Commission d'enquête Kazakhgate: le président de la commission accuse Didier Reynders

Le président de la commission d'enquête parlementaire Kazakhgate, Dirk Van der Maelen (sp.a), considère "sur la base d'indices", que le vice-premier ministre Didier Reynders et le "réseau bleu MR" sont responsables dans l'affaire du Kazakghate. En effet, pour Dirk Van Der Maelen, Didier Reynders aurait permis l'accélération de l'évolution de la législation sur la transaction pénale élargie au profit des intérêts du milliardaire kazakh Patokh Chodiev.

"Je n'ai pas de 'smoking gun', il n'y a pas de preuves mais des indices", a indiqué Van der Maelen lors d'une conférence de presse au cours de laquelle il a présenté un "rapport alternatif" aux conclusions de la commission d'enquête jugées décevantes.

"J'ai commencé cette commission avec l'espoir de protéger la Belgique contre l'influence de certains secteurs et des hommes riches et je constate que la N-VA, le MR, le CD&V et l'Open VLD refusent de prendre ces mesures pour nous protéger. Je ne peux en aucun cas garantir que ce genre d'histoire ne se répétera pas", a également confié le président de la commission d'enquête. 

La commission d'enquête Kazakghate a dénoncé dans son rapport un certain nombre de constats et d'appréciations concernant l'immixtion de la France dans une affaire judiciaire en cours en Belgique et le rôle joué à cet égard par Armand De Decker. Au cours de cette affaire, le nom de Didier Reynders, à l'époque ministre des Finances, a été cité à plusieurs reprises. Comme les autres principaux ministres du gouvernement Leterme, il est venu s'expliquer en commission.

Pas de griefs retenus contre Reynders

Lui et son entourage ont replacé l'évolution de la législation sur la transaction pénale élargie dans le contexte de la crise institutionnelle de 2010-2011 et de la pression de l'OCDE qui ont abouti à un couplage politique de la mesure avec l'assouplissement de la levée du secret bancaire. Fait inédit, le roi Albert II avait chargé le gouvernement en affaires courantes de constituer un budget et une opportunité a vu jour permettant de faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat. La commission d'enquête n'a pas retenu contre Reynders de griefs dans ses conclusions.

Son président a cependant une nouvelle fois évoqué jeudi un contact qu'ont eu l'avocate Catherine Degoul, chargée de mission dans la cellule élyséenne, Armand De Decker et Didier Reynders, au Sénat. Ce dernier avait confirmé lors de son audition l'existence du contact mais souligné qu'il avait porté sur l'homme politique congolais Jean-Pierre Bemba. Dirk Van der Maelen fait lui état de la correspondance ultérieure de Catherine Degoul mentionnant auprès de l'Elysée son contact avec ses "amis du nord" et ensuite avec "monsieur C." (Chodiev, selon Van der Maelen) sur des problèmes financiers (le clan Chodiev ne payait pas). Il mentionne aussi un courriel de Catherine Degoul avec Reynders et De Decker en copie. L'actuel ministre des Affaires étrangères a nié avoir jamais reçu ce courriel.

CD&V également accusé

Dirk Van der Maelen (sp.a) égratigne également, en y voyant des "preuves" cette fois, le CD&V, coupable à ses yeux d'avoir entretenu au cours des années précédant 2011 des liens étroits avec les diamantaires anversois et le pouvoir judiciaire local en vue de faire émerger des solutions législatives visant à sortir ce secteur de difficultés judiciaires et économiques. Il regrette particulièrement que la majorité siégeant au sein de la commission d'enquête a refusé de recommander la mise en place en Belgique d'un registre des lobbies, comme le préconise le GRECO, l'instance anti-corruption du Conseil de l'Europe.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK