Coronavirus en Belgique : fermer les commerces pour "obtenir un effet choc" ?

Après près d'un mois de fermeture, les commerces dits non-essentiels rouvrent ce mardi 1er décembre (à l’exception des métiers de contact, comme les salons de coiffure ou d’esthétique notamment).

A quelques jours de cette réouverture, des propos tenus par le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, ont fait bondir ces commerçants.

Il a reconnu que cette mesure était plus psychologique qu'autre chose : il fallait créer un électrochoc. "Faire du shopping ne comporte pas de risques quand tout est bien contrôlé. [On a pris cette décision] parce qu'à un moment donné, on devait prendre une décision choc. Il fallait vraiment faire un électrochoc. Il fallait dire clairement 'on bloque'", a-t-il déclaré au micro de la VRT.

A l'époque, les nouvelles contaminations et hospitalisations grimpaient en flèche, et n'ont entamé une décroissance qu'au moment même où le confinement allégé a été mis en place, soit deux semaines après la décision de la fermeture de l'horeca (trois semaines à Bruxelles), et quelques jours après la mise en place des couvre-feux. Des mesures que beaucoup de chercheurs et scientifiques voulaient voir être mises en place plus tôt.

Ces propos ont légitimement provoqué la colère des associations d'indépendants, déjà affaiblis par le premier confinement. "Il faut être très clair, c'est une injure, c'est complètement indécent, a réagi Pierre-Frédéric Nyst, président de l'Union des Classes moyennes. Ils ont servi de cobayes. Et c'est très inquiétant, car chaque fois que le ministre Vandenbroucke va prendre une décision, on va se demander si c'est une décision sensée ou si c'est un coup dans l'eau, un coup d'essai."

Christine Mattheeuws, présidente du Syndicat neutre des Indépendants, abonde dans le même sens. "On joue ici avec la santé économique d'environ 35.000 entreprises, et leur famille. Faire ça juste pour un électrochoc, ça ne va pas du tout."

La population n'a pas besoin de subir un choc, tout le monde est déjà en état de choc

Entre le choix des mesures à mettre en place (ou à lever) pour lutter contre la propagation du virus, et la manière utilisée pour les faire appliquer par la population, le débat est lancé. Le docteur Nathan Clumeck, professeur émérite en maladies infectieuses à l'ULB, s'est exprimé à ce propos sur le plateau du JT.

"Nous vivons une crise terrible, et ce que le citoyen a besoin d'entendre, ce sont des discours politiques qui soient cohérents, rationnels, basés sur des faits soutenus par des études scientifiques. La population n'a pas besoin de subir un choc, tout le monde est déjà en état de choc, les gens vivent des choses dramatiques. Cette phrase décrédibilise la parole politique, et c'est dommageable car nous sommes à un moment où l'on a besoin de l'adhésion la population, pour les mesures qui viennent, les vaccins en particulier. On ouvre la porte à tous ceux qui clament que ce que l'on fait n'est pas rationnel, que les vaccins ne servent à rien. Et ça va rendre la situation plus difficile. C'est une manière d'exprimer quelque chose avec peu d'empathie pour la population, c'est assez froid, à un moment où les gens ont besoin exactement du contraire."

La N-VA entre deux eaux

Du côté politique aussi, ça s'agite. Sur Twitter, le président de la N-VA, Bart De Wever a ironisé : "Nous avons supposé que le Premier ministre et le ministre de la Santé s’étaient basés sur la raison et la science. Pas du tout. Si vous voulez détruire les commerces et éliminer un soutien aux mesures, c’est ainsi qu’il faut faire."

Cette réaction de la N-VA a à son tour été épinglée puisque le ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA) a approuvé ces mesures et justifiait encore ce week-end l’importance de la fermeture des commerces.

Cette mesure était "nécessaire", a de son côté rétorqué ce lundi le ministre flamand Bart Somers (Open Vld) dans l’émission De Ochtend, sur les ondes de la VRT.


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Dimanche, l’infectiologue flamande Erika Vlieghe avait confirmé que la fermeture des magasins était une décision politique, le shopping ne présentant sans doute pas de risque particulier si l’on évite de s’agglutiner et que l’on suit quelques règles.

Le vice-ministre-président flamand Bart Somers a quant à lui défendu la décision de fermer pour un mois les commerces non essentiels, "nécessaire" selon lui. "Notre système de santé était sous haute pression. […] Nous devions intervenir de manière drastique et tout faire pour éviter les contacts", a-t-il estimé lundi.

Par contre, les commerçants se montrent outrés, scandalisés d'avoir été ainsi "sacrifiés".

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