Commission "Attentats": dans un document de travail, l'agent de liaison à nouveau critiqué

La commission "Attentats" est en mode "relecture". Les huis-clos s’enchaînent pour mettre la dernière main au rapport intermédiaire consacré à la sécurité et aux services de renseignement. L'une des pierres d'achoppement entre membres de la commission concerne le cas de Sébastien Joris. Cet agent de liaison belge en Turquie a été accusé, très rapidement, par le ministre de l'Intérieur Jan Jambon, d'avoir failli dans le suivi d'Ibrahim El Bakraoui. Ce dernier avait été arrêté en Turquie alors qu'il était en liberté conditionnelle et expulsé par les Turcs vers les Pays-Bas, d'où il a disparu. Il refera surface le 22 mars 2016, à l'aéroport de Zaventem, en kamikaze. 

La RTBF a pu se procurer des extraits du document de travail de la commission, le rapport intermédiaire est donc toujours en cours de fignolage. Deux types de constat figurent dans ce document de travail : à charge et à décharge de Sébastien Joris. 

À décharge...

C'est la phrase que les défenseurs de Stéphane Joris retiendront : "La Commission d‘enquête constate que l’officier de liaison a respecté les règles en vigueur." Par ailleurs, la Commission constate que Sébastien Joris devait réaliser un "travail considérable". "Il est apparu que [Sébastien Joris] devait traiter simultanément 300 dossiers et 1700 messages."

La Commission note également que l'officier de liaison n'avait pas accès à la Banque de données nationale, ce qui aurait permis à Sébastien Joris de prendre connaissance des conditions liées à la mise en liberté conditionnelle d'Ibrahim El Bakraoui. Enfin, la Commission prend acte "des problèmes esquissés en matière de coopération policière entre la Belgique et la Turquie." Mais ce n'est pas tout...

... et à charge

La Commission dresse quatre constats. Le premier ne concerne pas directement Sébastien Joris, mais l'assistante de liaison qui "n'a pas totalement traduit le message transmis par les autorités turques. Dans le message traduit, il n’est fait aucune allusion au terrorisme. Dès lors que ni l’officier de liaison, ni la DJSOC/Terro [Unité centrale anti-terrorisme de la police fédérale] n’ont pu prendre connaissance du message rédigé en turc – dans lequel figure le terme turc 'terör', leur attention ne s’est pas portée sur le contexte de l’arrestation d’El Bakraoui."

Deuxièmement, et là, ça concerne directement Sébastien Joris : pour la Commission, "l’officier de liaison aurait pu lui-même s’enquérir auprès de la DJSOC/Terro des conditions dont était assortie la libération d’El Bakraoui. L’officier de liaison savait qu’il s’agissait d’une personne qui avait bénéficié d’une mesure de libération conditionnelle, après avoir été condamnée pour des infractions graves puis arrêtée à la frontière turco-syrienne. Même si la DJSOC/Terro a communiqué qu’elle n’était pas connue de ses services pour des faits de terrorisme, la commission d’enquête considère qu’il n’est pas irraisonnable de présumer que l’officier de liaison aurait pu spontanément se demander si, en l’occurrence, il ne pouvait être question de non-respect des conditions liées à la libération conditionnelle."

Dans le même ordre d'idées, "l’officier de liaison aurait pu demander des informations complémentaires aux autorités turques dès le 15 juillet 2015, alors qu’il ne l’a fait que le 20 juillet 2015. Bien que l’officier de liaison indique que la police n’aurait probablement pas répondu à sa question, en raison de la fin du Ramadan et du week-end qui a suivi, il n’existe aucune certitude à ce sujet. Il admet d’ailleurs que la question aurait été posée plus tôt s’il n’avait pas été en vacances."

Et enfin, dernier élément, en lien avec le précédent : "la Commission d’enquête constate que, durant ses vacances, l’officier de liaison a suivi ses dossiers jusqu’à un certain point. Il aurait été préférable soit de continuer à suivre tous les dossiers, soit de profiter pleinement des vacances et de prendre les arrangements nécessaires pour le suivi des dossiers."

"Bouc émissaire ?"

Sébastien Joris sera-t-il pointé comme responsable par la Commission ? Les débats sont vifs, à ce propos, au sein de la Commission. Ces extraits que nous diffusions, obtenus à bonne source, sont encore en discussion. Ce vendredi matin sur les ondes de La Première, le membre Ecolo de la Commission Gilles Vanden Burre évoquait la volonté du président de la Commission Dewael d'arriver "à un consensus sur le texte". Selon l'élu vert, l'objectif de la commission est de "pointer des responsabilités en termes de fonctionnement, de services. Mais ce ne sera pas la faute de monsieur X ou de madame Y, qui de sa propre initiative, a amené à une situation qui a donné les attentats".

Jeudi soir, sur le plateau de l'émission "Jeudi en prime" sur La Une, le responsable de la "CSC police" Stéphane Deldicque avait été très clair : "J'ai presque envie de mettre en garde certaines personnes (...) On ne touche plus à l'honorabilité, à l'intégrité de Sébastien [Joris]. (...) J’espère vraiment que ce que nous aurons dans le rapport sera la réalité des faits. Sébastien a été entendu deux fois, même en audience publique. Il n'a rien à se reprocher. Il referait la même chose." Stéphane Deldicque conclut en espérant que Sébastien Joris ne devienne pas un "bouc émissaire".

Le rapport est attendu pour la fin du mois de juin.

Sujet du JT 13h du vendredi 19 mai:

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