Coronavirus en Belgique : après l'économie et les familles, il est temps d'aider les plus vulnérables

Céline Nieuwenhuys est Secrétaire générale de la Fédération des services sociaux, et membre du GEES, ce groupe d’experts charger de conseiller les politiques dans les décisions autour de la crise du covid-19, était l’invitée de Rachel Crivelaro sur La Première ce vendredi matin. Elle tire la sonnette d’alarme, au nom des organismes d’aide sociale : il est temps que les gouvernements mettent en place des mesures fortes afin d’aider les personnes les plus vulnérables dans cette crise sanitaire, et économique.

"Les gouvernements ont bien travaillé sur les deux premiers volets, économie et famille, et là maintenant il est temps de travailler sur le troisième volet", celui des personnes dans la précarité.


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"Il est vrai qu’aujourd’hui, les propositions sociales faites par le GEES n’ont pas encore été mises en action. C’est vrai que l’économie a pris énormément de place, et c’était nécessaire, mais maintenant il est temps de passer à un agenda plus social. Avec la même urgence que pour les résidences secondaires, qu’on s’inquiète du sort de toutes ces personnes en précarité, et les CPAS et le secteur marchand ne vont pas pouvoir porter à elles seules. Il faut pouvoir anticiper, sinon ces personnes vont tomber trop bas. Anticiper coûtera moins cher que de devoir réparer par après."

Les images de files interminables pour des colis alimentaires dans certains quartiers ne sont que la partie visible du drame qui se joue derrière certains murs. "

"Avant la crise, 450.000 personnes avaient recours à l’aide alimentaire. Aujourd’hui on estime qu’il y en a 200.000 de plus. C’est cette partie de la population, déjà dans la vulnérabilité avant, et qui a eu toute une série de dépenses supplémentaires, notamment parce que les enfants sont restés à la maison. Et puis il y a tous ces "nouveaux pauvres", les étudiants qui ont perdu leur job, aux artistes, aux intérimaires, aux flexijobs, etc. Les gens qui vivent de petits boulots, souvent au noir, ont été les premiers à se tourner vers l’aide alimentaire."

Anticiper une crise majeure

Si le secteur social tire sonnette d’alarme maintenant, c’est parce qu’il va falloir anticiper un retour de manivelle. "Les CPAS savent aussi que les gens mettent du temps passer leur porte, donc on craint une augmentation encore plus forte dans quelque temps."

"Il faut trouver des solutions pour que les personnes dans la grande précarité puissent nouer les deux bouts. Pour les travailleurs, il y a eu le chômage temporaire et le droit passerelle. Il y a toute une série d’autres propositions qui sont sur la table, comme par exemple de transformer une partie de l’aide alimentaire en donnant des chèques alimentaires, au lieu d’aller chercher un colis. Ça permet de libérer les bénévoles des banques alimentaires pour réaliser d’autres tâches. "

"Une autre mesure, c’est la prime Covid, qui est portée par le Réseau Wallone de lutte contre la pauvreté, les Fédérations des CPAS, car il faut qu’il ait de l’argent qui aille directement dans les poches des gens."