Canettes consignées: le débat qui divise la Belgique

Consigner nos canettes et plastique : pourquoi ça bloque ?
Consigner nos canettes et plastique : pourquoi ça bloque ? - © Tous droits réservés

Chaque année, la Région wallonne débourse près de 85 millions d'euros pour ramasser les détritus et les dépôts sauvages. Pour diminuer le coût de ce nettoyage, la consignation des canettes en aluminium et des bouteilles en plastiques est une solution régulièrement évoquée. Une mesure qui fonctionne dans plusieurs pays européens, mais qui est toujours bloquée à l'état de test chez nous.

Comme pour les consignes sur le verre, un consommateur allemand paye plus cher sa canette et sa bouteille. Mais il est ensuite remboursé entre 8 et 25 centimes, lors de chaque retour en magasin. Les machines à déconsigne effectuent un premier tri dans le magasin même, entre les contenants réutilisables et les contenants à usage unique. Ces derniers sont broyés instantanément avant d'être envoyés en centre de recyclage, où s'effectue le processus suivant dans la chaîne de traitement des déchets.

Cette loi, en vigueur depuis 2003, incite les citoyens à rapporter leurs canettes et leurs bouteilles, et oblige les magasins à les reprendre. Selon, les chiffres du ministère allemand de l’Environnement, le taux de récupération des emballages en plastique et en aluminium a grimpé en flèche depuis 15 ans. Selon plusieurs associations écologistes allemandes, ce système de consigne aurait drastiquement réduit la quantité de détritus des espaces publics.

Une "prime de retour" en test en Belgique

Depuis quelques mois, une vingtaine de communes wallonnes testent "une prime de retour sur les canettes". Pour ce projet-pilote, les communes participantes proposent de récupérer les canettes ramenées par les habitants, soit par reprise manuelle d'un employé communal, soit via une machine automatique. Mais les critères sont plutôt contraignants.

Un test trop compliqué?

Seuls les habitants des communes tests peuvent participer. Il est interdit de ramener des déchets ménagers et le total de canettes est limité. À Amay par exemple, sur 14.000 habitants, seuls 30 ont participé au test en 3 mois. Soit un taux de participation de 0,22%. Dans les autres communes, les résultats varient mais représentent des quantités minimes comparées aux tonnes de déchets sauvages collectés chaque année en Wallonie.

Selon Test-Achats, l'objectif du test serait de saboter le projet d'une consigne canette afin de garder le système de récolte sélective dans son état de fonctionnement actuel. "Les montants de retour sont très faibles. Ce sont des bons de valeurs plutôt que de l'argent en espèce, et il faut ramener les canettes à la commune plutôt que dans les magasins...", confie Julie Frère, porte-parole de l’association de défense des consommateurs.

Entre enjeux écologiques et intérêts économiques

Le projet pilote est entièrement financé par le secteur de l'emballage. Or, chez nous, ce sont ces mêmes acteurs qui sont en charge de la collecte des sacs bleus PMC via l'ASBL Fostplus. Selon eux, une consignation coûterait "trop cher". Un nouveau dispositif nécessiterait de nouveaux coûts d'investissements et de logistiques.

Par ailleurs, instaurer une consigne pourrait bouleverser la récolte des détritus. Un nouveau système où Fostplus ne serait peut-être plus le seul à pouvoir récupérer puis revendre le plastique et l'aluminium. Une revente qui constitue plus d'un tiers de ses revenus, soit 23 millions d'euros par an. Entre enjeux économiques et écologiques, c'est peut-être donc le monde politique qui devra trancher.

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