Coronavirus dans les homes : "ils ont été oubliés", selon la fédération patronale Santhea

Résident dans une maison de repos de Brest (France) - image d'illustration
Résident dans une maison de repos de Brest (France) - image d'illustration - © LOIC VENANCE - AFP

Valérie Victoor, secrétaire générale de Santhea, fédération patronale des institutions de soins de santé wallonnes et bruxelloises était l’invitée de Matin Première. Au micro de Rachel Crivellaro, Valérie Victoor a exprimé ses espoirs mais aussi sa colère.

Pour elle, on peut parler de surmortalité dans les maisons de repos. Il y a eu en deux semaines 378 décès en Wallonie. C’est tous décès confondus, mais ce sont, pour Valérie Victoor, des chiffres très importants. La Wallonie compte 116 homes.

Et la présidente de la fédération patronale des institutions en soin de santé de pousser un coup de colère : les autorités publiques auraient mis trop de temps à réagir. "On a neuf ministres de la Santé, ça ne peut pas bien fonctionner. Le fédéral, qui coordonne et gère la crise, n’est pas compétent pour les maisons de repos, ce sont les régions". Et pour Santhea, "les régions ont eu du mal à se faire entendre. Aucune taskforce fédérale n’a été créée (pour ce secteur en particulier) regroupant les différents niveaux de pouvoir" déplore Valérie Victoor, précisant quand même que "la Wallonie a quand même réagi beaucoup plus vite que les deux autres régions".

 

Collecte de dons

Pour ce qui est du matériel de protection : "la situation est vraiment lamentable ". Valérie Victor regrette que "d’une maison de repos à l’autre, la situation n’est pas la même. On nous a même dit à un moment qu’on n’avait pas besoin de masques FFP2. Au niveau des blouses également. Ils n’avaient rien". Une collecte de dons salvatrice a finalement été organisée.


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Des tests qui arrivent un peu tard…

Les tests de dépistage ont seulement commencé hier pour les maisons de repos "clusters" – avec plus de 10 cas suspects. C’est trop tardif et ce n’est pas assez suffisant pour Valérie Victoor " d’autant plus que chaque maison de repos ne reçoit que quelques tests. Alors, imaginez, un membre du personnel fait un test. Il n’a rien aujourd’hui, mais est en contact avec d’autres personnes qui sont suspectées. Demain peut-être quelqu’un lui aura donné le COVID-19". Et la secrétaire générale de conclure : "Donc tester n’a de sens que si c’est fait assez tôt, et si on teste toute la maison de repos !".

Qu’à cela ne tienne, les tests du personnel et des résidents des maisons de repos ont commencé. L’objectif, pour Valérie Victoor, c’est d’écarter les porteurs de la maladie.

 

Les maisons de repos deviennent prioritaires (sujet JT 19h30 de ce mercredi)

"Ça me prend aux tripes"

Santhea salue l’action de la ministre wallonne Christie Morreale (PS) quant au fait de "faire appel à du personnel d’MSF, de l’armée, de la protection civile. La chose est confiée aux gouverneurs des provinces, qui savent agir rapidement".

C’est que l’absentéisme du personnel exploserait dans les maisons de repos. "Il y aurait 30 à 50% du personnel malade ou absent" explique Valérie Victoor. " Ça me prend aux tripes car on mesure l’humanisme d’une société de la manière dont elle prend en charge ses personnes les plus fragiles. Ce sont des personnes souvent vulnérables, certaines sont isolées. La solitude des aînés, on ne la découvre pas aujourd’hui. Mais notre personnel est très motivé".

Enfin, en ce qui concerne la polémique des résidents de homes qui se font refouler des soins intensifs, Valérie Victoor nuance : "le rôle des hôpitaux n’est pas d’hospitaliser si les symptômes ne le justifient pas. Pour les résidents, l’hospitalisation n’est pas forcément la solution. Une évaluation doit être faite". Et la présidente de Santhea de plaider pour que les maisons de repos puissent se charger, matériellement, de les prendre en charge le soin des résidents malades.