Combien de femmes sont-elles harcelées dans la rue en Belgique?

Combien de femmes sont-elles harcelées dans la rue en Belgique?
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Combien de femmes sont-elles harcelées dans la rue en Belgique? - © Tous droits réservés

Près d’un an après l’annonce de la nouvelle loi contre le sexisme, quels sont les changements dans la rue ? À la ville de Bruxelles, par exemple, seules 22 amendes communales ont été décernées. À Charleroi, aucune plainte à la police locale n'a été signalée. Sur le terrain, l’application de la loi s’avère en fait... complexe.

Dans la salle d'attente du bureau de police de Charleroi, le dépliant est bien là dans le présentoir. Le harcèlement ou l'insulte sexiste en rue est désormais punissable par la loi. Les autorités invitent tout citoyen à porter plainte, via la police. Dans les faits, cela n'a que très peu d'effet. "Depuis l'entrée en vigueur de la loi, nous n'avons reçu aucune plainte", précise David Quinaux, porte-parole de la police de Charleroi.

Cela ne vaut pas la peine

Pourquoi si peu de plaintes ? "Un des facteurs déterminants, c'est la charge de la preuve, explique le policier David Quinaux. Une femme qui va être victime d'un comportement sexiste va peut-être avoir difficile à apporter des témoignages qui viendraient appuyer sa plainte." 

Cela n'étonne pas l'association Vie Féminine qui explique que les "femmes ne voient pas l'intérêt d'aller porter plainte". "Le sexisme reste très banalisé dans la société, commente Ariane Estenne, la secrétaire générale adjointe de Vie Féminine. Elles se disent qu'entamer toutes ces procédures pour si peu, cela ne vaut peut-être pas la peine". D'autant que lorsqu'elles franchissent le pas, ajoute l'association, "elles rencontrent aussi du sexisme de la part de la police." À la police de Charleroi, on reconnait d'ailleurs qu' il y a encore beaucoup de choses à faire en matière de formation des policiers.

Au niveau communal, l'insulte sexiste peut désormais aussi être combattue via les sanctions administratives communales. Sur l'ensemble de la ville de Bruxelles, par exemple, 85 plaintes ont été déposées depuis le 1er janvier 2014. Seuls 30 dossiers ont déjà été traités. Cela a débouché sur 19 amendes entre 50 et 125 euros, trois mises en garde et 8 médiations en près d'un an et demi. Des chiffres dérisoires pour une commune de 180 000 habitants.

En France, le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes fait un constat accablant : 100 % des utilisatrices des transports en commun ont été victimes de harcèlement sexistes.

Chez nous, c’est un documentaire, en 2012, d’une jeune bruxelloise qui avait pointé du doigt la problématique. L'étudiante avait dénoncé le harcèlement ambiant dans les rues de Bruxelles. La ministre fédéral de l’Intérieur de l’époque, Joëlle Milquet, en avait fait une priorité politique. Résultat : une nouvelle loi a vu le jour le 22 mai 2014.

Cette loi est entrée en application le 3 août dernier. L’objet de la loi vise à renforcer la lutte contre les discriminations et le sexisme. Désormais, cette forme de discrimination sera punie tant au pénal qu’au civil. Le texte définit aussi et pour la première fois légalement le concept de sexisme.

Combien de femmes sont-elles victimes de harcèlement dans les rues du pays ? impossible d'avoir des chiffres précis. la police elle-même reconnait que peu d'entre elles déposent plainte. Et aucun sondage n'a été réalisé.

Thomas Gadisseux

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