Coronavirus : 57% des francophones inquiets des conséquences négatives de la crise sanitaire sur leurs droits fondamentaux

Plus d’un Belge francophone sur deux pense que la crise sanitaire aura des répercussions négatives, voire très négatives, sur les droits humains, et ils sont à peine moins à estimer que les mesures destinées à lutter contre la pandémie vont nuire aux libertés individuelles : ce sont les principaux résultats d’un sondage mené par Amnesty International.

Interrogé sur La Première, Philippe Hensmans, directeur de la section belge d’Amnesty International, explique : "Il est évident que dans certaines circonstances, les États peuvent rogner sur les droits fondamentaux. Ils peuvent dire, dans des circonstances comme des épidémies, qu’ils limitent le droit de circuler, etc. Ici, nous sommes attachés à la perception que les gens en avaient et il faut reconnaître que pour 57%, il y a des répercussions négatives ou très négatives. Et ça va depuis la liberté de circuler que l’on retrouvera de façon plus fréquente chez les personnes plus âgées, mais qui sont aussi celles qui respectent le mieux la distanciation sociale et le fait de ne pas pouvoir circuler librement, jusqu’à 34% qui estiment qu’il y a un renforcement de mesures autoritaires ou policières, et là ça devient plus inquiétant. Il faut évidemment faire la différence entre ce qui est légitime, proportionnel par rapport à la situation, et ce qui est perçu comme ne l’étant pas par les gens".

Abus de pouvoir

Amnesty International s’inquiète aujourd’hui d’un abus de pouvoir quand des mesures sanitaires sont prises en Belgique : "Lorsqu’on prend des mesures qui interdisent par exemple la circulation, lorsqu’on impose un couvre-feu entre une heure du matin et six heures du matin, comme c’est le cas en Brabant wallon et en province de Luxembourg, ou quand on interdit aux gens de boire de l’alcool en rue, comme c’est le cas à Bruxelles, il se peut qu’il y ait une vigilance un peu plus accrue — appelons ça comme ça — de la part des autorités policières qui, elles, font déjà preuve de profilage ethnique dans un certain nombre de cas. Là, il peut donc y avoir une dérive de mesures qui, pour autant, ne sont pas illégitimes de la part du pouvoir".


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C’est surtout l’après-Covid qui peut inquiéter, poursuit Philippe Hensmans : "Je pense aussi aux banques de données par exemple. Nous avons beaucoup réagi par rapport à la banque de données Sciensano, et c’est d’ailleurs une préoccupation que les gens ont aussi, l’usage des données qui sont récoltées. Je ne parle pas ici de l’application sur les GSM parce que celle-là est relativement correcte, mais plutôt de la banque de données, et là on peut se demander combien de temps elle va rester, si on pourra l’utiliser à un moment donné par rapport à sa carrière professionnelle ou ce genre de choses. Et donc, de ce côté-là, il est évidemment normal d’avoir des interrogations. Nous demandons aux autorités belges, comme nous demandons aux ONG de défense des droits humains, d’être vigilantes et d’éviter que ça arrive".

Coronalert

Au sujet de l’application de tracing Coronalert, qui a été téléchargée par plus d’un million de Belges, il précise : "Les garanties qui nous ont été données sont correctes et nous rassurent. Maintenant, si jamais ça devait être relié à la banque de données Sciensano, qui elle nous inquiète, où on a reconstitué en quelque sorte une banque de données médicales, à ce moment-là ça poserait de sérieux problèmes au niveau de la vie privée et du respect des données".

Les personnes ont été interrogées sur leur respect des règles sanitaires : "Si les gens ne respectent pas, ça ne sert bien entendu à rien. On ne va pas mettre un policier devant chaque porte pour vérifier que la bulle est respectée. Et c’est là que c’est intéressant, parce que 77% des gens portent le masque par exemple. Ça montre que les mesures qui semblent légitimes, qui semblent normales sont relativement bien respectées".

Le respect des gestes barrières est "est très variable en fonction de l’âge. Il est évident que chez les jeunes, on respecte beaucoup moins bien la distanciation sociale et l’interdiction de rassemblement et des choses comme ça, ce qui n’est pas le cas chez des personnes plus âgées. Et c’est donc là qu’on voit qu’il y a des différences de comportement, et peut-être qu’il faut une stratégie de sensibilisation différente selon les catégories d’âge et les catégories sociales", indique aussi Philippe Hensmans.

Mais le sondage ne révèle pas de lassitude vis-à-vis des règles : "Les gens commencent peut-être à être fatigués, mais respectent ces règles. Il faut faire attention aussi, car c’est un sondage qui a été fait fin août-début septembre, donc avant la remontée du pic qu’on connaît aujourd’hui. Je crois donc que ce qui est important pour nous, c’est de voir comment les gens vivent ça et quels sont les efforts à faire pour d’une part mieux respecter les droits fondamentaux, mais c’est aussi un message au gouvernement en lui disant de faire attention parce qu’il a un rôle légitime de contrôle et de respect des droits fondamentaux, c’est ce que les gens attendent de lui, il y a une remontée de l’attente du public par rapport à l’appareil d’État, mais il faut que ce soit respecté et fait correctement".

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