COP24 : "La Belgique a l'air complètement ridicule"

Mercredi soir, le débat de l’émission À Votre Avis tournait autour des mouvements citoyens. Sont-ils suffisamment écoutés par le monde politique ? Pouvoir d’achat et écologie sont-ils compatibles ? Telles étaient les questions auxquelles nous voulions amener des réponses.

Depuis quelques semaines, les Gilets jaunes protestent contre la hausse des taxes et la baisse de leur pouvoir d’achat. Malgré leurs rassemblements et leurs actions, les manifestants n'ont pas le sentiment d'être écoutés. Ce n’est pas pour autant que le mouvement s’essouffle et que la grogne se dissipe. Une manifestation est d'ailleurs prévue à Bruxelles ce samedi.

Parallèlement, un autre mouvement citoyen a fait beaucoup parler de lui. Dimanche passé, 75.000 personnes se sont mobilisées pacifiquement dans la capitale européenne lors de la marche pour le climat. Cependant, seulement deux jours après ce rassemblement de masse, la Belgique vote contre une proposition de directive sur l’efficacité énergétique de la COP24 et s’abstient pour une autre concernant les énergies renouvelables. Ces décisions ont provoqué de vives réactions sur les réseaux sociaux, dont celle du réalisateur belge, Bouli Lanners.

Un seul ministre pour l'écologie

En début de débat, le réalisateur a justifié, via une vidéo, les propos qu’il a tenus et a profité de l’occasion pour poser une question à la ministre fédérale de l’Énergie Marie-Christine Marghem : "Puisque les quatre ministres de l’Énergie ne s’entendent pas et s’il y a un risque que vous ne vous entendiez jamais, n’est-il pas temps de renationaliser l’énergie ? C’est-à-dire, de n’avoir qu’un seul ministre de l’Énergie et non pas quatre, puisque les réalités et les urgences d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes que celles qui étaient présentes quand on a distribué les compétences aux régions".

La ministre fédérale ne s’oppose pas à cette proposition et soutient que c’est la question à se poser lors de la formation du prochain gouvernement. "Pourquoi pas unifier tout simplement les points de vue en mettant une seule personne en responsabilité pour cette matière. Logiquement, cette personne devrait être un ministre fédéral pour la simple et bonne raison que la Belgique s’exprime par le gouvernement fédéral sur le plan international."

Le député européen Écolo, Philippe Lamberts a également réagi aux votes de la Belgique lors de la COP24 et soulève le problème causé par la régionalisation de la compétence. "C'est pitoyable, la Belgique se retrouve dans une position qui la rend plus climato-sceptique que la Pologne de Kaczyński qui a voté en faveur de ces deux textes. On a l'air complètement ridicules. Le langage typique des nationalistes flamands est qu'il vaut mieux tout régionaliser, ce sera bien mieux géré. 'Wat Vlamingen doen, doen ze beter.' Le résultat des courses, c'est que la Belgique a l'air encore plus conne que la Pologne. Sur certains enjeux, il est clair que le niveau régional n'est pas le niveau approprié, que même le niveau fédéral n'est pas suffisant. Très franchement, si vous voulez faire la transition énergétique, il faudra jouer au niveau continental."

Jaunes et Verts compatibles ?

Outre l’écologie, la parole était également donnée aux Gilets jaunes qui se battent pour leur pouvoir d’achat. L’une des citoyennes portant ce fameux gilet affirme que les causes des deux mouvements sont compatibles. Elle a d’ailleurs évoqué ce problème d’inégalités fiscales, également cité par les "Gilets verts".

Pour Samuel Lietaer, organisateur de la marche pour le climat du 12 décembre, la fiscalité doit être beaucoup plus juste : "Les épaules les plus fortes doivent porter les charges, notamment cette transition écologique".

D’après la membre du mouvement des Gilets jaunes, Élodie Doppagne, l’argent est à chercher au niveau des entreprises. Propos soutenus par Philippe Lamberts qui dénonce l’individualisme des États membres qui baissent leur taux nominal d’impôts sur les sociétés afin d’être fiscalement plus intéressant et attirer les multinationales. Résultat des courses, ces entreprises sont moins imposées que les travailleurs. "C’est le chacun pour soi, et chacun va de sa déduction du taux nominal d’impôts sur les sociétés, de ses cadeaux et niches fiscales offertes aux entreprises sous le motif qu’on devrait déjà être très contents qu’elles créent de l’emploi et que ça devrait être suffisant. La plupart des bénéfices ne sont pas réinvestis dans les entreprises, ils sont redistribués sous forme de bonus et sous forme de dividendes, qui la plupart du temps, sont imposés à des taux inférieurs aux taux auxquels le citoyen est imposé". Il ajoute que depuis dix ans, un projet d’harmonisation européenne sur les impôts de société existe, auquel il faudrait y mettre un taux minimum de 25 % d’imposition. Ainsi, les multinationales ne pourront pas jongler avec les pourcentages les plus bas proposés afin de vendre en Europe.

Pour conclure la deuxième partie du débat, la question posée était simple : "Pensez-vous que vous êtes écoutés par les politiques ?". La réponse d’Élodie Doppagne, est sans appel : "Pour moi, vous racontez tous du pipeau. Vous êtes dans le dialogue et vous avez à dire ce que vous avez à dire. Vous n’écoutez pas, vous n’en avez rien à cirer".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK