Conner Rousseau, l’espoir d’une reconquête pour les socialistes flamands

C’est l’homme du moment au nord du pays. Conner Rousseau est le président du sp.a depuis le mois de novembre 2019. A 26 ans, en novembre dernier, il devenait le plus jeune président d’un parti politique belge. Six mois plus tôt, il avait été élu au Parlement flamand, fort de 17.000 voix de préférence obtenues en se présentant en tête de liste en Flandre-Orientale. Le parti perdait 4% et bien que Rousseau soit très loin des 46.000 voix réalisées par la tête de liste de 2014 (l’ancienne ministre Freya Van Den Bossche), ces 17.000 suffrages sonnaient comme un espoir, venant d’un candidat tout neuf. Mais pas tout à fait inconnu du sérail socialiste flamand…

Une affaire de famille

Comme très souvent (et comme le documentait en octobre dernier le compte Twitter @Dynastiespol), Conner Rousseau a une filiation directe avec la politique

Le père est également élu (à Nieuport, comme conseiller communal) et dirige pendant de longues années un camp de vacances pour enfants défavorisés où Conner est moniteur. C’est d’ailleurs là qu’il rencontre John Crombez, alors président du sp.a. Plus loin dans la généalogie familiale, il y a l’arrière-grand-mère, Maria Desmet, une des premières femmes à être élue sénatrice, elle aussi socialiste. Avec un tel background, il était évident que Conner Rousseau se lancerait un jour ou l’autre en politique. Mais pas qu’il deviendrait aussi populaire si rapidement (6e du sondage Le Soir-RTL-IPSOS) et qu’il aiderait son parti à reprendre des couleurs (3e parti du même sondage, devant le CD&V, le VLD et Groen). Avec ses baskets blanches en toutes circonstances, ses t-shirts, ses milliers de "followers" sur les réseaux sociaux,

 

… Mais pas seulement

Dans une grande (5 pages) interview au quotidien "De Morgen", Conner Rousseau raconte la "meilleure chose qui lui soit arrivée" : rater sa cinquième secondaire. Grâce à cet échec, il est d’autant plus – "énormément" – motivé à l’idée de surprendre celles et ceux qui ne croient pas en lui. Et à première vue, il semble que Conner Rousseau a toute la panoplie de "l’influenceur" Instagram lambda : le look, les publications de "stories" (photo ou vidéo éphémère), les selfies en quantité industrielle et régulièrement des "Q&A" (questions-réponses). Le jeune homme consacre "au moins deux heures par jour" aux réseaux sociaux. Il fuit Twitter, une "bulle" de journalistes, estime-t-il, pour se concentrer sur "Insta" (38.400 abonnés) et Facebook (84.900). Sa seule page personnelle compte plus de "likes" que celle du PS francophone (61.000). Selon les chiffres publiés par Facebook, sur les 30 derniers jours, le président du sp.a a dépensé 30.000€ en pub sur le réseau social bleu.

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C’est plus que le président du Belang Tom Van Grieken, c’est le double du patron du MR Georges-Louis Bouchez, c’est autant que PTB et PVDA réunis, alors que le MR et le PS ont investi, respectivement, 2210€ et… 161€. Conner Rousseau est régulièrement invité dans les "vieux médias" mais son terrain de jeu favori reste le contact direct via les réseaux sociaux.

Toujours au "Morgen", le serial instagramer explique avoir enregistré 400 vidéos de félicitations ou d’anniversaire pendant le confinement : "Certains BV [bekende vlamingen, littéralement flamands connus] demandent de l’argent pour ça. Je le fais gratuitement". Cette volonté d’être très présent sur les réseaux sociaux, c’est pour mieux sentir le pouls des plus jeunes : "Sur Instagram, j'explique ce que nous représentons. Je suis beaucoup de stories, je sais ce que les gens font. Surtout les jeunes." Tout ceci n’est-il que du vent, de la communication à l’état pure, sans fond politique ? Le président du sp.a rejette l'accusation : "Nous sommes le seul parti à avoir élaboré un plan pour la période post-corona. En quarantaine, nous avons pris beaucoup de temps avec le service d’études pour trouver des idées. […] Si vous pensez que je ne m’occupe pas du contenu, n’hésitez pas à l’écrire. Je m’en fiche". C’est le patron du centre d’études du sp.a, Inti Ghysels, qui tient les rênes du contenu et alimente Rousseau.

En termes stratégiques, force est de constater que pour le moment, le jeune homme de 27 ans mène bien sa barque. Un scénario de coalition fédérale sans le PS mais avec le sp.a a circulé pendant une dizaine de jours à la rue de la Loi. Dans son interview au Morgen, Conner Rousseau exclut cette hypothèse : "Je ne vois pas quelle coalition nous intéresserait sans le PS. C’est un cliché, mais je ne regarde vraiment que le contenu. Si c’est un bon projet pour nous, pourquoi ne serait-ce pas un bon projet pour le PS ?" L’idée de renforcer l’ancienne majorité suédoise n’enchante guère le natif de Sint-Niklaas : "Pour continuer la politique de la Suédoise ? Non, merci. Le bilan de la coalition suédoise a été punie de façon impitoyable par les électeurs". Alors que le sp.a va rejoindre physiquement le PS dans son bâtiment du Boulevard de l’Empereur, Conor Rousseau ne tarit pas d’éloges sur l’actuel locataire du bureau présidentiel du troisième étage : "Vous savez, Paul Magnette est très intelligent". Mais lorsque "De Morgen" tente un parallèle entre Conor Rousseau et Georges-Louis Bouchez ("un jeune bien looké qui passe par les médias sociaux pour conquérir la politique"), le socialiste ne fait pas dans la dentelle : "Ouille, vous devenez insultants (rires). Je ne souhaite énerver personne, mais à l’époque [de la mission royale confiée à Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens], j’ai regretté qu’il n’ait pas arrêté les jeux politiques. Alors que personnellement, je n’y joue pas. Bouchez semblait d’abord préoccupé par lui et changeait d’avis chaque semaine." Le président du MR n’a guère apprécié. Le socialiste continue : "En tant qu’informateur, il a été dénigrent à cause de mon sac à dos. ‘Regardez, voici l’écolier qui arrive’ disait-il. J’ai rétorqué qu’il ne devait pas se sentir mieux que moi. Ça s’est réglé plus tard. Mais surtout, la note qu’il a déposée en tant qu’informateur était un brol. Avec un meilleur texte, on aurait lancé la coalition Vivaldi." A l’inverse, le socialiste affirme avoir ressenti du "respect" de la part de Bart De Wever. Il indique néanmoins que sa coalition idéale est une "paars-groen", un arc-en-ciel socialiste, libéral, écologiste.

 

Très haut, très vite, trop vite ?

Dans le même entretien, Conner Rousseau ne cache pas que le job de Premier ministre serait "génial, oui. C’est dommage qu’on puisse pas avoir d’ambition dans ce pays. Je veux avoir de l’impact et en tant que Premier, je peux l’avoir. Mais, cette ambition ne passera pas avant tout." Mais avant le 16, rue de la Loi, il faudra pour le jeune président confirmer ramener son parti au gouvernement fédéral – lui qui est absent de l’exécutif flamand – ou éventuellement confirmer dans les urnes le dernier sondage positif si l’on devait retourner voter. La Flandre a l’habitude de porter très haut et très vite de nouvelles personnalités politiques, et parmi celles-ci plusieurs socialistes comme les anciens présidents Patrick Janssens, Freya Van Den Bosche ou Steve Stevaert, à qui Rousseau est comparé. Mais ces personnalités n’ont pas pu rester au zénith longtemps. C’est le défi pour Conner Rousseau : durer et redonner une pertinence électorale au sp.a.

Journal télévisé du 29/06/2020

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