Coronavirus dans les hôpitaux : pour Philippe Devos, "éviter la saturation des hôpitaux, c'est continuer à soigner les autres"

Philippe Devos, le médecin chef adjoint de l’Unité des soins intensifs au MontLégia (Liège) et président de l’ABSyM était l’invité de Sophie Brems dans "Matin Première".

Depuis une petite semaine, le taux d’hospitalisation pour les patients atteints par le coronavirus est en baisse (121 nouvelles admissions par jour, soit 3% de moins). Cela va de pair avec un taux de contamination plus faible et une diminution des décès.


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Comment se passe donc la situation dans les hôpitaux ? Le personnel peut-il un brin mieux respirer ? Y a-t-il moins de cas de covid en soins intensifs ? "En tout cas, largement moins qu’au mois de novembre, c’est une certitude", explique le médecin. A présent, on se situe aux alentours de 15% d’occupation de lits en soins intensifs (tout proche de la moyenne belge). Ce qui est… dans la norme. "Ces 15%, ça veut dire que c’est loin d’être fini, mais c’est à peu près l’occupation que nous avons pour des infections virales respiratoires au mois de février. D’habitude, c’est la grippe. Cette année, il n’y a quasi-pas ou pas de grippe. Donc on est dans une situation qui est plutôt active — au mois de février, les soins intensifs belges ne chôment pas — mais par contre, qui est dans la norme des autres années".

S’occuper des autres pathologies

Même si les cancers sévères étaient toujours opérés, les cancers plus légers avaient été reportés, explique Philippe Devos. Et la surveillance pour les gros problèmes de santé, comme les infarctus ou les thromboses, étaient compliqués à surveiller. Engorgé par les patients covid, un hôpital ne peut donc pas fonctionner "normalement". "Donc, c’est ça l’enjeu d’éviter la saturation des hôpitaux, c’est de continuer à soigner les autres. En fait, c’est pour les autres qu’on veut éviter la saturation par le Covid".

Et le décompte a été fait. Fin décembre, les équipes hospitalières ont compté qu’environ 3000 opérations avaient été reportées. Ceci étant dû aux deux vagues qui ont engorgé les services. Il faut maintenant les ajouter au programme habituel. On est donc toujours loin de chômer au bloc opératoire. Et les journées sont longues : "On fait du 7h39 – 20 heures presque tous les jours, de manière à rattraper le retard parce que ces gens ont parfois des douleurs aux genoux ou aux hanches depuis maintenant presque une année et ils ont envie d’être opérés le plus vite. On leur doit ça".


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On leur doit ça

Et la pression est donc toujours bien présente. A tous les étages. "Les infirmières me rapportent qu’elles ont le sentiment de n’avoir jamais pu souffler depuis le mois de mars. Et donc, ça fait presque un an qu’elles travaillent à flux tendu et on le voit, on a quand même des gens qui se blessent plus facilement, c’est probablement la fatigue, certains qui s’épuisent et qui prennent des jours de congé pour épuisement", rapporte Philippe Devos, qui précise que la situation serait identique dans tout le royaume.

Un retard rattrapé d’ici mars… ou l’été ?

"Il y a des hôpitaux qui annoncent qu’ils vont arriver à rattraper leur retard d’ici un mois, d’autres jusqu’au mois de juin, c’est variable", dit le président des syndicats de médecins. Et des nouveaux patients ne devraient cesser d’arriver : "Certains de mes confrères me disent qu’ils ont beaucoup moins de patients qui viennent par exemple pour des dépistages du cancer du côlon ou d’autres dépistages, avec le risque qu’il soit trop tard lorsqu’ils arrivent à l’hôpital " s’inquiète le professionnel de la médecine.

Soins non-covid à l’hôpital de Jolimont (La Louvière), reportage du 15 février (JT)

Invitation à la vaccination

La vaccination, qui est à présent une réalité dans les maisons de repos, a-t-elle une influence sur les services de soins intensifs ?

Non, pas vraiment, explique Philippe Devos ? "80% de la population des soins intensifs, c’était des gens entre 50 et 70 ans qui vivaient à domicile. Ce ne sont pas les maisons de repos qui ont saturé les soins intensifs". En effet, les patients des maisons de repos et de soins, souvent, décidaient de ne pas vouloir de soins lourds et d’intubations. "La vaccination va diminuer la pression sur l’hôpital, mais malheureusement, ça ne diminuera pas la pression sur les soins intensifs. Il faudra attendre que la vaccination touche le reste de la population hors des maisons de repos. J’invite donc ces gens à se faire vacciner de manière à ce que je puisse les voir autrement que comme patients dans mes soins intensifs dès que ce sera possible, c’est-à-dire d’ici la fin du mois de mars, apparemment".

La vaccination va diminuer la pression sur l’hôpital, mais malheureusement, ça ne diminuera pas la pression sur les soins intensifs


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Reportage en unité de soins intensifs du 7 février (JT)

Eviter les reports

Alors, suite à ces nouvelles encourageantes, peut-on envisager de vraiment lâcher les restrictions dans la population ? Pas si vite, nuance le médecin. "On en a tous marre et certaines personnes font des raccourcis erronés qui sont que c’est parce que les soins intensifs veulent prendre du repos qu’on est encore en confinement. Ce n’est pas du tout le cas. Le confinement n’est pas lié au nombre de patients qui est aux soins intensifs, mais au risque de remontées liées aux variants dans les prochaines semaines. Notre message, c’est qu’on est prêt à travailler, tant qu’on peut accueillir tout le monde et qu’on ne doit pas mettre des gens avec des maladies cardiovasculaires ou autres de côté".

Le confinement n’est pas lié au nombre de patients qui est aux soins intensifs, mais au risque de remontées liées aux variants dans les prochaines semaines

 

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