Commission attentats: les conclusions ne seront pas disponibles pour le 22 mars

Le mandat de la commission présidée par Patrick Dewael recouvre les attentats qui ont frappé la Belgique le 22 mars 2016 et Paris en novembre 2015.

Mais un an après les attentats, les questions demeurent nombreuses et les réponses ne viendront pas tout de suite de la commission attentats chargée de faire la lumière sur ces attaques. La raison est simple, les conclusions des commissaires ne sont pas prêtes.

Le timing ne sera pas respecté

Selon les députés qui siègent dans la commission attentats, tout ceci s’explique par le nombre d’auditions très important réalisées depuis le mois d’avril dernier. Une autre explication est que certains acteurs ont dû venir à plusieurs reprises devant la commission pour répondre à des demandes réitérées de précisions. La Commission désire donc prendre le temps nécessaire et l’objectif initial de rendre ses conclusions pour le 22 mars ne pourra pas être atteint.

Pour s’en expliquer, Laurette Onkelinx (PS) explique que la commission a eu accès à des documents confidentiels et que les élus ont multiplié les auditions. "Cela nous a permis de pointer vraiment les problèmes, avec des témoignages parfois contradictoires."

L’enjeu: mieux protéger les citoyens

Georges Dallemagne (cdH) ajoute qu’il reste un volet sur lequel la commission attend des auditions capitales. "C’est le dossier radicalisme. La date de fin avril est la plus probable aujourd’hui, mais il s’agit de travailler convenablement, d’avoir des constats solides et des recommandations claires puisque l’enjeu c’est de mieux protéger les citoyens."

Ce mercredi après-midi la commission Attentats entendra le directeur de la grande mosquée de Bruxelles qui viendra expliquer le financement de celle-ci.

Les services belges ont-ils fait leur boulot?

La commission d'enquête parlementaire s'aventurera dans les semaines qui viennent sur un terrain mouvant. Elle doit s'accorder sur des constats et des recommandations concluant le deuxième volet de son mandat consacré à l'architecture de sécurité. Le sujet est particulièrement sensible puisqu'il vise la façon dont les services belges ont appréhendé la menace terroriste ces dernières années. 

Les commissaires ont tenté de mieux cerner l'action des services de sécurité et de renseignement, ainsi que de la justice. Ils se sont notamment penchés sur les cas de deux duos terroristes, les frères Abdeslam et les frères El Bakraoui, auxquels s'est ajouté le cas d'Oussama Atar, ressortissant belgo-marocain emprisonné pendant plusieurs années en Irak et soupçonné d'être l'un des cerveaux des attentats (une accusation dont il se défend).

Les auditions les concernant se sont déroulées à huis-clos et ont donné lieu à une grande discrétion. Des questions majeures se posent pourtant: toutes les informations ont-elles été traitées avec l'attention nécessaire? Les services auraient-ils pu détecter à temps la radicalisation de plusieurs individus et d'éventuels signaux de passage à l'acte? La police fédérale a-t-elle traité comme il le fallait les dossiers qu'elle a reçus de la police locale et, surtout, disposait-elle des moyens pour le faire alors que le nombre de départs vers la Syrie s'envolait? Les structures étaient-elles adaptées et certains services n'ont-ils pas été vidés de leur substance? Les autorités belges n'ont-elles pas été imprudentes quand elles ont approché Oussama Atar, emprisonné en Irak, et l'ont-elles suffisamment surveillé quand il est revenu en Belgique?

Jan Jambon et l'officier de liaison

Une autre question a quant à elle connu une médiatisation considérable. Le 25 mars, le ministre de l'Intérieur, Jan Jambon, a accablé l'officier de liaison de la police fédérale à Istanbul, l'accusant d'avoir manqué de proactivité et d'implication dans le dossier du transfert de Turquie d'Ibrahim El Bakraoui, l'un des kamikazes de Zaventem. Les auditions à huis-clos et en public n'ont manifestement pas convaincu tout le monde de cette thèse, pourtant maintenue par le ministre, et n'ont pas fait apparaître de faute dans le chef du policier.

Majorité et opposition tirent des constats différents

Il semble peu probable que majorité et opposition puissent s'entendre sur ce point. Pourraient-elles s'entendre sur d'autres éléments? L'enjeu est important car il touche des événements qui ont considérablement ébranlé le pays et mobilisé l'appareil de l'Etat comme il le fut rarement dans toute son histoire. Il est probable que de part et d'autre l'on cherchera à ne pas paraître enfermé dans des jeux politiques. Mais il est question de responsabilités considérables et le choix des mots, des formules ou la désignation de personnes prendra les allures d'un travail d'équilibriste qui ne pourrait pas satisfaire tout le monde.

Au début du mois d'août, dans la torpeur estivale, la commission s'était accordée sur un rapport intermédiaire qui visait l'action des services de secours le 22 mars. Plusieurs questions épineuses se posaient pourtant, comme celle du déclenchement de la phase fédérale du plan d'urgence après le premier attentat à l'aéroport. Elle fut d'abord jugée tardive avant que la formulation ne soit revue en "a pris du temps". La décision de la fermeture du métro qui en découlait et sa communication qui n'est jamais arrivée à la Stib ont suscité de longs débats. Plusieurs recommandations ont été faites, dont la nécessité d'une communication directe du centre fédéral de crise aux instances concernées ou l'intégration des plans d'urgence. Il est également apparu que le plan d'urgence de l'aéroport de Bruxelles ne disposait pas d'un volet "terrorisme" particulier et que la coordination des secours y avait été confuse, au contraire du métro bruxellois qui s'était préparé à l'éventualité d'un attaque terroriste après les attentats de Londres en 2005.

Prochaine étape, le volet du radicalisme

Le troisième volet du mandat de la commission est consacré au radicalisme. L'audition d'un représentant de la Grande Mosquée du Cinquantenaire a constitué assurément le point d'orgue des travaux jusqu'à présent. De nombreuses questions demeurent sur le rôle joué par cette institution emblématique mais dont le rôle dans la diffusion d'un islam rigoriste, influencé par l'Arabie saoudite, est controversé. Une nouvelle audition aura lieu ce mercredi 15 mars.

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