Combien de temps faudra-t-il attendre avant que le vaccin produise ses effets ?

Le début de la campagne de vaccination en Belgique et dans le reste de l’Europe fait naître l’espoir d’un retour progressif à la normale. Si certains espèrent déjà une fin prochaine des mesures sanitaires, il est important de rappeler que la campagne de vaccination sera très longue.

En Belgique, la vaccination se déroulera par phases successives. La première phase concernant les résidents et le personnel soignant des maisons de repos débute ce 28 décembre et s’étendra jusqu’au mois de mars. Viendront ensuite les travailleurs du secteur médical, en première ligne dans cette épidémie. En mai, les doses seront administrées aux personnes de plus 65 ans et aux patients présentant un risque accru de développer une forme aiguë de la maladie. La vaccination des personnes plus jeunes devrait débuter cet été.

L’épidémiologiste Pierre Van Damme, membre du groupe qui détermine la stratégie vaccinale, déclare aujourd’hui espérer avancer la phase de vaccination des plus jeunes avant l’été. Quoi qu’il en soit, il faudra patienter encore plusieurs mois avant d’atteindre la couverture vaccinale de 70% de la population, considérée comme nécessaire pour espérer maîtriser l’épidémie.


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La campagne de vaccination apportera tout de même quelques bénéfices avant d’atteindre cette couverture vaccinale et il faut, à ce titre, établir une différence entre les effets au niveau individuel et les bénéfices collectifs du vaccin.

Réaction immunitaire optimale quelques semaines après la première injection

Le premier vaccin administré en Belgique (Pfizer-BioNtech) doit être injecté en deux doses, à trois semaines d’intervalle. "On peut dire que la réaction immunitaire chez l’individu vacciné est optimale après cinq à six semaines", explique Yves Coppieters, épidémiologiste à l’ULB. Mais l’immunité individuelle semble déjà renforcée dès la première dose précise Michel Goldman, immunologue à l’ULB, et "toutes les données dont on dispose montrent que les 90 à 95% de protection dont on parle ont été mesurées deux semaines après la deuxième injection", ajoute-t-il.

Les premiers effets positifs du vaccin devraient déjà être ressentis dans deux gros mois. "On peut raisonnablement espérer que, je dirais d’ici le mois de mars, on puisse mesurer clairement la différence liée au vaccin", avance Michel Goldman.

Cette première étape est en tout cas très importante aux yeux de l’immunologue. "Elle va permettre de protéger les plus vulnérables, ceux qui ont payé le plus lourd tribut à cette pandémie. Toutes les données dont on dispose aujourd’hui sur ce vaccin et sur le vaccin analogue qui va arriver dans les semaines qui viennent indiquent, qu’en tout cas, ces vaccins permettent de prévenir les formes les plus graves de la maladie, celles qui conduisent à l’hôpital, aux soins intensifs, voire au décès."

Yves Coppieters entrevoit même des changements concrets assez rapides dans les maisons de repos dont les résidents auront été vaccinés. "Je pense qu’ils pourront recommencer à voir leurs proches. La qualité des relations sociales va s’améliorer nettement grâce à cela."

Maintien nécessaire des gestes barrières

Mais Yves Coppieters, tout comme Michel Goldman, tempère : certaines règles de distanciation sociale resteront d’application, même en présence d’une personne vaccinée. "Une personne vaccinée peut potentiellement encore contaminer les autres", justifie Yves Coppieters. Michel Goldman confirme. "Nous ne sommes pas aujourd’hui complètement certains que les personnes vaccinées vont contribuer à casser la chaîne de transmission de ce virus. On a de bons espoirs. Mais ce n’est pas démontré."

La distanciation sociale, le port du masque ou encore l’hygiène des mains resteront donc des éléments très importants dans le contrôle de l’épidémie, "certainement au début de la campagne de vaccination", selon Michel Goldman. Pour l’immunologue de l’ULB, "il faut absolument éviter de considérer que le lancement de cette campagne de vaccination signifie que l’on va pouvoir relâcher à court terme les mesures de protection que nous connaissons."

Bénéfices collectifs à plus long terme

Les effets plus larges, comme un relâchement progressif des mesures sanitaires les plus dures, auront lieu à plus long terme. Ils suivront probablement l’évolution des phases successives de vaccination. "Les choses vont se faire progressivement", explique Michel Goldman.

Pour ressentir les effets positifs du vaccin sur la collectivité, Yves Coppieters rappelle qu'"il faut proportionnellement un grand nombre de personnes qui se fassent vacciner".

Mais pour Yves Coppieters, il ne faudra pas attendre d’atteindre l’objectif affiché de 70% de couverture vaccinale pour bénéficier des premiers effets collectifs du vaccin. "Si on arrive petit à petit à une couverture qui monte à 15, 20, 30%, on aura déjà un bénéfice au niveau de la population." Cette couverture vaccinale s’ajoute à une immunité naturelle, mais sans doute pas définitive, des personnes qui ont guéri du coronavirus. L’épidémiologiste de l’ULB estime donc qu’il faudrait "intégrer dans la stratégie de vaccination le fait de détecter les gens qui ont déjà une immunité pour ne pas les vacciner en priorité et arriver ainsi plus rapidement à une immunité optimale en Belgique".

"On parle beaucoup de chiffre de 70%, qui est d’ailleurs un chiffre approximatif", rappelle Michel Goldman. "On ne sait pas exactement si ce chiffre sera inférieur ou supérieur." Michel Goldman estime également qu’il faudra voir quels seront les effets des mutations du virus sur l’efficacité vaccinale avant de se prononcer sur le taux de vaccination nécessaire pour limiter la propagation du virus.

Ces deux experts sont donc prudents quant au délai à respecter pour ressentir les premiers effets des vaccins sur nos vies. Mais le début de la campagne de vaccination autorise tout de même quelques notes d’espoir.

"Je suis convaincu que si la tendance actuelle de meilleur contrôle de l’épidémie se poursuit, les mesures les plus extrêmes que nous connaissons vont pouvoir être progressivement relâchées", prédit Michel Goldman. En attendant, l’immunologue recommande la prudence à titre individuel. "On va devoir rester attentif. C’est difficile. Mais je pense que c’est ce qui va le mieux nous protéger de nouvelles poussées de la pandémie."

Premières vaccinations en Europe, dans notre JT du 27 décembre:

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