Comment les partis flamands ciblent leurs publications Facebook pour s'attirer de nouveaux électeurs

"Vous êtes fans de la N-VA et lisez Het Laatste Nieuws ? Alors le Vlaams Belang vous cible sur Facebook." Voilà ce que dévoile une vaste enquête menée par la VRT et De Tijd, publiée ce samedi matin. Ces derniers mois, les partis politiques flamands ont utilisé la publicité personnalisée de façon massive sur Facebook. Grace à un échantillon de 1500 publicités, les deux rédactions ont pu relier les intérêts des électeurs au parti qui le ciblait.

Quand la N-VA visait les jeunes scouts bloqués par une grève de trains

À quoi bon imprimer des milliers de "toutes-boites" quand on peut directement cibler l'électeur potentiel ? Pour les partis politiques flamands, comme pour la majorité des entreprises présentes sur Facebook, il ne s'agit plus d'atteindre plus de gens, mais d'atteindre mieux les gens. Au niveau politique, il faut donc cibler ceux qui ont une chance de voter pour un parti donné. Autrement dit, et en caricaturant un peu, le Vlaams Belang n'a pas à perdre son temps à essayer de convaincre un électeur de Groen de voter pour lui. Ainsi, la N-VA, Groen, le PVDA, le CD&V, l'Open VLD ou le Vlaams Belang ont tous utilisé cette technique de la publicité ciblée en vue des prochaines élections communales mais aussi législatives.

Le premier critère est forcément la localité, d'autant plus en cette période d'élections communales. On apprend ainsi que la N-VA d'Anvers a abondamment usé des publications ciblées sur la localité de Bart De Wever. Mais la N-VA ne s'est pas arrêté là. L'enquête a retrouvé une vague de publications qui ont précédé une grève des cheminots de cet été. Le message était adressé aux utilisateurs de Facebook de plus de 13 ans et qui s'étaient montrés intéressés par l'organisation de jeunes catholiques flamands Chiro. Le parti visait donc clairement les jeunes (et leurs parents) qui comptaient partir en camp scout. "Dans les prochains jours, des dizaines de jeunes se rendent en camp mais la grève du syndicat socialiste va leur gâcher la fête", annonçait la publication du parti nationaliste. 

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Capture d'écran d'une publication ciblée de la N-VA à destination de scouts bloqués par une grève de train. © Capture d'écran Facebook
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Comment les partis flamands ciblent leurs publications Facebook pour s'attirer de nouveaux électeurs © Tous droits réservés

Plus surprenant encore, il apparaît dans l'enquête que certains partis ont directement ciblé les électeurs d'autres partis pour tenter de les rallier à leur cause. Ainsi, l'Open VLD a publié une cinquantaine de messages à destination des électeurs de Groen qui se déclaraient intéressés par les énergies renouvelables. Autre exemple provenant du parti libéral flamand, des publications à destination des électeurs de la N-VA intéressés par la réforme des pensions ou celle des impôts sur les sociétés. Dans ces deux exemples, l'Open VLD tente de se réapproprier ses électeurs, plutôt progressistes et libéraux sur le plan économique.

Le Vlaams Belang lorgne sur les électeurs de la N-VA

Pour le Vlaams Belang qui a perdu beaucoup d'électeurs au profit de la N-VA lors des derniers scrutins, il s'agit de récupérer ces voix. Ainsi, sur 170 publications dirigées différentes, 40 visaient des utilisateurs de Facebook intéressés par la N-VA. Une dizaine étaient même destinées exclusivement aux "followers" de Bart De Wever en personne. Les sujets référencés par le parti d'extrême droite étaient l'asile et la migration, la construction de mosquées, le port du voile à l'école et la pauvreté. Enfin, pour s'assurer une large couverture pour leurs publications, le Vlaams Belang s'est assuré de cibler les lecteurs du Het Laatste Nieuws et Het Nieuwsblad, les deux journaux les plus populaires de Flandre. 

La VRT explique que cette stratégie semble avoir marché. Le nombre de "likes" du Vlaams Belang sur Facebook a triplé en un an, de 80.000 en septembre 2017 à 224.000 aujourd'hui. Le parti d'extrême droite est même devenu le parti flamand le plus populaire sur Facebook.

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