Commission spéciale "décolonisation": déjà de grosses tensions sur la désignation des experts

Commission spéciale "décolonisation": déjà de grosses tensions sur la désignation des experts
Commission spéciale "décolonisation": déjà de grosses tensions sur la désignation des experts - © Tous droits réservés

Ce jeudi, la dernière séance de la Chambre avant les vacances parlementaires devrait confirmer la création d'une commission spéciale "Décolonisation", censée se pencher sur notre passé colonial au Congo mais aussi au Rwanda et au Burundi, en tirer les leçons pour le présent et l'avenir, comme d'éventuelles réparations et excuses. 

Une commission qui se réunira une première fois formellement ce jeudi avec pour action essentielle de devoir s'entendre sur la liste définitive des experts qui vont travailler cet été à déblayer le terrain pour les députés qui entreront en action, eux, à la rentrée d'octobre. 

Sauf que la constitution de cette liste a déjà donné lieu à des luttes d'influences qui laissent augurer une bien difficile mission de vérité et de réconciliation. 

Guerre des chapelles

Ce ne devrait en effet pas être un "long fleuve tranquille", admettent les futurs députés commissaires. Car la Belgique a du mal à se pencher sur son passé et que aujourd'hui encore, les camps s'opposent pour le relire.

D'où  par exemple depuis plusieurs jours les luttes d'influences autour de la composition de la liste d'une dizaine d'experts qui doivent baliser les travaux parlementaires. Guerre des chapelles, guéguerre des partis pour placer leur candidat, laïcs contre chrétiens, libéraux et socialistes, défenseurs de la monarchie, affrontement des universités aussi, et des organisations belgo-congolaises regrettant de ne pas figurer sur le même pied que les universitaires.

Sous pression, certains experts se désisteraient. Un autre refuse de siéger avec tel collègue... L'objectif ce jeudi sera d'arriver à une liste finale, synthèse pluraliste et équilibrée espèrent les députés. En rappelant que ces experts ont un mandat limité : d'ici octobre, ils vont retracer l'histoire de la colonisation belge, pointer les zones d'ombres à défricher encore, lister les archives disponibles, faire des recommandations. Mais il appartiendra aux députés de  reprendre la main à la rentrée, avec des auditions et surtout un an de travail attendu... 

La diaspora déçue

La diaspora congolaise s'est par exmple dite déçue que la commission Relations extérieures de la Chambre ait demandé un avis au directeur du Musée de l'Afrique centrale et au Directeur général des Archives générales du Royaume, Karel Velle, sur la faisabilité, le fonctionnement et la composition de la commission spéciale sur le passé colonial belge, rapportait De Standaard lundi.

"Au vu du sexisme, du racisme et du mépris dont fait preuve le musée (...) nous sommes d'avis que le musée de Tervuren se prouve incompétent en matière de vérité, réparation, justice et restitutions post-coloniales", déclarent plus de 30 associations belgo-congolaises, belgo-rwandaises et belgo-burundaises, ainsi que des activistes de la diaspora congolaise dans une lettre ouverte adressée entre autres à la commission Relations extérieures.

La diaspora s'est montrée critique au sujet d'un certain nombre de points concrets, au sujet de l'avis de MM. Gryseels et Velle, comme le groupe d'experts proposés. Par exemple, les deux présidents proposés sont des hommes et les deux secrétaires sont des femmes. Les signataires ont également estimé que la diaspora n'était pas suffisamment impliquée et que la voix des victimes n'était pas centrale.

Les critiques sont parvenues à la présidente de la commission Els Van Hoof (CD&V), qui a indiqué qu'elle avait tenu compte des remarques dans le nouveau plan d'approche de la commission, en partie écrit par le Musée de l'Afrique centrale. "Les inquiétudes de la diaspora sont tout à fait prises en compte", assure-t-elle.

Selon Els Van Hoof, le groupe d'expert qui va être présenté cette semaine, comprendra des experts en réconciliation ainsi que des historiens. M. Gryseels pour sa part affirme dans De Standaard qu'il ne s'attendait pas à cette réaction des signataires, ne s'agissant que d'un avis. Il estime encore que le musée coopère bien avec une partie de la diaspora.

 

Les déboulonnements de statues dans le monde : on ne s'arrête pas aux figures coloniales (12/06/2020)

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK