Coopération au développement: "Il faut évaluer de façon rapide, systématique et partout"

La politique de coopération au développement est-elle devenue une variable d'ajustement budgétaire ? C'est ce que dénonce ce jeudi un appel en forme de pétition, l'appel des 111, à lire dans le journal Le Soir.

Pierre Verjans, politologue à l'Université de Liège, a signé cet appel. Interrogé sur La Première, il affirme que l'aide au développement, "c'est un moyen d'action politique, d'agir sur un monde qu'on aurait envie d'être plus coopérant, plutôt que plus compétitif ou plus frontal. Effectivement, c'est une façon de vouloir construire un lien entre les peuples. C'est une façon de répondre à des problèmes très concrets, très précis sur place, sur le terrain".

Si Pierre Verjans a signé cet appel, c'est d'abord parce qu'il était "impliqué, un petit peu, dans la coopération, en tant que membre des universités francophones de Belgique. J'étais représentant des universités au Conseil Wallonie-Bruxelles de la coopération internationale. Donc je pensais que c'était tout à fait intéressant de montrer que, effectivement, il ne s'agit pas seulement d'observer, puisque ma position généralement en politique est d'observer l'évolution des choses, mais ici aussi de prendre une responsabilité, puisque j'avais assumé des responsabilités dans ce conseil consultatif".

Critères d'évaluation

Le gouvernement a dépensé 1,2 milliards en 2016 pour l'aide au développement. "Ce n'est pas assez. Le secrétaire d'Etat Alexander de Croo a modifié des façons de faire à l'intérieur de la coopération au développement. Ce n'est pas du tout de ça dont il s'agit ; nous, effectivement, nous avons fait une critique sur le montant global, et effectivement sur le fait que ce montant doit être utilisé de façon plus efficace qu'auparavant, avec des critères d'évaluation, etc.. Cela nous paraît tout à fait évident. Je pense que ce n'est pas là-dessus qu'on a attaqué, évidemment, on a attaqué sur le montant global de l'ensemble du gouvernement, et (parmi les signataires) il y a des gens qui ne sont pas du tout des opposants traditionnels aux partis qui sont au pouvoir" poursuit Pierre Verjans.

Ce n'est pas le gouvernement Michel qui a décidé de baisser cette aide au développement: "Cela a commencé avant, en fait en réponse au problème de la crise bancaire. Il a fallu que le gouvernement fasse des économies, et déjà avant le gouvernement Du Rupo, en fait dès 2010, il y avait déjà une restriction des dépenses. On voit bien qu'il y a déjà eu l'utilisation, de la coopération comme variable d'ajustement, qui a été mise en place. Et en 2010 ce n'étaient pas exactement les mêmes partis qui étaient au pouvoir".

Des éléphants blancs

Alexander De Croo répond qu'il préfère évaluer l'aide au développement en termes de résultat plutôt qu'en termes de montant alloué. "Bien entendu, il faut évaluer les résultats sur le terrain. Il n'y a pas assez d'évaluation dans la coopération belge, c'est vrai, mais c'est vrai aussi que le montant qu'on met dans la coopération, influence beaucoup les moyens. On sait où va l'argent, on sait exactement quels sont les projets qui sont soutenus, ce qu'on ne sait pas, c'est évaluer l'efficacité des projets. Vous savez que dans les années 60 et 70, justement la coopération belge se caractérisait notamment par ce qu'on appelait des éléphants blancs, c'est-à-dire construire des énormes hôpitaux par exemple, ou des énormes barrages dans des situations où finalement les populations locales ne savaient pas les utiliser, ou ne savaient pas les faire fonctionner. Et ça, effectivement, c'était un drame. Et il faut, effectivement, éviter ce genre de choses. Alors, l'évaluation est un moyen pour permettre en continu d'améliorer la politique de coopération au développement. Il faut le faire de façon rapide, de façon systématique, et à peu près partout, et effectivement. Ce qu'on peut faire maintenant déjà, c'est évaluer l'utilisation concrète de l'argent, mais on ne sait pas l'efficacité sociale et politique" dit encore Pierre Verjans.

"Certains disent que la solidarité, c'est la tendresse des peuples. Pour nous cette politique qui vaut la peine d'être soutenue, parce que nous avons des choses à dire à nos amis du Sud" conclut-il.

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