Coronavirus : Alexander De Croo et des experts ont fait le point sur l'épidémie en Belgique et présenté des scénarios pour le déconfinement

Coronavirus : Alexander De Croo et des experts ont fait le point sur l'épidémie en Belgique et présenté des scénarios pour le déconfinement
Coronavirus : Alexander De Croo et des experts ont fait le point sur l'épidémie en Belgique et présenté des scénarios pour le déconfinement - © Tous droits réservés

Ce lundi, à 14h30, le Premier ministre Alexander De Croo a donné une conférence de presse avec les deux porte-parole interfédéraux Covid-19, Steven Van Gucht et Yves Van Laethem, et des biostatisticiens. Le but ? Expliquer l’état de l’épidémie de coronavirus en Belgique et les modèles d’évolution sur le long terme. Le scénario d’un déconfinement au premier mars semble irréaliste.


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La situation actuelle : la Belgique est sur un plateau

L’objectif du Premier ministre, par cette conférence de presse, était de dresser un état des lieux de la situation de l’épidémie en Belgique. Vendredi, un Comité de concertation se penchera sur l’adéquation entre les mesures sanitaires actuelles et l’état de l’épidémie. Le portrait dressé aujourd’hui par les experts pourra donc servir de base au travail des ministres.

Depuis novembre, la Belgique est sur un plateau, a expliqué Yves Van Laethem, le porte-parole fédéral. Depuis novembre, les taux sont stables, "à cause du corset dans lequel nous vivons", explique-t-il. Le risque d’augmentation exponentielle du virus demande qu’on garde un équilibre, a expliqué Yves Van Laethem.

Le taux d’occupation des lits dans les hôpitaux est toujours élevé. Certes, "la question ne se pose plus de savoir si on va crever le plafond de lit dans les soins intensifs", explique Yves Van Laethem. Mais on est toujours à entre 100 et 150 admissions par jour, alors que chiffre tournait autour de 10 ou 15 au cours de l’été 2020.

Du côté des soins intensifs, on est redescendu à des "niveaux raisonnables, mais on tourne toujours à 320-330 personnes en soins intensifs", explique Yves Van Laethem qui rappelle qu’en juillet, c’était 5 à 10 fois moins.

Du côté des décès, après avoir connu des chiffres très élevés l’an dernier, "La Belgique, depuis le début de l’année a globalement moins de décès que ses voisins", explique Yves Van Laethem.

Le scientifique rappelle que l’immunité collective n’est actuellement pas suffisante. Même dans les milieux qui ont été les plus exposés au virus, les travailleurs des soins de santé, seulement 24% des personnes ont développé des anticorps. Dans l’ensemble de la population, c’est beaucoup moins. 3,5% des Belges ont reçu au moins une première dose de vaccin. Au fur et à mesure que la campagne de vaccination progressera, l’immunité collective devrait augmenter, estime Yves Van Laethem

 

D’autres pays connaissent une troisième vague, pas la Belgique

Si la Belgique a connu un pic assez intense de l’épidémie lors de la deuxième vague, pendant l’automne, sa situation semble aujourd’hui plus enviable que celle d’autres pays européens. En effet, ailleurs en Europe, la troisième vague s’est installée. C’est le cas aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en République tchèque et, dans une moindre mesure, au Portugal.

La situation française semble proche de la situation belge. En revanche, le fait que la France ait appliqué des mesures moins strictes à la fin de l’année 2020 semble se payer aujourd’hui avec une augmentation des contaminations. En Allemagne, le niveau de contamination est aussi plus élevé. Selon les experts qui entouraient aujourd’hui le Premier ministre, les mesures prises par la Belgique dans le cadre de la deuxième vague expliquent la meilleure situation épidémiologique de notre pays.

Cependant, cela ne veut pas dire que les mesures adoptées en Belgique sont les plus rigoureuses d’Europe. L’université d’Oxford a mis au point un indice pour mesurer le degré de rigueur, en se basant, par exemple, sur la limitation de la mobilité et les restrictions des droits des citoyens. Selon cet indice, la Belgique serait, après le Luxembourg, le deuxième pays européen où les mesures sont les moins rigoureuses. Les mesures seraient ainsi plus dures en France, en Allemagne ou aux Pays-Bas.

Pour Yves Van Laethem, si chez nous, le ressenti de la situation est pesant, c’est plus compliqué dans d’autres pays. On peut prendre l’exemple du couvre-feu à 18 heures en France ou de la fermeture des coiffeurs, des magasins et des écoles en Allemagne ou aux Pays-Bas. Une manière pour les experts qui entourent le gouvernement belge de rappeler que si la situation dérape et que les courbes augmentent, on aura besoin de mesures plus sévères.

Les experts appellent à la prudence. Le contexte actuel en Belgique n’est pas très différent de ce qu’il était fin novembre. C’est toujours l’hiver. Le beau temps estival n’est pas encore là et la vaccination avance à petits pas.

 

Les scénarios pour le déconfinement : le 1er mars semble peu probable, le 1er mai serait le meilleur scénario

Aux côtés du Premier ministre, des biostatisticiens ont aussi présenté les résultats de leurs recherches. Sur base de données statistiques et d’enquêtes menées sur le comportement des Belges, par exemple leurs déplacements, les contacts qu’ils ont en période de déconfinement etc., ces biostatisticiens ont élaboré des modèles mathématiques pour tenter de prédire l’impact qu’aurait un déconfinement sur l’évolution de l’épidémie en Belgique et, en particulier, les conséquences que cela aurait sur les hospitalisations. Ce travail a aussi tenté de tenir compte du variant britannique du Covid, plus contagieux.

Ces biostatisticiens ont calculé ce qu’il se passerait si l’on devait assouplir les mesures et permettre aux Belges de revivre comme en septembre dernier, la période depuis mars 2020 où les restrictions ont été les plus faibles. Pour rappel, les restaurants étaient ouverts et il était permis d’avoir des contacts proches avec jusqu’à une dizaine de personnes, par exemple.

Les experts ont calculé les effets d’un assouplissement de cette ampleur au 1er mars, au 1er avril et au 1er mai. Sans surprise, plus les assouplissements des mesures Covid interviendront tard, plus l’effet de la vaccination sera grand et plus l’impact sera limité sur l’augmentation des hospitalisations.

Dans ce schéma, un relâchement des mesures au 1er mars est présenté comme le plus mauvais des scénarios. On observerait dans le courant du mois d’avril un pic de l’épidémie comparable à ce que la Belgique a connu en novembre ou lors du premier confinement.  Si le variant britannique du Covid devait être plus virulent que ce que l’on en sait actuellement, ce nouveau pic épidémique pourrait même, selon les experts, être deux fois plus important.

Un assouplissement des mesures Covid le 1er avril laisserait entrevoir un scénario plus avantageux. Il y aurait toujours un rebond de l’épidémie le mois suivant, mais il serait plus modéré et inférieur à ce que la Belgique a connu cet automne.

Le scénario d’un déconfinement à partir du 1er mai présenterait une évolution de l’épidémie encore plus favorable, avec des courbes de contamination et d’hospitalisation plus modérées.

A en croire les biostatisticiens et les graphiques qu’ils ont présentés, que l’on déconfine le 1er mars, le 1er avril ou le 1er mai, le résultat en juillet devrait être le même : une diminution importante des chiffres de l’épidémie. La seule chose qui aura varié, ce sera le pic épidémiologique. Plus on déconfinera tôt, plus ce pic sera élevé.

Ce qui a fait dire, en fin de conférence de presse au Premier ministre, Alexander De Croo qu’il y a "un besoin absolu de rester très prudent". Pour le Premier ministre, "nous ne nous trouvons plus très loin du moment où le risque d’une troisième vague se réduira fortement".

Vendredi, un comité de concertation se penchera sur l’évolution des chiffres de l’épidémie et sur l’adéquation des mesures sanitaires.

 

 

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