Comment s'explique la pénurie de généralistes?

Comment s'explique la pénurie de généralistes ?
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Comment s'explique la pénurie de généralistes ? - © Tous droits réservés

A partir de quand peut-on parler de pénurie de généralistes ? Lorsqu’il y a moins de 90 médecins pour 100.000 habitants. La situation actuelle est contrastée entre Bruxelles et la Wallonie. On parle même de « pénurie sévère » lorsqu’il y a moins de 50 médecins pour 100.000 habitants. Et la situation, actuellement, est très contrastée entre la Wallonie et Bruxelles.

À politique inchangée, Bruxelles connaîtra une pénurie

Sur la carte ci-dessous, provenant d’un rapport de l’Observatoire de la santé et du social de Bruxelles, les zones en rouge sont en pénurie, actuellement. La zone au nord-est est assez peu peuplée, le sud-ouest anderlechtois un peu plus. Cependant, « pour le moment, dans un rayon de 500 mètres, la plupart des Bruxellois ont le choix entre plusieurs médecins », indiquent Sarah Missinne et Sarah Luyten, deux chercheuses de l’Observatoire de la santé et du social.

Néanmoins, à politique inchangée, les estimations actuelles montrent que Bruxelles sera en légère pénurie (80 médecins pour 100.000 habitants) en 2027 et frôlera la pénurie sévère en 2037 (56 médecins pour 100.000 habitants).

La Wallonie manque cruellement de médecins

Les zones oranges et rouges visibles sur la carte de la Wallonie ci-dessous représentent une pénurie, les zones noires une pénurie grave.

Cette carte date de 2016. Depuis, de nouveaux chiffres de l’AVIq, l’agence wallonne pour une vie de qualité, sont disponibles : en 2017, pas loin d’une ville ou commune wallonne sur deux est en situation de pénurie : 144, soit 25 de plus que sur cette carte. Et parmi ces entités en pénurie, 52 sont en pénurie grave, c’est 44 de plus qu’un an auparavant.

Comment en est-on arrivé là?

L’histoire a commencé par l’instauration du « numerus clausus » en 1997. Chaque année, un nombre précis de numéros INAMI est déterminé, par communauté, par la « Commission de planification », un organe fédéral. La Flandre met, à l’époque, directement en place un examen d’entrée pour accéder aux études de médecine, pas les francophones. Entre 2004 et 2011, seuls 700 numéros INAMI (pour toute la Belgique, 420 au nord, 280 au sud) ont été délivrés.

« Ceci est à rapprocher de l’ampleur des cohortes qui vont bientôt limiter leur activité (en raison de leur âge), puis prendre leur retraite : de 1975 à 1993, plus de 1000 étudiants obtenaient leur diplôme chaque année, avec un pic entre 1350 et 1450 de 1978 à 1986 ; ce phénomène, dit de 'bosse démographique', pèse sur l’évolution en cours », note ainsi l’Académie royale de médecine de Belgique en 2007.

La commission de Planification a manqué le coche, à ses débuts. Il a fallu mettre au point de nouveaux modèles de planification, tenant mieux compte d’éléments « comme la croissance et le vieillissement de la population et, pour les études universitaires, de l’amélioration de la mortalité, de la croissance de la féminisation et des taux de rétention en soins curatifs », indique encore l’Académie royale de médecine de Belgique en 2007.

Conclusion

Il y a donc moins de praticiens et ils sont de plus en plus âgés. Côté francophone, l’un des axes de travail pour augmenter le nombre de généralistes a été de faire évoluer le « sous-quota généraliste » : précédemment, seuls 32% des numéros INAMI fournis au sud du pays étaient réservés aux généralistes. Il a fallu attendre un certain temps, mars 2018, pour relever ce sous-quota à 43%.

Notons également que le numerus clausus a eu un « effet dissuasif plus marqué sur les étudiants de sexe masculin que sur les étudiants de sexe féminin », selon l’Académie royale de médecine. Une fois au travail, il a été constaté tant pour les hommes que pour les femmes que les heures prestées étaient moins importantes que celles des médecins plus âgés. Ce phénomène s’explique par le succès grandissant, au sein de la profession, des maisons médicales (d’une trentaine au début à 82 l’an dernier, selon l’AVIq), avec donc des horaires « de bureau », pour les médecins, et un encadrement complet (infirmerie, secrétariat, etc.). Et ça va encore augmenter.

Au final, les médecins qui pratiquent en solo, en zones rurales, vont encore plus se raréfier. Il y a une série de mesures mises en place, essentiellement pécuniaires, avec trois types d’aides « impulseo », qui rencontrent un succès limité. Alors que faire ? Bonne question.

Plus de départs à la retraite que d’arrivées de nouveaux généralistes, moins d’envie de pénibilité, moins d’heures de travail, la pénurie ne peut que s’accentuer, une pénurie grave dans les zones (semi-) rurales (sud-namurois, sud-Luxembourg). Et la guerre politique fédéral-francophone à propos des numéros INAMI n’arrange strictement rien. Mais la faute originelle est du côté du numerus clausus, de la non-anticipation des changements de comportement des médecins.

Archives: Soir première 29/01/2019

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