Collaboration: "Le leadership de la N-VA a tourné la page", dit Bruno De Wever

Collaboration: "Le leadership de la N-VA a tourné la page", dit Bruno De Wever
Collaboration: "Le leadership de la N-VA a tourné la page", dit Bruno De Wever - © JULIEN WARNAND - BELGAIMAGE

Au lendemain du tollé provoqué par deux nouveaux ministres N-VA, Bruno De Wever était l'invité de Matin première, ce jeudi. Pour le frère de Bart de Wever, historien et spécialiste du mouvement nationaliste flamand, la perception de l'histoire du mouvement flamand et de la collaboration diffère sensiblement au nord et au sud du pays. Il estime cependant qu'une lecture apaisée de cette période peut faire partie d'une citoyenneté commune.

"Ce n’était pas malin de dire cette petite phrase". Bruno De Wever estime que Jan Jambon a été pour le moins imprudent. "Ce qui se passe cette semaine ne m’étonne pas. C’est la chronique d’une bagarre annoncée". L'historien estime que tant l'intervention dans la presse du nouveau ministre de l'Intérieur, que les photos de sa présence, il y a quelques années, à une réunion du Sint Martins Fonds, ne pouvaient que faire réagir. "Je n'ai aucune idée sur le fait de savoir si c'était innocent". Mais, ajoute l'historien, "il a clairement condamné la collaboration le lendemain", et cela compte.

"La N-VA a tourné la page"

Et de souligner: "Le leadership de la N-VA a pris la décision de tourner la page, ils ne font plus le plaidoyer pour l’amnistie. C’est remarquable". "Mais beaucoup de militants ont des ancêtres qui ont joué un rôle, grand ou petit, à cette période de l'histoire, et parfois ils n'arrivent pas à tourner la page", tempère-t-il. Bruno De Wever souhaite surtout que la nuance soit de mise : "Entre clôture ou pas clôture du débat sur la collaboration, entre le noir et le blanc il y a beaucoup de gris".

Et quant à savoir si Jan Jambon ou Theo Francken se trouvent parmi les militants qui ont bien intégré ce changement, Bruno de Wever ne veut pas s’appesantir. "Je ne peux pas voir dans le cœur de Jan Jambon. Mais ce qui compte est qu'il a condamné la collaboration dans de termes clairs. Voilà: je pense qu'ils ont appris la leçon".

"Les gens peuvent évoluer"

Concernant le tollé provoqué par la présence du secrétaire d’État Theo Francken à une fête en l'honneur de Bob Maes, Bruno De Wever explique que ce fait choque moins en Flandre: "Bob Maes a aujourd'hui 90 ans, ce n'est pas le Bob Maes de 1944 ou de 1950", ajoute Bruno De Wever. "Les gens peuvent évoluer".

"Il faut surtout comprendre la manière dont la Flandre a eu une relation avec ce passé très compliqué (...) Mais hélas, la bagarre sur ce sujet a rouvert les malentendus entre les deux communautés".

Et c'est cela que souhaite souligner le spécialiste du mouvement flamand: "C’est dommage que certains politiciens francophones essaient de faire de la politique sur le passé du nationalisme flamand, qui est une histoire très compliquée, et qui demande des nuances. Il faut des nuances dans le débat public".

"Compréhension de l'Histoire de l'autre communauté"

"La connaissance de l’histoire de l’autre fait partie d’une citoyenneté commune, et cette dernière existe", affirme Bruno De Wever, qui ajoute qu'il se sent lui-même belge. Mais l'utilisation de ce thème de cette manière n'est pas utile. Il faut que les citoyens et les chercheurs se réapproprient cette question historique, estime-t-il.

Par ailleurs, l'historien souligne que "le mouvement flamand, c'est aussi autre chose que le nationalisme anti-belge". Citant le nom de Camille Huismans, Bruno De Wever explique que "le nationalisme antibelge a été très minoritaire pendant plus d'un siècle et demi", et qu'en son sein, se trouvait aussi un courant socialiste flamingant, par exemple.

Malgré les changements importants de ligne politique, Bruno De Wever ne croit cependant pas que la N-VA poursuivra sa "normalisation" jusqu'à renier sa revendication d'indépendance pour la Flandre. "Le dogme officiel reste la dissolution de la Belgique. Mais on joue le jeu, et on croit en une évolution, et pas en une révolution".

Écoutez son interview en intégralité:

 

W. Fayoumi

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