commencer par la polémique autour des masques, et l’incertitude qui règne à leur sujet. "Pourquoi n’a-t-on pas commandé de masques dans le passé ? Pourquoi ne s’est-on pas préparé à cette situation ?", voilà les questions que se pose Paul Magnette, qui ne veut toutefois pas être dans "la polémique politique", préférant "tirer les leçons" de la crise pour ne pas reproduire ces erreurs. "On s’aperçoit que ce matériel, on l’achète au bout du monde, affirme le président du PS. Or nous avons la possibilité de le faire chez nous, c’est ça qui est formidable. On voit des chercheurs mobilisés, qui partagent leurs résultats."


►►► À lire aussi : Le Collège de Médecine générale belge recommande le port du masque pour tous


Des chercheurs réunis par Sophie Wilmès dans le cercle d’experts qui va travailler à la sortie du confinement. Mais beaucoup critiquent l’absence de représentants de sciences humaines : sociologue, psychologue, etc. "Il faut que la dimension humaine soit au centre de la sortie de crise, affirme Paul Magnette. Il faut pouvoir dire qu’on ne va pas renvoyer les enfants à l’école si l’on n’est pas certains de pouvoir protéger la santé des enfants et des enseignants, ou reprendre une activité économique normale si les ouvriers ne peuvent pas respecter les distances suffisantes." Pour l’heure, la priorité est donc à la santé des personnes, si l’on en croit le président du PS. Pour celle de l’économie, on verra plus tard.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK