Commission spéciale coronavirus : Yves Coppieters plaide pour un système de santé belge plus "basé la prévention"

Trois experts désignés par la commission spéciale chargée d’évaluer la gestion de la crise du Covid-19 ont présenté vendredi matin leur premier rapport provisoire aux députés. Ils se sont montrés extrêmement critiques sur la gestion de la pandémie par la Belgique, où elle a fait plus de 9000 morts.


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L’épidémiologiste Yves Coppieters (ULB), l’infectiologue Leila Belkhir (UCL) et la consultante en gestion de risque et sécurité Floor Lams ont d’emblée pointé de nombreuses lacunes dans la gestion de cette crise, alors que leur rapport définitif n’est attendu que pour la fin du mois d’août. "Comment se fait-il que l’on ait à ce point minimisé l’épidémie ?", s’est interrogée Leïla Belkhir. "Il existait un plan pandémie, à la suite du virus H1N1. Ce qui nous a surpris, c’est que ce groupe de travail n’a jamais été reconstitué. On s’est retrouvé à devoir improviser pour prendre en charge les patients."


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L’infectiologue a aussi pointé une communication cacophonique. "La communication a été l’un des points les plus catastrophiques. Ça a été la galère dès le début. On ne savait jamais à qui s’adresser et on ne s’y retrouve toujours pas. Il y a beaucoup trop de niveaux de décision", a-t-elle indiqué. "Entre médecins, on a fonctionné avec des groupes Whatsapp. Le premier qui voyait une modification sur le site de Sciensano prévenait les autres", a-t-elle notamment illustré. Mme Belkhir a aussi indiqué que le testing n’était "pas encore optimal du tout."

Il faut avoir un regard critique sur le type d’expert que l’on choisit pour éviter des conflits d’intérêts.

Ce vendredi, Yves Coppieters était l’invité de notre JT de 19h30. Il y a évoqué la commission qu’il a intégrée. "J’ai été agréablement surpris de la rapidité du démarrage de cette commission. On y a un regard critique sur la première vague et on donne des recommandations sur la gestion actuelle de la crise. J’ai mis en avant le problème de la coordination et de la communication. Mais il faut surtout noter qu’il y a un manque de vision pluridisciplinaire. Je pense qu’il faut avoir un regard critique sur le type d’expert que l’on choisit pour éviter des conflits d’intérêts".

Toujours selon l’infectiologue, "certains experts ne représentaient pas la diversité des disciplines qui auraient pu conseiller nos politiques par rapport à de nombreux enjeux. Il fallait plus de gens issus de la société civile".

Revoir notre système de santé

Yves Coppieters a également mis en avant les lacunes de notre système de santé. "On a cru que notre système de santé ne pouvait pas faillir face à ce type de crise. Et pourtant on a été vite dépassés parce que notre système de santé est basé sur les soins et la personne, mais très peu sur la prévention. Il est clair que les pays qui ont le mieux anticipé la crise avaient une vision plus large de la société. On parle de l’Asie avec des pays comme Taïwan ou Hong Kong. D’autres pays européens, comme l'Allemagne, ont mieux géré la crise parce qu’ils ont une vision plus large de la santé. Ce type de commission nous permet donc de décider de quel type de santé on veut pour l’avenir".

Une classe politique à deux vitesses

Dans le cadre de ses missions, l’infectiologue a eu l’occasion de rencontrer le monde politique. "On se rend compte que certains députés veulent aller très vite dans des recommandations. C’est important parce que l’on peut déjà mettre des bonnes pratiques en place. D’autres députés sont plus réticents à ce que les experts énoncent d’emblée des recommandations. C’est un jeu politique qui m’échappe complètement. Mais on sent vraiment que les débats vont être denses parce que les visions sont différentes."


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Yves Coppieters, face à la commission, a aussi demandé que la Belgique puisse poser un regard critique sur le rôle et la gestion de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Floor Lams a pour sa part plaidé pour une gestion uniforme de la crise et appelé à davantage de clarté dans la définition des rôles de chacun, notamment entre les bourgmestres et les gouverneurs de province.

En outre, "il faut un groupe de gestion de crise avec des personnes entraînées à cela", a-t-elle fait valoir, jugeant nécessaire que toute personne appelée à être confrontée à de la gestion de crise puisse recevoir une formation en la matière. La commission a finalement pu se réunir en séance publique, malgré le souhait de certains experts de tenir la séance à huis clos en raison du caractère provisoire des présentations.

Une deuxième partie se déroulera malgré tout portes closes, notamment en vue de désigner un quatrième expert et de définir l’ordre des travaux.

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