Conditions sanitaires déplorables, dumping social... Le transporteur Jost Group à nouveau pointé du doigt

Jost Group, la firme de transport international, dont la filiale belge est installée notamment à Herstal, une nouvelle fois sur la sellette. Cette fois c’est la CSC qui dénonce et qui a décidé de porter l’affaire devant la Justice.

La CSC transcom enquête en effet depuis deux mois sur une nouvelle affaire qui touche la firme de transport.

Documents, et vidéos à l’appui, la CSC accuse aujourd’hui Jost Group.

Roberto Parillo de la CSC Transcom l’affirme, le transporteur affrète tous les 15 jours, le dimanche matin, un avion entre Bucarest et Maastricht. "Cet avion achemine toutes les deux semaines quelque 160 travailleurs à 180 Roumains". Arrivés à Maastricht, ils sont emmenés par autocar dans des hangars sur le site de Herstal, près de Liège. On les retrouve ensuite au volant de camions du groupe sur les routes belges mais également internationales.

Des conditions sanitaires déplorables

Des chauffeurs belges se sont tournés vers le syndicat, indignés de voir "qu’ils sont au chômage pour raison de Covid-19 et ils voient d’autres chauffeurs rouler"! Roberto Parillo dénonce les conditions de vie de ces chauffeurs roumains dans les hangars à Herstal, "ils sont maltraités, insultés, et n’ont que trois douches et deux WC à disposition". Quant aux règles sanitaires liées au Covid-19, elles sont, dit-il inexistantes.


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Et il accuse en outre le transporteur de concurrence déloyale et de dumping social. "Ils ne respectent pas les règles européennes, ni belges".

Une accusation dont se défend tant Jost que la société Skiptrans, par le biais de leurs avocats : "dans les conditions qu’impose la crise COVID il est apparu que le confort et la santé de ses chauffeurs imposaient à la société de droit Roumain SKIPTRANS d’organiser le déplacement de ces derniers dans les meilleures conditions par voie aérienne. Ceux-ci rejoignent au départ de Maastricht leurs différents lieux de chargement en Europe, en Hollande, Allemagne et Belgique en vue d’exécuter les missions de transports internationaux qui leur sont confiées". 

Dumping social et concurrence déloyale

Ces chauffeurs doivent être payés au salaire belge, puisqu’ils partent de Belgique. Ce n’est pas le cas. "Ils sont payés entre 550 et 600 euros brut par mois, plus 50 à 55 euros par jour de travail, mais ce surplus est payé en noir ! En Belgique, un chauffeur coûte à l’employeur entre 4500 euros et 5000 par mois."

La CSC a obtenu des documents. Elle a aussi analysé les bilans de la filiale roumaine du groupe international Jost : Ce qui en ressort est interpellant, puisque si en 2007, 20 chauffeurs étaient renseignés, on en comptait fin 2019, 842, soit une croissance de 1650%, dit la CSC Transcom. "Mais quand on regarde le bilan, on ne trouve pas de matériel roulant", s’exclame Roberto Parillo. Avec pour cette filiale roumaine, Skiptrans, un état de santé excellent. La CSC qui souligne que ce n’est pas le cas pour sa consœur belge Jost Logistics, située à Herstal, et qui présentait fin 2019 des risques de cessation de paiements. La CSC qui a aussi comparé le coût moyen par travailleur, et il apparaît que le salaire moyen payé en Roumanie par Skiptrans ne représente que 15% du salaire moyen payé en Belgique dans le même secteur. En outre le niveau d’activité réalisé en Roumanie ne s’avère pas dit elle conforme au volume de l’emploi. "On se pose beaucoup de questions sur cette filiale roumaine".

De son côté la porte-parole du groupe Jost répond que ces chauffeurs sont emmenés par avion, pour qu’ils ne soient pas trop fatigués pour prendre le volant de leur camion. La direction qui invoque aussi la libre circulation des travailleurs en Europe, et assure payer ces chauffeurs au-dessus du salaire médian belge.

Jost Group n'en est pas à sa première affaire de dumping social

Jost Group est déjà sous le coup depuis 2015 d’une enquête par le parquet fédéral pour des faits de fraude sociale et pour trafic d’êtres humains. Cela concerne ses filiales roumaines et slovaques.

Depuis, Roland Jost, le CEO du groupe ainsi que d’autres responsables de l’entreprise ont été inculpés. Roland Jost a aussi été placé plusieurs semaines sous mandat d’arrêt. Des dizaines de camions ont été saisis. Le parquet fédéral évoque une fraude sociale gigantesque dans cette première affaire avec un préjudice de l’ordre de 60 millions d’euros pour la sécurité sociale belge.

Contactés, les avocats de Jost et de la société Skiptrans, ont souhaité réagir : "les conditions de travail et d’hébergement cités par l’organisation syndicale, de même que les conditions de paiement du salaire, relèvent à nouveau de la pure diffamation", ont -ils déclaré. 

 

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