Communautaire au frigo? "C'est tactique et stratégique", explique Jan Jambon

La N-VA a connu ces derniers jours une crise interne suite aux sorties de deux députés frondeurs qui estiment que la N-VA n’est plus un véritable parti nationaliste flamand. Un constat qui se base sur les déclarations du président du premier parti du pays. Bart De Wever a en effet fait savoir qu’il était prêt, le cas échéant, à poursuivre les réformes économiques au sein d’une coalition suédoise après 2019 mais que s'il devait gouverner avec le PS, il ressortirait immédiatement ses exigences communautaires du frigo. Ce que certains ont interprété comme un accord implicite de laisser le communautaire au frigo pour une législature encore.

Une posture que ni le mouvement flamand (et plus précisément le Vlaams Volksbeweging –VVB), ni les députés N-VA Hendrik Vuye et Veerle Wouters n’ont apprécié. Et ni ceux-ci, ni celui-là ne se sont privés pour le faire savoir dans la presse. S’en est suivie une mise à l’écart des deux députés fédéraux avant qu’ils ne prennent la décision de quitter purement et simplement le parti.

C'est dans ce contexte que Jan Jambon, ministre fédéral (N-VA) de l'Intérieur, était l'invité de Bertrand Henne dans Matin Première ce jeudi.

Mais pour Jan Jambon, cet épisode n'est pas lié à un problème idéologique quant aux revendications communautaires.

Est-ce que vous pensez que moi, qui viens du VVB, j’ai oublié tout ça?

"La drôle d’histoire c’est qu’il n’y a aucune différence sur le contenu entre les députés Vuye et Wouters et le reste du parti. Pour eux, comme pour nous, le communautaire reste très important. Pour moi aussi. Est-ce que vous pensez que moi, qui viens du VVB, j’ai oublié tout ça? Et pour Bart ? Et pour Geert Bourgeois ? Et pour Ben Weyts ? Tous ont leurs racines dans le mouvement flamand", rappelle le ministre de l’Intérieur.

Les cadres de la N-VA n’oublieraient donc pas leurs profondes convictions flamingantes et nationalistes, non. Si la N-VA est prête à assouplir (temporairement) ses exigences communautaires et institutionnelles, "c’est une question de tactique et de stratégie", fait valoir l’invité. Le divorce entre la N-VA et ses deux députés "n’a donc rien à voir avec le contenu".

Pourquoi ce mélodrame et cette rupture dès lors? D'après Jan Jambon, le problème serait que "l’on est face à deux personnes qui ont des problèmes pour travailler en équipe", affirme-t-il. "La politique, cela doit être un travail d’équipe", estime le premier policier du royaume.

"M. Vuye est membre du bureau du parti, soit l’organe le plus haut dans le parti. Il est autour de la table pour chaque décision. Et là, il ne dit presque rien. Mais ensuite, quand une décision est prise, aller s’exprimer dans les médias… Cela ne va pas", expose l'interviewé. Or cela s’est passé à plusieurs reprises et donc "à un certain moment, il faut que cela s’arrête".

Puisque c'est une question de tactique et de stratégie, la N-VA est-elle prête, comme l'a affirmé son président, à laisser ouverte la possibilité d’un Michel II, sans réformes institutionnelles? Le ministre fédéral rappelle, comme il l'avait déjà fait, que le communautaire reste le point central du projet politique de la N-VA mais qu'avant de se poser la question d’un Michel II ou de revendications confédéralistes, "il y a encore un petit détail avant la formation d’un gouvernement : les élections", ironise Jan Jambon. Et là, les électeurs vont déterminer avec "quelles ‘parts de marché’ on peut travailler".

Pour répondre à la question en évitant la case conjectures, rendez-vous en 2019, donc.

L’agenda des terroristes est de déstabiliser notre société mais je vois le contraire

Outre cette actualité immédiate, ce jeudi nous place surtout six mois jour pour jour après les attentats du 22 mars à l’aéroport de Zaventem et dans le métro Maelbeek.

Or, six mois après, plusieurs victimes n’ont toujours pas été indemnisées. Une situation que le ministre estime "incroyable" mais qu’il explique. "Ce sont des dossiers administratifs et on sait que cela prend toujours du temps. Après des désastres comme cela, c’est difficile à accepter mais c’est la réalité et nous devons voir où cela bloque. On doit s’y pencher et voir comment le résoudre", ce afin que les personnes touchées soient indemnisées le plus rapidement possible. Une réponse qui a le mérite d’expliquer le pourquoi du problème mais sans offrir le comment d’une solution éventuelle donc.

Plus globalement, dans le sillon des propos tenus dans le même par le procureur fédéral, Fréderic Van Leeuw, Jan Jambon a estimé que la réaction de la société belge face aux attentats avait déjoué les projets des terroristes.

"L’agenda des terroristes est de déstabiliser notre société mais je vois le contraire. Les gens se sont rassemblé pour dire qu’on allait s’opposer aux terroristes", juge celui qui a la compétence des services de sécurité. Les gens ne modifieraient pas leur mode de vie mais se sont juste adaptés et se plieraient de bonne grâce aux nouvelles règles de sécurité, analyse le Limbourgeois.

Plan sécuritaire de la N-VA et état d'urgence: le pourquoi d'un volte-face

Suite à ces mesures justement, sommes-nous mieux préparés aujourd’hui qu’en mars à faire face à telles attaques ? Jan Jambon le pense. "Avec les mesures prises et implémentées, nous avons plus de moyens entre les mains pour éviter des attentats. Mais la sécurité à 100%, cela n’existe pas. Ni chez nous, ni dans nos pays voisins, ni nulle part dans le monde".

Au lendemain des attentats, le titulaire du maroquin de l’Intérieur estimait qu’il n’était pas nécessaire d’instaurer un état d’urgence, comme l’a fait la France. Il estimait même que cela n’était pas dans notre "culture démocratique". Quelques mois plus tard, à la rentrée, la N-VA approuve un programme sécuritaire radical, radical au point d'être avalisé par le Vlaams Belang mais renié par les partenaires de la coalition fédéral. Un programme visant notamment à instaurer un état d’urgence le cas échéant.

Alors pourquoi cette volte-face? "Au moment où l’on m’a posé la question, le plan sécurité en 30 mesures était déjà décidé, j’ai alors dit attendons que ces mesures soient mises à exécution", contextualise notre visiteur. Cependant, selon lui, pendant l’été on aurait constaté un changement dans le mode opératoire des terroristes de l’EI. "Au départ c’étaient des combattants étrangers qui revenaient mais maintenant ce sont des loups solitaires, qui sont déjà dans le pays" qui mènent des attaques ou tentent de le faire.

Dans des circonstances spécifiques, pour la N-VA, il faut donc entre autres, pouvoir arrêter des personnes sans mandat. "Oui, on doit pouvoir arrêter des gens très vite et vérifier ensuite", explique Jan Jambon. Ce avec dans le cadre de gardes à vue rallongées. "Dans un État de droit, on doit avoir cette possibilité", juge le ministre.

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