Commission de la condition de la femme de l'ONU: Reynders veut "changer la procédure"

La Belgique a-t-elle soutenu l'adhésion de l'Arabie Saoudite à la Commission des droits des femmes de l'ONU?
La Belgique a-t-elle soutenu l'adhésion de l'Arabie Saoudite à la Commission des droits des femmes de l'ONU? - © THIERRY ROGE - BELGA

La Belgique a-t-elle soutenu l'adhésion de l'Arabie Saoudite à la Commission de la condition de la femme de l'ONU (CSW), un organe qui veut promouvoir l'égalité hommes-femmes ? A la Chambre, interrogé sur la question, le Premier ministre Charles Michel a dit "regretter le vote exprimé côté belge", prétextant un manque de temps du côté des diplomates pour voir quelle position adopter. Didier Reynders, le ministre des Affaires étrangères, veut "tout faire pour éviter cela à l'avenir".

En début de semaine, l'information jetait un froid : l'Arabie Saoudite, pays très conservateur et misogyne, devient membre de la Commission des droits des femmes de l'ONU, qui promeut l'égalité des deux sexes. Dans ce pays, les femmes n'ont pas d'existence légale, ne peuvent conduire une voiture, et dépendent de tuteur masculin pour nombres de démarche administratives.

Cette élection a donc provoqué de nombreux remous, et une polémique en Belgique, où certains se demandent quelle a été la position de notre pays. Difficile de connaître la réponse, le vote étant secret qui se déroule au sein du Conseil économique et social des Nations unies.

Un concours de circonstance fâcheux

"Si c'était à refaire, le gouvernement aurait plaidé pour qu'il n'y ait pas le soutien (à l'Arabie Saoudite), il n'y a aucune ambiguité là-dessus. J'ai donné des instructions afin qu'à l'avenir l'appréciation politique de ce type de dossier ait lieu au plus haut niveau", a déclaré le Premier ministre à la Chambre.

Le Premier ministre a évoqué un concours de circonstances fâcheux à l'origine de ce vote, traditionnellement pas requis. Il y a eu un délai de "quelques heures" entre le moment où le ministère a été mis au courant et celui où la réponse devait être communiquée, a précisé le chef du gouvernement, le vote ayant été exprimé par un diplomate.

Un vote sur l'autel du dialogue

Déjà ce mercredi, le groupe Ecolo-Groen a cuisiné Didier Reynders, le ministre des Affaires étrangères, en commission du Parlement. Ce matin, il explique qu'il n'a pas été saisi sur cette question par ses diplomates. Et que la Belgique a appliqué la règle en la matière quand il n'y a qu'un seul candidat pour une seule place. Et quoi qu'il en soit pour Didier Reynders, il vaut mieux maintenir le dialogue avec les Etats, d'autant plus si on n'est pas d'accord avec eux. Une réponse qui n'a pas convaincu Ecolo-Groen, qui a promis de creuser la question.

 "Je comprends les réactions et la commotion suscitées, a déclaré Didier Reynders cet après-midi. Je regrette vraiment cette situation, et veut tout faire pour l’éviter à l’avenir. Comme le Premier Ministre l’a annoncé, j’ai donné instruction aux postes diplomatiques ainsi qu’à mes collaborateurs pour changer la procédure afin que ces situations soient systématiquement portées à la connaissance personnelle du ministre et du gouvernement. Je vais proposer cette procédure au Kern de ce vendredi".

L'opposition maintient la pression

L'opposition écologiste et socialiste ainsi que le PTB ont interpellé le président de la Chambre, Siegfried Bracke, jeudi soir à propos de la responsabilité du ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, dans le vote de soutien à l'Arabie Saoudite. L'opposition a exigé que le ministre Reynders vienne s'expliquer jeudi soir en séance plénière. Elle estime que les déclarations tenues par lui mercredi en commission des Affaires étrangères, la communication envoyée par ses services jeudi en fin d'après-midi, et l'explication du Premier ministre Charles Michel à l'heure des questions ne concordaient pas sur la connaissance par le ministre MR de la position belge au moment du vote. Siegfried Bracke (N-VA) a fait observer que le ministre était actuellement retenu à Luxembourg par une réunion européenne.

Le chef de groupe MR, Denis Ducarme, a dit ne pas voir lui de discordance entre les éléments d'explications fournis ces dernières heures et a invité l'opposition à interroger s'il échet une nouvelle fois le ministre lors de la prochaine réunion de la commission des Affaires étrangères, mardi prochain à 10h15. La N-VA a appuyé ce scénario. A la demande de l'opposition, le président de la Chambre transmettra au président de la commission des Affaires étrangères, Dirk Van der Maelen (sp.a), également absent jeudi, les doléances exprimées au sujet de la réunion de mardi.

Sur les ondes de RTL, Olivier Maingain, député et président de DéFI, ne veut pas accepter de tel compromis. "C'est révoltant! Demander à un pays qui est le bourreau des droits des femmes d'être dans une instance comme celle-là... Les diplomates vont nous dire: il vaut mieux dialoguer. A un moment, il y a des signes forts à donner. Quand on veut faire respecter les valeurs universelles qui sont les nôtres, il y a des compromis que l'on ne fait pas. La manière dont Didier Reynders fuit la question de savoir quel a été le vote de la Belgique n'est pas acceptable."

Scandalisées!

Le conseil des femmes francophones est "scandalisé" par l'arrivée de l'Arabie Saoudite au sein de la commission de la condition de la femme des Nations Unies (CSW), a réagi jeudi sa présidente Viviane Teitelbaum, également échevine MR à Ixelles. Elle se dit cependant "soulagée" par les regrets exprimés par le Premier ministre Charles Michel.

"La Belgique est généralement active pour défendre les droits des femmes et s'exprime à ce sujet, j'ai donc été surprise d'apprendre qu'elle avait été favorable à l'entrée au sein de la commission d'un pays qui n'a aucune considération pour les femmes et bafoue continuellement leurs droits. J'ai d'abord cru que ce n'était pas possible", a commenté Viviane Teitelbaum auprès de l'agence Belga.

La présidente du conseil des femmes francophones, membre du même parti que le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, est cependant "soulagée" des regrets exprimés par le Premier ministre à la Chambre. "C'était une erreur, mais je suis rassurée d'apprendre que le vote ne résultait pas d'une demande du gouvernement aux diplomates et que des procédures vont être mises en place", a-t-elle dit.

Viviane Teitelbaum constate des "reculs, des remises en cause des droits des femmes partout, même en Europe". "Il est dès lors important de défendre ces droits et de dénoncer des pays comme l'Arabie Saoudite. Il ne faut pas se contenter de regretter, il faut se montrer attentif, partout et tout le temps", a-t-elle conclu.

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