COP26 : les trois régions belges ont leurs plans climatiques, mais avancent en ordre dispersé

La Flandre s’est accordée, jeudi soir, sur son "Plan climat". Elle annonce une réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, avec des mesures concrètes qui visent les performances énergétiques des bâtiments ou l’électrification du parc automobile, par exemple.
Flandre, Wallonie et Bruxelles disposent désormais d’un plan climat. Mais où en est chacune des régions ? Tentative de comparaison.

40%, 50%, au moins 40% : des objectifs de réduction des émissions de CO2 variés

Dans son accord conclu jeudi soir, la Région flamande annonce un objectif de réduction des émissions de CO2 de 40% d’ici 2030. En Wallonie, on parle de -55% d'ici 2030. Quant à Bruxelles, on se fixe un objectif "d’au moins 40%" d’ici 2030.

L’objectif de l’Europe, c’est d’arriver à une réduction de 55% des gaz à effet de serre d’ici 2030. Dans ce cadre-là, l’objectif qui serait assigné à la Belgique tournerait autour de 47% de réductions de gaz à effet de serre en 2030, hors industrie. "La Flandre qui annonce un objectif de 40% est bien en deçà. On peut estimer que l’objectif flamand est forcément insuffisant par rapport à ce que l’Union européenne va demander à la Belgique. Et ce que la Flandre ne fait pas, les autres régions devront le faire", estime Arnaud Collignon, chargé de mission Energie et Climat à Inter-environnement Wallonie.

Cela dit, pour la Wallonie, c’est aussi compliqué de comparer car les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre n’ont pas encore été précisés, hors industrie. "Elle est toujours sur un objectif qui n’est plus d’actualité mais qui était de 35% de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Ils se sont déjà engagés à revoir ça à la hausse, mais on ne sait pas encore jusqu’où ils vont aller", ajoute Arnaud Collignon. Le chiffre de 55% de réduction des gaz à effet de serre a été avancé par le gouvernement wallon sans qu’on sache encore exactement comment cet effort sera réparti entre l’industrie et les autres secteurs, qu’il s’agisse du secteur public ou des citoyens.

La Flandre annonce des mesures concrètes, mais elle pourrait mieux faire

"Le plus important, ce ne sont pas les chiffres, mais les mesures", souligne Arnaud Collignon. " Par rapport à ce qu’il faudrait faire pour le climat, étant donné la nécessité de décarboner nos sociétés d’ici 2040 ou 2050, ce qui est sur la table est insuffisant, car on n’arrive pas à mettre sur la table les mesures transgressives", ajoute-t-il. On parle ici de mesures qui feraient radicalement changer les comportements et les habitudes.

La Flandre avance avec des mesures concrètes. Elle annonce de la fin des raccordements au gaz pour les nouvelles constructions ou l’obligation de rénover les bâtiments les plus énergivores qui ne pourront plus dépasser le niveau "D". "Il y a des mesures extrêmement concrètes sur la table avec des dates pour le phasing out des chaudières à énergie fossile ou des ventes de nouvelles voitures thermiques", explique Noé Lecocq, chargé de mission Climat et Energie chez Inter-Environnement Wallonie. Ainsi, il sera impossible, en Flandre, d’immatriculer un nouveau véhicule thermique dès 2029.

Mais du côté d’Inter-environnement Wallonie, on souligne que les mesures avancées jeudi par la Flandre épargnent encore des secteurs qui émettent beaucoup de gaz à effet de serre. "Il reste des marges pour le gouvernement flamand pour aller au-delà des 40% auxquels il s’est engagé, par exemple dans l’agriculture, un gros secteur émetteur en Flandre, avec de gros élevages, notamment de porcs", explique Arnaud Collignon, d’Inter-Environnement Wallonie. "Au niveau aménagement du territoire, il n’y a pas eu beaucoup d’annonces dans le nouveau plan climat wallon. Sur l’augmentation de la production d’énergie renouvelable, non plus. Sur l’efficacité énergétique, il n’y a pas grand-chose non plus", ajoute Noé Lecocq. Pour lui, le Plan Climat flamand comporte des "grandes annonces qui peuvent faire les gros titres des journaux, mais qui ne sont pas encore une politique climatique vraiment complète qui touche tous les secteurs d’activité".

La ministre fédérale du Climat, l’Ecolo Zakkia Khattabi s’est également montrée critique. "Les mesures prises aujourd’hui installent la Flandre dans une politique climatique qui est essentiellement punitive". La ministre attend "de voir quelles sont les mesures d’accompagnement pour les ménages" et de "voir la suite des mesures qui sont mises en place".

En Wallonie, des objectifs plus ambitieux, mais pas encore beaucoup de mesures concrètes

La Région wallonne dispose d’un plan climat depuis 2019. Le gouvernement wallon a bien revu à la hausse l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais il n’a pas encore concrètement fixé les mesures pour y parvenir. On sait que la reconstruction de la Wallonie, notamment après les inondations de cet été ira de pair avec plus d’attention portée aux performances énergétique et à la durabilité, par exemple. Pour le reste, beaucoup de choses doivent encore être précisées. Le travail a été confié à un panel de citoyens. Ceux-ci ont d’abord écouté les avis et recommandations de plusieurs acteurs, tels que les fédérations d’entreprises, les syndicats, les associations environnementales, les acteurs sociaux de lutte contre la pauvreté et la précarité. A charge ensuite pour le panel citoyen de proposer des mesures concrètes à mettre en œuvre pour amener la Région wallonne sur le chemin de la réduction des émissions de CO2. Le gouvernement wallon devrait faire la synthèse de ces propositions et trancher dans le courant de l’année 2022.

"On peut décerner à la Wallonie un carton assez vert par rapport à l’ambition, mais on est encore en expectative par rapport à la concrétisation de cette ambition annoncée dans la déclaration de politique régionale. Le travail reste à faire au niveau des politiques à mettre en œuvre, à concrétiser, à budgétiser", estime Noé Lecocq, d’Inter-Environnement Wallonie, "alors qu’au niveau flamand l’ambition est un peu moindre, mais les mesures commencent à être concrétisées de manière un peu plus claire", ajoute Noé Lecocq.

Ainsi, du côté wallon, les intentions ont déjà été énoncées. Par exemple, des stratégies existent en matière de mobilité ou en matière d’habitat mais il reste souvent à savoir comment on les mettra en œuvre. "Par exemple la stratégie de rénovation votée par le gouvernement prévoit d’instaurer une obligation de rénovation dans certains cas, par exemple quand on achète un bien, on serait obligé de le rénover jusqu’à un certain point, c’est dans la stratégie du gouvernement. Par contre, ce n’est pas encore, a priori, discuté pour le plan énergie climat 2030", souligne Arnaud Collignon.

Du côté des associations environnementales, on rappelle aussi les pistes qui pourraient être suivies. "Pour la Wallonie ou pour la Flandre, on a le fameux stop béton. On a un étalement urbain catastrophique parce qu’il rend les populations dépendantes à la voiture", rappelle Arnaud Collignon qui souligne que le politique, bien que conscient du problème ne parvient pas à changer les plans de secteur, par manque de courage ou parce qu’il se heurte à une population peut encline à modifier ses habitudes. Autre secteur où il y a encore du travail à accomplir, celui de la rénovation des bâtiments à l’horizon 2050. "ll n’y a pas encore les mesures concrètes, si ce n’est les primes qui ont existé et qui sont réformées régulièrement, mais qui sont insuffisantes pour atteindre les objectifs de long terme dans le bâtiment", souligne Noé Lecocq.

Même chose en matière de mobilité. Il y a bien, dans l’accord de gouvernement wallon, une intention d’adapter la fiscalité des véhicules, mais rien n’est encore concrètement décidé. On attend aussi de voir quelles mesures pourraient être prises pour réduire la part de la voiture dans les transports et augmenter les parts des autres modes de transport, transports en commun, vélo, etc.

Et Bruxelles ?

La Région bruxelloise dispose depuis 2019 de son plan climat. Certains points sont précisés petit à petit. Dans l’accord de gouvernement, il y a eu un rehaussement des objectifs de réduction des gaz à effet de serre.

Contrairement aux régions wallonne et flamande, Bruxelles dispose de moins de leviers pour réduire les émissions de CO2. Il y a, par exemple, beaucoup moins d’industries à qui demander de faire des efforts. Même chose pour le secteur agricole.

Là où Bruxelles peut agir, c’est dans le domaine des performances énergétiques des bâtiments et dans la mobilité. Le secteur des bâtiments représente 60% des émissions directes de CO2 de Bruxelles. Le gouvernement a donc prévu d’agir sur la rénovation et l’isolation des bâtiments existant.

Quant à la mobilité, l’autre source importante d’émissions de CO2 dans la capitale, Bruxelles a annoncé l’interdiction de circulation des véhicules diesel dans la capitale dès 2030 et celle des véhicules essence dès 2035. Bruxelles a "un rôle de moteur pour l’ensemble du pays en matière de transformation de la mobilité, puisqu’une part substantielle de la mobilité en Belgique et de et vers Bruxelles. Donc, Bruxelles peut influencer positivement les autres régions en réduisant la place de la voiture dans les déplacements à l’intérieur de Bruxelles ou vers Bruxelles par une politique de stationnement ou de tarification des déplacements", estime Noé Lecocq, expert Climat à Inter-Environnement Wallonie.

CQFD du 30/12/2020:

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