Comment les Wallons financent le Vlaams Belang : le bon filon des partis qui se présentent au nord et au sud du pays

60.000 euros par an, c’est la somme que le Vlaams Belang reçoit grâce à ses électeurs wallons. Le débat sur le financement des partis ressurgit régulièrement. C’est le cas dernièrement en Flandre, via le financement de la campagne personnelle de Sihame El Kaouakibi, élue Open Vld. A cette occasion, Ivan De Vadder, journaliste politique à la VRT s’est repenché sur la question et il a donc déterré ce chiffre : 60.000 euros.

Rétroactes. Lors des élections fédérales de 2019, le parti d’extrême droite présente des listes dans toutes les circonscriptions du sud du pays. C’est une première, même si le parti s’était déjà présenté dans le Hainaut ou le Brabant wallon par le passé.

Le Vlaams Belang ne dépose aucune liste complète (il ne présente par exemple qu’un seul candidat effectif dans les circonscriptions du Luxembourg, de Namur et du Brabant wallon), la plupart des candidats n’ont aucun ancrage local, et le parti ne fait pas campagne en Wallonie.

Pourquoi ce parti séparatiste se présente-t-il au sud du pays? Pour l'argent

Mais pourquoi donc ce parti nationaliste, séparatiste, et anti-wallon se présente-t-il de l’autre côté de la frontière linguistique ? Pour l’argent, pardi !

Le président, Tom Van Grieken, présentait la démarche comme un acte de protestation, une manière de critiquer le fait que des électeurs francophones des six communes à facilités de la périphérie bruxelloise puissent encore voter pour des partis francophones à Bruxelles. Mais la démarche était en fait plus intéressée, et elle était sans doute inspirée… du PTB.

Une démarche inspirée... du PTB et de Défi

En 2019, le PTB venait d’obtenir gain de cause dans un combat qu’il menait depuis les élections fédérales de 2014. Le parti unitaire PTB-PVDA s’était alors présenté au sud comme au nord du pays. Il avait obtenu deux sièges en Belgique francophone mais aucun en Flandre. Il défendait depuis l’idée qu’il pouvait bénéficier d’une dotation publique pour les voix obtenues en Flandre, même s’il n’y avait décroché aucun élu.

L’enjeu était de taille : les voix flamandes lui permettaient de gagner 350.000 euros supplémentaires, une somme énorme pour un parti qui, jusque-là (2014) n’avait pas d’élus et donc pas de dotation publique. En 2019, donc, le PTB-PVDA remporte la bataille, et le gros lot, tout comme Défi, engagé dans un combat similaire.

D'autres partis utiliseront-ils la même stratégie?

Et c’est donc à ce moment-là (2019), inspiré par les deux partis qui lui sont le plus opposés, que le Vlaams Belang décide de se présenter au sud du pays. Le parti obtiendra 18.077 voix wallonnes, des voix qui lui permettront donc de gonfler sa dotation de 60.000 euros supplémentaires par an. Pour le parti d’extrême droite, c’est une manière de rétablir les transferts d’argent entre le nord et le sud du pays.

Pour ce faire, il devient donc, assez ironiquement, le deuxième parti national en Belgique, après le PVDA-PTB. D’autres partis utiliseront-ils la même stratégie pour gonfler leur dotation ? Rien n’interdit au PS, au MR ou au CD&V, par exemple, de faire pareil. Sauf que, dans leur cas, cela irait à l’encontre de l’intérêt de leur parti frère de l’autre communauté.

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