Comment constitue-t-on un cabinet ministériel ?

Que ce soit pour entourer le Premier ministre au 16 rue de la Loi ou dans les autres cabinets ministériels, ceux que l'on surnomme les "cabinettards" sont nombreux.
Que ce soit pour entourer le Premier ministre au 16 rue de la Loi ou dans les autres cabinets ministériels, ceux que l'on surnomme les "cabinettards" sont nombreux. - © OLIVIER MATTHYS - BELGA

L’entrée en fonction d’un nouveau gouvernement et l’arrivée de nouveaux ministres nécessite la constitution de nouvelles équipes au sein des cabinets ministériels. Qui sont ces " cabinettards ", combien sont-ils ? Comment sont-ils choisis ?

Du chauffeur au chef de cabinet, un ministre s’entoure de collaborateurs qui l’aident dans la préparation et la mise en œuvre de la politique qui doit être menée. On estime qu’il y a, par cabinet, entre 50 et 80 personnes, dépendant de l’importance du ministère. Un vice-Premier ministre, ministre de l’Emploi, par exemple, aura besoin de collaborateurs pour travailler sur les dossiers liés à l’emploi, mais il aura aussi besoin de garder un œil attentif sur les autres politiques gouvernementales et s’entourera donc de personnes supplémentaires qui pourront l’aider dans cette optique.

Les "cabinettards", plutôt jeunes et efficaces

Chaque ministre reçoit un budget pour le fonctionnement de son cabinet. Cela lui permet d’engager un certain nombre de collaborateurs. Plusieurs solutions s’offrent à lui pour recruter ces collaborateurs. On peut cependant dégager certains points communs entre les "cabinettards". "Ce sont des gens généralement très engagés", explique Marie Göransson, Professeur en Management public à l’ULB. Les membres des cabinets ministériels sont plutôt jeunes. "On les recrute car ils ont une capacité de travail, ils sont rapides. C’est un travail excitant. On est tout près de la décision. Les décisions se prennent à votre niveau quand vous êtes au cabinet, vous allez défendre des points. Donc, il y a une forme de proximité au pouvoir qui attire aussi très fort les jeunes", explique Marie Göransson. Il y a aussi des collaborateurs un peu plus âgés, plus expérimentés. "Aujourd’hui, ce sont des gens qui ont 40-45 ans qui vont avoir les postes de chefs de cabinets. Et ces personnes-là, en réalité, elles travaillent pour le parti et sont proches du parti", poursuit Marie Göransson. Il est fréquent que certains de ces collaborateurs occupent ensuite des postes importants dans l’administration ou des organes publics après leur passage en cabinet ministériel. "Il y a des personnes à la tête des organisations publiques dont on sait qu’elles ont eu des trajectoires au sein de divers cabinets. C’est comme ça que ça se joue aujourd’hui. C’est la récompense, in fine. Vous avez travaillé en cabinet, c’est un travail très intense, il faut être disponible. Après, ce sont aussi des gens très capables, parce qu’ils ont travaillé sur divers dossiers, ils ont une capacité de travail importante, ils sont très au fait des processus politiques et sont sensibles aux stratégies politiques qui prennent place et sont de bons candidats pour des postes de hauts fonctionnaires", explique Marie Göransson. Par exemple, Luc Coene, qui avait fait une partie de sa carrière à la Banque Nationale avait été recruté comme chef de cabinet de Guy Verhofstadt entre 1999 et 2003. Après son passage au cabinet, il avait été désigné au poste de vice-gouverneur, puis gouverneur, de la Banque Nationale.

Fournis par les partis, issus de l’administration, experts de la société civile…

Une partie des "cabinettards" proviennent du parti auquel le ministre appartient. Selon les partis, il y a la possibilité de bénéficier de conseillers. Ceux-ci viennent, par exemple, du centre d’étude du parti. Au PS, par exemple, l’IEV, l’Institut Emile Vandervelde, le centre d’étude du parti est un vivier d’éminences grises pour les cabinets des ministres socialistes. Ils sont souvent des spécialistes de l’une ou l’autre matière. Ils permettront aussi de faire le lien avec le parti d’où vient le ministre. Il est fréquent de les retrouver de gouvernement en gouvernement au service des différents ministres membres d’un même parti.

Ensuite, il y a les proches du ministre. Celui-ci les connaît, il a parfois déjà travaillé avec eux dans un autre cabinet ministériel ou a collaboré avec eux dans son arrondissement électoral. Ce sont ses personnes de confiance.

Il y a aussi la possibilité de recruter au sein de l’administration. Ce sont des fonctionnaires détachés. Ils restent payés par leur administration d’origine, mais percevront en plus une prime pour le travail presté au sein du cabinet ministériel. Selon les cabinets et selon les matières, il y aura plus ou moins de fonctionnaires détachés. Des partis qui ont une longue tradition de pouvoir, comme le CD&V ou le PS trouveront probablement aussi plus facilement des relais dignes de confiance au sein des administrations et y puiseront des effectifs pour le cabinet d’un ministre. "Certains disent que c’est bien, parce que ça permet la continuité des dossiers, que ce sont des bons relais et des gens experts, etc. Cependant, le détachement fait des dégâts. Le fonctionnaire détaché sera ou ne sera pas remplacé. Il y a aura une personne faisant fonction. Quelle place aura celle-ci lorsque la personne détachée reviendra ? En plus cela fait des trous dans l’organisation. On prend les personnes les plus compétentes pour être détachées. Ensuite, quand ces personnes reviennent, elles sont colorées politiquement. Le détachement appauvrit l’administration, la désorganise et la colore politiquement", estime Marie Göransson, professeur de Management public à l’ULB.

Enfin, la dernière source de recrutement pour les cabinets ministériels, ce sont les experts qui viennent de la société civile. Ils peuvent être engagés à temps plein au cabinet. Parfois, ils ont un emploi à temps partiel ou sont chargés d’une mission dans un cadre précis. Ils apportent au ministre leur expertise sur un sujet ou leur regard sur une matière. En retour, travailler pour un cabinet constituera pour eux une expérience professionnelle supplémentaire.

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